Pour Bethesda, le cas The Elder Scrolls 6 s’annonce déjà comme un vrai défi, et la nouvelle stratégie que préparerait Xbox pourrait ne pas aider le studio selon un ancien développeur.
Tandis que The Elder Scrolls 4: Oblivion Remastered s’apprête officiellement à débarquer sur Nintendo Switch 2, la même grande question continue de se poser auprès des fans de la franchise : quand aura-t-on enfin des nouvelles de The Elder Scrolls 6 ? En effet, huit ans après son annonce, le titre de Bethesda demeure toujours aussi discret, même si les dernières rumeurs chez Xbox laissent entrevoir une accélération du rythme de sorties pour des licences comme Fable et The Elder Scrolls. Mais est-ce vraiment une bonne chose ? Pas nécessairement…
Un ex-employé de Bethesda s’exprime sur la stratégie de Xbox
C’est en tout cas ce que pense Bruce Nesmith, vétéran de chez Bethesda, qui a notamment occupé le rôle de lead designer sur The Elder Scrolls 5: Skyrim. À l’occasion d’une récente interview pour le média FRVR, le développeur, parti du studio peu avant la fin de Starfield, est en effet revenu sur les rumeurs évoquant l’idée que Xbox pourrait désormais chercher à accélérer le rythme de production des grandes franchises du studio. Ce qui est peut-être une bonne nouvelle pour ceux qui attendent The Elder Scrolls 6, mais qui peut aussi être à double tranchant.
Car outre le fait de provoquer un « risque de lassitude chez les fans », une telle approche pourrait aussi prévenir Bethesda de développer des expériences à la hauteur des attentes du public. Car si « trois ans semblait être la durée idéale » pour cela il y a encore quelques années, ce n’est plus forcément le cas aujourd’hui, notamment pour des titres comme The Elder Scrolls 6. « Il y a un vieil adage dans le monde du développement software qui dit que le processus repose sur trois piliers : les ressources, le temps et la qualité », explique Nesmith.
« Le studio en choisit deux, ce qui détermine le troisième. Si vous fixez les ressources (personnel, matériel, etc.) et le calendrier, cela détermine la qualité que vous obtiendrez (nombre de fonctionnalités, finition). Si vous fixez la qualité et le calendrier, cela détermine les ressources dont vous aurez besoin pour mener à bien le projet. Vous ne pouvez pas imposer les trois à la fois, mais seulement deux », prévient l’ex-employé de chez Bethesda. Avant d’ajouter : « Un aspect moins connu de ce phénomène est la loi des rendements ».

Un bon développement nécessite de l’équilibre
« Ces trois aspects doivent globalement être équilibrés. On ne peut pas s’attendre à ce qu’un projet soit mené à bien en un mois, simplement en y affectant un million de personnes. Se concentrer excessivement sur l’un de ces piliers augmente les frictions et réduit l’efficacité. Consacrer dix ans à un projet engendre un cycle de réinventions sans fin qui abouti finalement à l’échec ». Des paroles pleines de sagesses, donc, qui sont néanmoins plutôt cocasses quand on sait que The Elder Scrolls 6 a été annoncé en 2018.
Bien sûr, cela ne veut pas dire pour autant que Bethesda travaille depuis tout ce temps sur le projet. On le sait, Starfield restait la plus grande priorité du studio, avant que la majorité de ses effectifs ne basculent sur le successeur de Skyrim au moment de sa sortie. Mais comme l’ajoute Nesmith ensuite, un temps de développement plus court pour de tels projets implique « soit d’augmenter les ressources, soit de réduire les fonctionnalités, soit les deux ». Ce qui, dans un cas comme dans l’autre, peut forcément devenir néfaste pour le jeu.
« Dans la plupart des grands studios », dont Bethesda fait incontestablement partie, « les ressources sont déjà assez importantes », ajoute toutefois le développeur. « Il faut du temps pour les intégrer ». « De mon point de vue, les principaux risques liés à la réduction des délais de développement sont la baisse de la qualité, la suppression de fonctionnalités, un manque de finitions ou la présence de bugs », explique-t-il. Et au vu de la réputation des créateurs de The Elder Scrolls 6 en la matière, de tels propos sont forcément loin d’être rassurants.
Le cas The Elder Scrolls 6 s’annonce délicat
« Les éléments qui sont développés en dernier finissent par être mis de côté pour que le jeu soit terminé à temps. Et bien sûr, des délais de développement plus courts entraîneraient la sortie plus rapide de suites. Mais ce n’est pas la bonne question. Ces suites risquent de décevoir les fans », estime Nesmith. Bien sûr, il existe toujours la possibilité de déléguer certains projets à des studios externes, comme Bethesda a par exemple déjà pu le faire par le passé avec Fallout New Vegas, développé par Obsidian Entertainment.
« Si on trouve le bon studio, c’est une excellente solution », concède alors le développeur. « Mais on ne peut pas confier cela à n’importe qui. Je pense également qu’il est bon pour une franchise de laisser le terrain en jachère pendant un certain temps », ajoute-t-il. « Une franchise qui sort trop de jeux trop rapidement risque de lasser les fans. Bien sûr, un intervalle trop long entre deux sorties peut aussi poser problème », reconnaît-il cependant. Et on le constate d’ailleurs avec The Elder Scrolls 6, malgré les innombrables ressorties de Skyrim et Oblivion.
« L’industrie s’est en quelque sorte mise dans une impasse », conclut finalement Nesmith sur le sujet. « Chaque nouvelle sortie doit être plus grande, meilleure, et plus. Ce qui requiert plus de temps, de ressources et de fonctionnalités. Les éditeurs l’exigent. Les fans l’exigent. Mais la complexité d’un projet n’augmente pas de manière linéaire avec sa taille. C’est géométriquement plus dur ». Ce qui est sans doute loin de jouer en la faveur de Bethesda, qui ne s’est pas rendu service en annonçant The Elder Scrolls 6 avec autant d’avance.
Source : FRVR