Des fermetures de studio à la pelle, des licenciements à n’en plus finir, des jeux annulés par poignées, des coûts de production qui explosent de tous les côtés… Ces dernières années, on ne peut pas dire que l’industrie du jeu vidéo se soit révélée être au meilleur de sa forme. Pourtant, au milieu de tout ce chaos, certains titres comme Clair Obscur Expedition 33, Peak ou encore Balatro ont su prouver qu’il était possible de trouver le succès en allant à contre-courant des tendances. Ce qui, pour certains experts, en fait d’ailleurs des exemples à suivre.

L’industrie du jeu vidéo souffrirait de « la peur du risque »

« Nous avançons à toute vitesse et perdons ce qui faisait notre force : la créativité, le savoir-faire et l’avenir », aurait en effet déclaré un groupe de travail du DevGAMM Madeira Games Summit 2026 selon GamesIndustry.biz. Composé de nombreux professionnels de l’industrie du jeu vidéo, l’objectif de ce panel, animé par le créateur indépendant Rami Ismail, était notamment d’examiner la « peur » qui règne au sein de l’industrie en ce moment ; et qui pousse certaines compagnies à s’enfermer dans une vision relativement conservatrice.

« Bon nombre des réflexes les plus frileux du secteur visent à gommer les aspérités du travail créatif, donnant naissance à des œuvres homogènes et insipides qui ‘cochent toutes les cases’ mais qui n’en restent pas moins (ou par conséquent) peu sincères, sans inspiration et inintéressantes », avait-il notamment déclaré dans un post LinkedIn aujourd’hui modifié. « Le courage est un élément récurrent dans la plupart des titres à succès, que ce soit au niveau du financement, de l’édition, du marketing ou de l’investissement ».

« La peur du risque qui touche l’industrie constitue actuellement le plus grand risque auquel elle est confrontée », concluait-il alors. Tandis que GamesIndustry.biz souligne, de son côté, que le panel du DevGAMM Madeira Games Summit 2026 aurait notamment expliqué comment des jeux comme Clair Obscur Expedition 33, Peak et Balatro ont réussi à séduire le public en se libérant du besoin de « créer des jeux conçus pour le plus grand nombre » ; ou de la volonté de « courir après l’algorithme » à partir de critères hérités d'études de marché.

clair obscurClair Obscur Expedition 33 : Key art avec titre.
© Sandfall Interactive / Kepler Interactive

Clair Obscur Expedition 33, un exemple à suivre

Toujours sur LinkedIn, Ismail ne mâche d’ailleurs pas ses mots. « Il y a trop de lâches qui utilisent des indicateurs erronés pour contrôler trop de leviers essentiels », clame-t-il. « Et tant que nous n’aurons pas trouvé le moyen de remettre les personnes – le goût, la créativité et le savoir-faire – au premier plan, nous resterons prisonniers du même cercle vicieux que les gens avaient déjà compris et contre lequel ils avaient mis en garde il y a littéralement des millénaires : le fait qu’agir par peur engendre ce dont on a peur », explique le créateur.

De quoi remettre un bon coup de pied dans la fourmilière sur la question, donc, en sachant que cela fait de nombreuses années que certains dénoncent l’absence grandissante de prise de risque dans l’industrie. Ce qui, nous ne le savons que trop bien, est alors notamment dû à l’explosion exponentielle des coûts de production des jeux, qui poussent les éditeurs à minimiser les risques pour éviter la banqueroute. Cela explique d’ailleurs sans doute pourquoi autant de jeux indépendants, ou de plus petit calibre, ont explosé ces dernières années.

Car bien que Clair Obscur Expedition 33 ne puisse pas vraiment être considéré comme un jeu indépendant, le fait qu’il ait été développé par une petite équipe avec un budget limité a largement contribué à rendre sa production impressionnante ; au même titre que des Peak ou des Balatro qui, par leur façon de proposer une expérience de jeu tout à fait originale, ont réussi à s’attirer les faveurs de millions de joueurs. Maintenant, tout le monde peut-il réussir à reproduire un tel succès pour autant ? Malheureusement, rien n’est moins sûr. Et c'est toute la difficulté.

Sources : GamesIndustry.biz, Rami Ismael