Trois à six signalements d'OVNIS par jour en Allemagne : un chiffre qui interroge. Le responsable du CENAP dévoile les vraies explications derrière ces mystères, entre ballons, lasers et vidéos très controversées du Pentagone.
« Nous recevons chaque jour entre trois et six déclarations. Sans aucun doute, nous sommes le centre de signalement le plus sollicité de tout l'espace germanophone. » Hansjürgen Köhler, responsable du CENAP, le Réseau central de recherche sur les phénomènes célestes extraordinaires, ne cache pas l'ampleur du phénomène. Basé à Lützelbach, en Hesse, cet astronome amateur affirme n'avoir jamais connu un tel rythme de signalements.
Depuis des années, lui et son équipe enquêtent sur les sphères lumineuses et les lueurs mystérieuses signalées dans le ciel allemand, explique Euronews. À ce jour, ils ont élucidé environ 14 000 cas. Son intérêt pour le sujet remonte à ses 11 ans, quand il a suivi l'alunissage à la télévision.
Ses débuts, dit-il, tiennent d'une imprudence de jeunesse : lui et ses collègues travaillaient dans un observatoire assailli d'appels de particuliers, ce qui les a poussés à se pencher sérieusement sur la question des OVNI.
La publication des dossiers du Pentagone relance régulièrement le débat public sur les objets volants non identifiés, désignés sous le terme d'« Unidentified Anomalous Phenomena » (UAP). En avril 2020, le Pentagone a confirmé pour la première fois l'authenticité de trois enregistrements datant de 2004 et 2015, documentant des rencontres entre pilotes militaires américains et des objets dont l'origine n'a pu être établie.
En décembre 2022, le ministère américain de la Défense a créé l'All-domain Anomaly Resolution Office, chargé d'examiner systématiquement ces signalements.
Le ballon derrière la vidéo Gimbal
Pour Köhler, ces archives n'apportent rien de neuf. « Nous connaissons déjà ces archives, il n'y avait rien de vraiment nouveau pour moi. En revanche, pour la jeune génération, c'est quelque chose de neuf », confie-t-il.
La vidéo la plus commentée reste Gimbal, tournée en janvier 2015 lors d'un vol d'entraînement d'un F/A-18 de l'US Navy au large de la Californie. L'image infrarouge montre un objet semblant tourner sur lui-même, sous les commentaires étonnés des pilotes.
Le Pentagone a confirmé l'authenticité de la séquence sans parvenir à identifier l'objet. Köhler, lui, est convaincu qu'il s'agit d'un simple ballon, dont le déplacement apparemment fulgurant s'explique par la vitesse relative entre l'avion et l'objet. Il pointe aussi les soucis techniques de l'appareil : « Depuis son entrée en service au sein de l'US Navy, il souffre de problèmes de détection électronique. Neuf mises à jour ont été nécessaires pour tenter de corriger cela, et il continue malgré tout à produire des erreurs d'affichage, y compris dans les indications de vitesse mesurée. »
Ses explications passent largement inaperçues. « Le film est diffusé en boucle et nos explications, c'est une goutte d'eau dans la mer, elles disparaissent elles aussi. Surtout sur les réseaux sociaux et sur X : les histoires que l'on y raconte sont abracadabrantes. Je ne regarde même plus tout ça, parce que ça m'agace, c'est à l'opposé de mon travail », déplore Köhler.
Ballons XXL, lasers et applications d'astronomie
Köhler ne nie pas l'existence possible de vie extraterrestre, mais s'interroge sur la vraisemblance de visites sur Terre : « Je ne nie pas qu'il existe de la vie là-dehors. Mais ces êtres seraient censés traverser des galaxies entières avec une technologie ultra-développée pour venir jusqu'à notre planète bleue et s'écraser précisément ici, au-dessus du désert ? »
Il raconte volontiers l'exemple des appels nocturnes à la police, quand des habitants signalent un clignotement dans le ciel à deux heures du matin. Faute d'explication sur place, les agents composent alors le numéro du CENAP. Köhler recommande une solution plus simple avant d'en arriver là : « Il existe des applications d'astronomie gratuites. Il suffit de pointer son téléphone vers le ciel et le nom de l'astre apparaît. »
Parmi les causes déjà identifiées par son équipe figurent :
- des avions
- des hélicoptères
- des étages de fusées
- des satellites
- des météores et boules de feu
- des ballons météorologiques ou à air chaud
- des ballons de fête XXL en film plastique utilisés lors d'anniversaires ou de mariages
- des lasers de spectacle visibles sur plusieurs kilomètres
Certains signalements restent malgré tout non résolus. Köhler écarte toutefois toute piste extraterrestre : « Ce n'étaient pas des visites d'aliens. Ces cas sont simplement restés non élucidés parce qu'il nous manque des informations essentielles. Pour mener une enquête sérieuse, il nous faut la date, l'heure, le lieu, la direction dans le ciel et, si possible, des images. »