Douze minutes pour transférer tout le savoir numérique accumulé par l'humanité en 2007 : c'est le vertige provoqué par une fibre optique chinoise à 3,2 pétabits par seconde, un record qui rebat déjà les cartes de l'IA et de la 6G.
Le groupe public chinois China Information and Communication Technologies (CICT), basé à Wuhan, a annoncé le 26 octobre 2026 avoir fait circuler 3,2 pétabits de données par seconde dans un seul brin de fibre optique. La prouesse a été réalisée en temps réel et de façon bidirectionnelle. Elle dépasse de près de 30 % le précédent record mondial détenu par la même équipe depuis mars 2026, qui plafonnait à 2,5 pétabits par seconde.
Une fibre optique classique, utilisée depuis quarante ans dans la quasi-totalité du réseau mondial, ne transporte la lumière que dans un seul cœur de verre, avec un plafond physique qui tourne autour de 100 térabits par seconde. Les ingénieurs de CICT ont réussi à faire tenir 24 cœurs dans un même brin, en travaillant leur géométrie pour éviter les interférences.
Dans chaque cœur, la lumière circule sur trois bandes de fréquences (S, C et L), découpées en centaines de canaux, soit plusieurs milliers de voies parallèles dans un câble de quelques millimètres de diamètre. L'ensemble repose sur des modules optiques cohérents commerciaux, du matériel déjà fabriqué en série, et non sur un prototype de laboratoire.
Le signal est codé et décodé à la volée, ce qui permet à l'entreprise de parler de record en temps réel.
Un pétabit équivaut à mille térabits, soit un million de milliards de bits. Pour donner une échelle, en 2007, l'humanité stockait environ 295 exaoctets de données selon une étude parue dans la revue Science. À 3,2 pétabits par seconde, une seule fibre chinoise aurait pu transférer la totalité de ce savoir numérique mondial en un peu plus de douze minutes.
Les chercheurs chinois évoquent aussi la possibilité de télécharger plus de 20 000 films en 4K en une seule seconde. Le chiffre mérite d'être nuancé : il repose sur la capacité agrégée de 400 téraoctets par seconde, mais cette capacité concerne une transmission bidirectionnelle et ne correspond donc pas nécessairement à 400 To/s disponibles dans un seul sens, et suppose des serveurs et un stockage capables de suivre un tel rythme.
Le Japon détient toujours le record absolu
Le record absolu de débit sur une fibre optique appartient toujours au Japon. L'institut national NICT a atteint 22,9 pétabits par seconde dès 2023, sur une fibre expérimentale de 13 kilomètres comptant 38 cœurs. Mais ce résultat a été obtenu hors ligne : les données étaient enregistrées puis décodées après coup, et non transmises en conditions réelles.
C'est précisément sur ce point que l'équipe chinoise revendique sa singularité, avec une transmission bidirectionnelle traitée à la volée. Le NICT a par ailleurs annoncé en 2025 un débit de 1,02 pétabit par seconde sur 1 808 kilomètres, loin de la distance de l'expérience de Wuhan.
Les travaux chinois ont été acceptés à la conférence OFC 2026 avec la mention de papier à haut score, et une étude a été soumise au Journal of Lightwave Technology. Aucune publication évaluée par des pairs n'avait toutefois été identifiée au 27 octobre 2026.
L'intérêt dépasse la prouesse de laboratoire. Selon les ingénieurs de CICT, un centre de calcul pour l'intelligence artificielle de nouvelle génération réclame cinq à dix fois plus de fibres optiques qu'un centre de données classique : l'entraînement d'un grand modèle de langage suppose de faire dialoguer en permanence des dizaines de milliers de processeurs, qui échangent d'énormes volumes de résultats intermédiaires.
Un tuyau trop fin fait attendre les machines et coûte cher. Au-delà de l'intelligence artificielle, la technologie vise aussi à renforcer les réseaux reliant les grandes villes et à préparer l'arrivée de la 6G.
Selon le quotidien chinois The Paper, l'équipe de CICT vise désormais un palier à 10 pétabits par seconde dans l'année à venir. Pour sortir du laboratoire, la technologie devra toutefois franchir plusieurs ordres de grandeur supplémentaires, avec des amplificateurs, des connecteurs et des techniques de soudure à repenser. Les fibres multicœurs restent, pour l'instant, des pièces d'orfèvrerie.
Pour les abonnés fibre en France, rien ne change dans l'immédiat. Les offres commerciales les plus rapides plafonnent à 8 gigabits par seconde, sous réserve d'éligibilité et d'équipements compatibles. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose : l'expérience chinoise porte sur la capacité totale d'une infrastructure de transmission optique, pas sur le débit d'une connexion individuelle. Aucun calendrier de déploiement commercial n'a été annoncé pour ce système à 3,2 pétabits par seconde.