Une page de l'histoire d'Internet va se tourner au large du Portugal. Le navire MV Maasvliet, affrété par Subsea Environmental Services, remonte progressivement ce câble posé en 1988 par AT&T, British Telecom et France Télécom. À l'époque, le projet relevait presque de la science-fiction : remplacer le cuivre par de la fibre optique afin de transmettre des données sous forme d'impulsions lumineuses. Une petite révolution pour les communications, qui tire définitivement sa révérence.

38 ans plus tard, ce câble Internet historique va remonter à la surface

Trente ans plus tard, on se rappelle de la première conférence visioconférence de l’écrivain Isaac Asimov. Il saluait « un voyage inaugural à travers la mer sur un faisceau de lumière » auprès d’audiences réunies simultanément à Londres et Paris. Une démonstration spectaculaire, à l’époque, pour un succès immédiat. Le TAT-8 a été saturé en l’espace de 18 mois seulement. Surtout, il a prouvé le potentiel inestimable de cette technologie, avant d’ouvrir la voie aux milliers de câbles modernes et invisibles d’aujourd’hui. Mais la révolution a rapidement été reléguée au statut de relique technologique. Mis hors service en 2002 après une panne jugée trop coûteuse, il est désormais remonté à la surface.

L'opération reste néanmoins complexe. À plusieurs kilomètres de profondeur, chaque segment doit être localisé par les techniciens, accroché à l’aide de grappins, puis remonté avec précaution. Il convient ensuite d'enrouler le câble à la main, afin d’éviter d’endommager les fibres de verre. Plus facile à dire qu’à faire, la mer imposant son rythme. La houle, les tempêtes et les conditions climatiques instables ralentissent régulièrement les manœuvres. Le navire a d'ailleurs déjà été contraint de changer de trajectoire pendant l’opération. Rien d'étonnant pour un chantier mêlant haute technologie et ces contraintes physiques parfois extrêmes.

câble fibre optique TAT-8
Illustration du câble

Un enjeu stratégique pour l'avenir d'Internet

Derrière cette opération délicate, il y a également un enjeu stratégique. Car au-delà de la fibre, ces installations contiennent du cuivre de haute qualité. Une ressource dont la disponibilité pourrait se réduire à peau de chagrin dans les années à venir. L’Agence internationale de l’énergie anticipe notamment une potentielle pénurie d’ici la prochaine décennie. L'acier trouvera une seconde vie, tandis que les gaines en polyéthylène seront recyclées en plastique. Si le cas du TAT-8 est particulièrement marquant de par sa connotation historique, c'est toute une génération de câbles sous-marins qui arrive en fin de vie. Il est estimé que la majorité des 2 millions de kilomètres de câbles hors service dorment encore au fond des océans. Leur récupération pourrait alors devenir essentielle pour ouvrir la voie à de nouvelles lignes.