Racolage par la violence

Malgré tout leur prestige, les super productions Ubisoft exploitent par exemple presque toujours une violence graphique ou actée au-delà du nécessaire. Sans doute pour se garantir (facilement ?) un certain public, à défaut d'un public certain. L'introduction des armes à feu et des bagarres à mains nues de la révolution industrielle va-t-elle déclencher de nouveaux paliers de violence ou de brutalités gratuites ? Juste pour le "show" ?

Car avec sa série historique, Ubisoft sur le fil du rasoir joue toujours un double jeu : celui de la référence historique et culturel (un nouvel hors série du mensuel Historia vient cette année encore cautionner la reconstitution du Londres de la fin du 19e siècle) et le simulateur de meurtre.

Un procès d'intention qui n'appartient pas seulement à l'éditeur franco-canadien évidemment. Sauf que les ambitions artistiques et culturelles affichées, reconnues et appréciés des productions Ubisoft (Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre en est le meilleur dernier exemple) appellent un peu plus chaque année à réconcilier les deux extrêmes.

On ne désespère pas même si, d'évidence, le concept "assassins" oblige un peu. Et, justement, dans le même ordre d'idée d'exploitation un peu trop facile de la violence, ne faut-il pas déjà s'inquiéter des diverses extensions qui, pour se vendre, risquent de racoler nos plus bas instincts ? Notamment l'extension Jack L'Éventreur associée au passe saisonnier qui, sous couvert de réalité du personnage historique, risque potentiellement de se laisser aller aux pires dérives sanglantes ?

Qui est responsable de quoi ?

Même si Ubisoft Québec a participé activement à plusieurs Assassin's Creed et extensions, Syndicate sera le premier jeu sous l'entière responsabilité du studio québécois. Et si l'on veut bien croire au talent de la nouvelle équipe aux manettes, cette notion de production haut de gamme originale capable de changer de réalisateur sans perdre de sa substance et de sa personnalité reste encore une des grandes problématiques du jeu vidéo.

On se souviendra que le premier Assassin's Creed a été signé Patrice Désilets et que depuis, si ma mémoire est bonne, aucun autre nom n'est resté attaché à la série à part celui de la productrice Jade Raymond. Tous deux ont d'ailleurs quitté Ubisoft (et pas toujours de leur plein gré, NDLR). En cela le jeu vidéo épouse le cinéma de producteurs des années 2010. Les réalisateurs connus ou pas se mettent au service de licences plus fortes qu'eux où leur nom ou singularité disparait. Tout le monde ne s'appelle pas JJ Abrams.

London revisited

En toute honnêteté, malgré mon attachement profond à Paris et à sa topographie, je n'ai pas réussi à prendre en défaut gênant la reconfiguration du Paris de Unity. Au contraire, cela reste un plaisir d'explorer les rues et quartiers et d'essayer de comprendre comment Ubisoft a jonglé entre la réalité architecturale d'époque et les besoins techniques et du gameplay. Mais qu'en sera-t-il à Londres ?

A l'oeil déjà il semblerait que les rues de Big Smoke de 1868 n'accueillent plus la foule étourdissante du Paris en ébullition de 1789 (on peut se tromper n'ayant surtout pas regardé les vidéos-spoilers de gameplay en circulation) alors que le Londres du 19ème siècle était la ville la plus peuplée au monde. Cela devrait régler les hoquets techniques liés à la gestion de foule.

À condition que le report de la puissance de calcul vers les folles courses de calèches en ville à la Ben-Hur/GTA ne provoque pas d'autres aberrations, glitches et bugs. Et le public anglais réagira-t-il avec la même acuité que le public français aux éventuelles libertés que Ubisoft aura pris avec son histoire victorienne et sa fameuse reine ? Déjà les rues et avenues agrandies de façon à laisser passer les courses poursuites de calèches bousculent la topographie de la capitale anglaise. Le Londres historique sera-t-il trahi pour autant ? On laissera les historiens et le public anglais répondre eux-mêmes.

Machine de guerre marketing

Nul doute qu'avec l'expérience de 8 lancements annuels (Syndicate est le 9ème jeu de la série principale), la machine de guerre marketing prélancement d'Ubisoft fonctionne à plein régime. La trouvaille ingénieuse consistant à inclure un service de distribution du jeu en calèches à Paris via le service Uber a quelque chose d'infiniment jouissif en relation avec l'actualité. Mais difficile à dire jusqu'où l'idée est impertinente (Uber a été partiellement interdit en France) ou simplement opportuniste.

Le génie marketing n'a en général guère de scrupules. Surtout qu'à notre époque, des excuses publiques suffisent à effacer sans gros intérêts les dommages passés. Au cas où, cet AC Syndicate condamné de longue date à sortir coûte que coûte ce 23 octobre essuie bugs et critiques lourdes, le communiqué d'excuses techniques ou historiques quasi chroniques du PDG Yves Guillemot est-il ainsi déjà écrit en parallèle à celui se félicitant du succès ?

La mini OPA hostile de Vincent Bolloré sur Ubisoft à quelques jours de la sortie pourtant importante de Assassin's Creed va-t-elle détourner et perturber l'énergie des têtes pensantes d'Ubisoft ?

Cet article cherche-t-il à faire peur et à créer des polémiques juste pour attirer le lecteur ou a-t-il une fonction d'utilité publique en rappelant à la prudence éditeur et consommateurs ? Réponse dans quelques jours.

(NDLR : nous n'avons, à 3 jours du lancement, toujours pas reçu de version test).


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