La Chine a dévoilé, démonstration à l’appui, un nouveau matériau à base de carbone capable de déplacer un bus rempli. La future relève de l’acier ?
Pendant des décennies, le marché des fibres de carbone haute performance ressemblait surtout à un club privé verrouillé par quelques industriels japonais et américains. Une petite poignée d'acteurs capables, donc, de produire les matériaux les plus avancés au monde, indispensables aussi bien pour l'aéronautique militaire que pour les fusées, satellites, voitures de compétition ou futurs avions à hydrogène. Mais cette domination technologique commence sérieusement à s'effriter.
Un fil en carbone plus fort que l'acier
La Chine a officiellement annoncé l'industrialisation du T1200, une fibre de carbone considérée comme l'une des plus résistantes jamais produites à grande échelle. Derrière cette avancée majeure se trouve le géant public China National Building Material Group (CNBM), qui a présenté le matériau lors du salon JEC World à Paris avant de confirmer le lancement d'une production industrielle via sa filiale Zhongfu Shenying. Et les chiffres donnent immédiatement le ton sur la prouesse réalisée. Selon les données communiquées par le groupe chinois, cette fibre de carbone a une résistance à la traction supérieure à 8 gigapascals. Pour mieux resituer, à titre de comparaison, l'acier classique dépasse rarement 1 gigapascal. Le T1200 serait ainsi concrètement capable de supporter une force environ dix fois supérieure à celle de l'acier tout en étant quatre fois plus léger.
La taille de fil de carbone relève aussi de l’exploit. Chaque filament mesure seulement quelques microns de diamètre, soit moins d'un dixième de l'épaisseur d'un cheveu humain. Lors d'une démonstration relayée par les médias chinois, des chercheurs ont assemblé 120 000 de ces filaments afin de créer une corde de moins de deux millimètres d'épaisseur. Suffisamment solide, selon CNBM, pour tracter un bus à impériale rempli de 54 passagers.

Des utilisations potentielles nombreuses
Mais derrière cette démonstration assez spectaculaire se cache surtout un enjeu industriel colossal. Car produire quelques échantillons de laboratoire n'a jamais été le principal problème. Le véritable défi c’est de fabriquer ces matériaux de manière stable et à grande échelle. Un cap que la Chine affirme désormais avoir franchi avec une capacité initiale d'environ 100 tonnes par an. Cette avancée pourrait alors profondément rebattre les cartes d'un secteur historiquement dominé par des groupes comme le japonais Toray Industries et l'américain Hexcel, fournisseurs stratégiques de l'aéronautique et de la défense occidentales.
Jusqu'ici, les fibres T1100 représentaient déjà le sommet industriel du marché, mais le T1200 pousse encore plus loin les limites des composites carbone. Aéronautique, missiles, drones, véhicules électriques, réservoirs à hydrogène haute pression, éoliennes géantes ou même ponts suspendus nouvelle génération… Ses utilisations potentielles figurent parmi les plus importantes stratégiquement. La Chine voulait réduire sa dépendance aux technologies occidentales dans les matériaux critiques, et pourrait bien y parvenir. Reste maintenant à connaître la donnée la plus déterminante, le prix.