Les jeux à prendre et à laisser

Pas de miracle, à son lancement fin 2015 l'Apple TV ne propose pas de jeux vidéo indispensables sinon quelques titres déjà bien connus. Rien d'inédit associé vraiment à la marque. Trop simpliste et copieur de Wii Sports de Nintendo, l'embarrassant "inédit" Beat Sports (10€) du pourtant respecté Harmonix (Rock Band) ne dépasse pas le niveau de curiosité comme la plupart des jeux actuellement disponibles. Activision semble le seul gros éditeur à ce jour a avoir ouvert son catalogue à l'Apple TV avec Geometry Wars 3 et Skylanders SuperChargers.

On relève que de nombreux jeux exploitent le modèle douteux par chez nous des Free to Play. Les rigolos comme Crossy Road ou Mr Crab, l'ancien et déjà daté Labyrinth, mais aussi le Rayman Adventures de Ubisoft ou un Disney Infinity 3.0 parce que, bien sûr, c'est bientôt Noël tout de même. Les prix sont laissés à l'appréciation du vendeur nous a confirmé Apple. Il n'y a dans l'App Store de l'Apple TV aucune règle (à part le détail psychologique des prix en n.99€) imposée. Le Galaxy on Fire exclusif à l'Apple TV coûte ainsi 6€ (enfin : 5,99€), Beat Sports : 10€, Transistor : 10€, Lumino City : 5€.

Sur les centaines de jeux et d'applis IOS dont je suis propriétaire sur iPhone et iPad, j'ai retrouvé automatiquement 25 applis compatibles le premier jour, 32 le deuxième jour. Le ratio est maigre mais le principe croissant des applis compatibles tout de même encourageant. J'ai ainsi eu la bonne surprise de retrouver des précédents achats gratuitement sur l'Apple TV comme Canabalt, Badlands, OceanHorn (qui coûte 9 € ici), Asphalt 8 (jeu de course de Gameloft sous Burn Out à peine praticable mais qui permet de se faire une idée du moteur 3D) et mon préféré : Shadowmatic (3 €). Ce jeu de réflexion/observation ombre et lumière en particulier prend beaucoup de valeur sur grand écran avec la télécommande Siri. Le glissement feutré sous les doigts des mystérieux objets ajouté à la rotation légère du décor via la fonction gyroscope valent toutes les démonstrations bruyantes. Un bon jeu zen, graphiquement abouti et praticable avec spectateurs participants.

Tous les jeux ont une fiche indicative précieuse en terme de comptabilité avec les autres appareils iOS, le poids de stockage, la compatibilité avec les manettes MFI et la liste des achats intégrés, tarifs compris, et l'âge minimum recommandé. Des captures d'écran permettent de se faire une idée mais il manque à ce jour des bandes annonces telle qu'on en retrouve sur iPad notamment.

Apple tapi dans l'ombre de la TV, ou couteau suisse audiovisuel

L'Apple TV version 2015 est un agent dormant, une cellule pas encore totalement active. Au lancement rien ne semble très nouveau ni même original. Et puis peu à peu quelque chose d'excessivement confortable s'installe. Il faut alors entendre cette petite voix du douillet ergonomique interactif qui parle aux doigts et dit reviens, reviens...

Nintendo en a été le maître au bout des manettes pendant 25 ans. Jusqu'à ce que l'UI tactile des iPod, iPhone et iPad prenne le pouvoir sur une humanité qui ne s'attendait pas à rendre si vite les armes à la technologie. De peur de s'enterrer tout seul sous les vestiges du passé, on ne listera donc pas les générations de télécommandes cauchemardesques que la Siri Remote efface d'un geste : télévisions d'hier et même "smart" d'aujourd'hui, lecteurs de VHS, CD, Laser Disc, DVD, ni les manettes et interfaces aujourd'hui rudimentaires de nos chères consoles historiques. Même avec un assistant vocal Siri balbutiant, la télécommande du nouvel Apple TV porte en elle, comme en creux dans l'App Store, une promesse de légèreté et de liberté de choix.

On l'aura compris, l'Apple TV 2015 essaie fort logiquement de reproduire sur TV le hold up de l'iPhone sur les smartphones puis de l'iPad sur les tablettes. Un tvOS offert aux créateurs de contenu, aux développeurs de jeux vidéo, une page blanche créative sur grand écran, un terreau où pousseront spontanément des milliers d'applis. Les codeurs, créatifs, artistes, opportunistes, marchands feront leur proposition et le consommateur décidera avec ses sous et ses étoiles. Ni Steve Jobs ni Apple n'attendait un tel boom de l'App Store iOS à son lancement en 2008 (1,4 million d'applis disponibles à ce jour). Cette fois Apple parie complètement dessus. Et comme en toutes choses numériques d'avant garde, le jeu vidéo, casual ou traditionnel mélangés, sera en première ligne du succès, ou de l'échec. Le Cheval de Troie numérique le plus crédible de toute l'histoire de la high-tech est désormais aux portes de notre salon.

L'Apple TV 2015 en résumé

LES PLUS...

  • Classieuse et discrète sous la TV
  • La fluidité et la réactivité de l'interface
  • Efficacité de la télécommande
  • Siri qui rime avec plaisir tactile
  • Le multitâche qui permet de passer en un clin d'oeil d'une appli à un film à un jeu sans interruption
  • Puissance graphique 3D très solide (peu d'exemples), au moins aussi capable que Wii U voire plus
  • Compatible manettes MFI dont la - pas si mal - Nimbus de SteelSeries
  • Énorme potentiel de progression à coups de mise à jour OS
  • Vivier insondable d'applis et de jeux si les développeurs s'y mettent
  • Contrôle automatique sans réglage de la télé (volume et allumage/extinction) et du volume ampli (si matériel récent quand même avec norme CEC)
  • Écoute avec casque sans fil Bluetooth
  • L'achat cross plateforme Apple TV/iPhone/iPad (au choix de l'éditeur cependant)
  • iPhone et iPad peuvent devenir des manettes de jeux supplémentaires
  • Le bon fonctionnement de Youtube, Netflix, Arte, iMovie, CanalPlay et autres futures chaines de VOD, vidéos, voire de TV traditionnelle
  • Configuration rapide à partir d'un iPhone déjà configuré
  • Airplay plus rapide encore pour se connecter sans fil à un ampli ou pour recevoir images et sons sans fil d'un iPhone ou iPad
  • Nouvel économiseur d'écran "Aérien" made in Apple (vidéos HD au ralenti)
  • Possible de basculer à volonté entre compte App Store français et US (si compte déjà ouvert)
  • Le potentiel évolutif et multi usage, dont le jeu vidéo

LES MOINS...

  • Le prix quand même élevé (surtout que câble HDMI et dragonne non fournis)
  • La perspective d'être probablement tenté par l'achat d'un meilleur modèle tous les 2 ans (comme les iPhone notamment)
  • Les grands jeux traditionnels (Square Enix, Sega, EA, Epic...) ou indés ne sont pas encore là
  • Pas (encore) de bandes annonces des jeux dans l'App Store
  • Le clic chaud mais bruyant de la télécommande Siri
  • L'assistant vocal Siri muet et aux réponses écrites capricieuses
  • Siri ne prend justement pas la dictée
  • Prise en main horizontale façon volant à 2 mains de la télécommande plutôt ridicule (trop petite et légère)
  • Pas de retour de vibration ni de haut-parleur sur la télécommande pour jouer
  • Le clavier virtuel, vif et en net progrès par rapport aux précédents mais quand même agaçant
  • Pas (encore) compatible avec appli Remote de l'iPhone et donc pas possible d'utiliser clavier de l'iPhone
  • Achat d'une manette compatible vite indispensable pour jeux traditionnels
  • Pas possible de rentrer des codes d'achats (il faut passer par un autre appareil Apple)
  • Le ratio d'affichage pas forcément calé sur celui de la télé oblige à aller dans réglages de son écran (et explications absconses de l'Apple TV)
  • Pour les paresseux : devoir rentrer tous ses mails et mots de passe au premier accès dans chaque service indépendant : Netflix, YouTube, Vimeo...
  • Pas de fonction tactile Force Touch/3D Touch sur la Siri Remote comme sur iPhone 6s
  • Pas de catégorie Jeux distincte encore en place sur l'App Store français contrairement à l'App Store US
  • L'absence de ligne éditoriale (et donc d'identité) pour les jeux contrairement aux consoles Sony, Nintendo, Microsoft

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