Le truc, quand on est un simple berger menant une vie paisible et tout à fait normale sur une île inconnue, c'est qu'il faut forcément s'attendre à voir sa vie bouleversée du jour au lendemain. Genre avec une prophétie à la mords-moi-le-noeud, ou une histoire de bâtard perdu, ou bien tout ça à la fois. D'habitude, on ne case pas ces clichés dans un scénar si on ne veut pas passer pour des branques, mais Spellbound Entertainment, le développeur qui a repris la licence Gothic en n'ayant aucune expérience des RPG, s'en est donné à coeur joie. ArcaniA : Gothic 4 vous fera donc subir la trame la plus médiocre qu'il m'ait été donné de voir, pour finir sur une ouverture vers une suite redoutée.

L'assommoir

Tout commence donc sur l'île de Féchier (quelque chose d'approchant) où un emo-berger s'apprête à passer la bague au doigt d'un laideron qu'il a engrossé par mégarde. Hélas, l'hébétement dans lequel vit la poignée de consanguins de l'unique village de ce caillou paumé est troublé par l'armée du vil Rhobar III. Celle-ci partant conquérir une terre voisine, ne se refuse pas une petite mise à sac sponsorisée par le ministère de la Santé contre la dégénérescence des bouseux. Occupé à triper chez une vieille hippie, l'emo-berger rate le spectacle. Frustré, il se met en route pour Argaan (décidément, Spellbound aime placer dans leurs noms le triple AAA qu'ils n'ont pas dans leur jeu). C'est sur cette grande île que se déroulera toute l'interminable "intrigue" d'ArcaniA, pendant plus de 20h, qui m'en ont paru cent. Alors qu'elle aurait pu en durer cinq : j'aurai préféré, c'eut été plus dynamique.

Au moins, ils sont lucides

L'île d'Argaaaaaaan est divisée en zones, chacune d'entre elles proposant un nouveau challenge à surmonter pour pouvoir continuer. C'est donc totalement linéaire, avec parfois deux ou trois façons de venir au bout du problème principal. Comme en général on a beaucoup de mal à s'y intéresser, on choisit la première option qui passe, juste pour en finir. Il existe aussi un certain nombre de quêtes annexes, toutes plus ennuyeuses les unes que les autres. Laissez-moi vous résumer 90% des dialogues de missions (la VF étant tout aussi mauvaise que la VO) : - "S'il te plaît, t'as l'air de savoir te débrouiller dans la vie, aide-moi avec ma quête à deux balles. - Non, mais vous me gonflez tous, t'as qu'à t'en occuper tout seul ! - Je ne peux pas, il y a des gobelins, j'ai peur. - Bon OK, j'y vais". Attention, ce n'est pas du tout exagéré. Le héros lui-même en a déjà ras le bol au bout de deux heures. Insipide. Et encore, ça ne serait pas si grave s'il n'y avait pas les combats.

À, à, à la queuleuleu

J'ai peut-être fait une erreur au début de Gothic 4 : j'ai voulu faire un archer / mage de froid. Je me suis spécialisé là dedans, c'est-à-dire que pendant tout le jeu, je n'ai rien fait d'autre que ralentir ou congeler les ennemis, et les buter un par un à coup de flèches dans la tête. Il y a beaucoup d'ennemis. Beaucoup. C'est très long pour les tuer. Trop long. Interminable. J'ai passé 20h à utiliser la même tactique. Mon cerveau coule encore par mes oreilles. Un conseil si jamais vous voulez vous torturer en jouant à ArcaniA : faites du corps à corps ou des boules de feu, on touche plusieurs cibles en même temps. Et encore... J'ai lancé le jeu en mode Gothic, ce qui n'a pas rendu les combats plus difficiles, les ennemis ayant toujours tendance à vouloir frapper dans le vide ou tirer à travers les murs, mais simplement plus long. Au bout d'un moment, il a fallu passer en normal juste pour accélérer un peu cet insupportable processus de nettoyage de couloirs et autres sentiers montagneux.

Non, rien de rien !

Car n'espérez pas explorer librement quoique ce soit dans Gothic 4. Le level design, étiré au maximum pour rallonger la durée de vie, est aussi linéaire que l'histoire. On s'écarte du sentier battu pour ramasser quelques objets ici et là. Jusqu'à ce qu'on en ait marre de porter une tonne d'ingrédients alchimiques inutiles. L'artisanat est nul et les trois quarts des recettes ne servent à rien de toute façon. Les deux ou trois pièces de matos qui se battent en duel dans votre inventaire n'impressionnent guère plus. Résumons : pas de loot, pas de dialogues, pas d'histoire, pas d'exploration, pas de combat intéressants (des combats pénibles, ça oui !) Que reste-t-il ? Ben...

Dans la série Gothic que je connaissais, pour prendre les dents d'un Razor, il fallait apprendre la compétence adéquate. Pour cuire la viande, on s'asseyait près d'un feu et on sortait sa poêle. Quand on rentrait dans une maison pour piquer un truc, on se faisait sortir par le proprio. Pour progresser, on s'intéressait aux factions en place. Il y avait de la vie, il y avait de l'ambiance. ArcaniA : Gothic 4 n'est plus qu'une coque vide sans âme abritant non pas un RPG, mais un mauvais jeu d'action au scénario mort-vivant. Quel gâchis...