Code of Princess sur Nintendo 3DS, le test de Cheksa

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Cheksa
7
Cheksa 3DS

Peach se rebiffe

Il est des jeux dont on rêve et, par un coup du sort, sur lesquels on ne pose jamais les mains. En 1996 la Sega Saturn accueillait Guardian Heroes, un beat them all mâtiné de RPG plongé dans un chaudron de japanimation. Ce titre allait me hanter des décennies durant, réapparaissant occasionnellement, comme pour me narguer d’avoir alors choisi une N64 plutôt que sa rivale cosmique. Dernier exemple en date, le portage HD sorti fin 2011 est une exclue Xbox 360 — j’ai pas de Xbox 360 !

Mais qu’importe, la poisse n’allait pas me suivre éternellement et ma loyauté envers BigN se devait d’être récompensée. Grâce au grandissime Atlus, et à ma 3DS surdimensionnée, me voici en mesure de vous parler de la fille spirituelle de Guardian Heroes — Code of Princess. Adieu tristesse et frustration. Le roi est mort, vive la princesse !

Le premier élément qu’il me semble important d’aborder est l’habillage du jeu. Je sais qu’en ces temps moroses nombreux sont ceux à se détourner de la pop-culture japonaise pour embrasser à bras ouvert l’impérialisme culturel de l’oncle Sam. Autant être clair, si vous êtes du genre à tiquer nerveusement à la vue d’un personnage aux cheveux roses, si l’idée d’un elfe barde grattant frénétiquement une guitare électrique vous glace le sang vous pouvez arrêter la lecture de ce test dès maintenant. Code of Princess n’est pas pour vous.

A l’inverse, si combattre une horde de monstres aux commandes d’une princesse en string de guerre +2 vous fait sourire puis ricaner bêtement et bien prenez place, installez-vous confortablement, nous sommes entre gens de bonne compagnie.

L’introduction donne le ton, Code of Princess est avant tout destiné aux joueurs ayant un bon fond “d’otakisme”. Le chara-design est plutôt charmant et couvre un large éventail de la traditionnelle galerie d’archétypes issue de l’heroic fantasy japonaise (guerrier, samurai, nécromancien, voleur, mécanicien, dentiste...). L’ensemble est assez agréable à voir. Les personnages semblent modélisés en 3D puis aplatis sur un plan en deux dimensions. En fait, leur rendu n’est pas sans rappeler le style Donkey Kong Country sorti sur SNES et ses sprites précalculés sur station Silicon Graphics. Les décors quant à eux sont peu variés mais d’assez bonne facture. C’est mignon, c’est frais et ça fait du bien de contrôler un personnage autre qu’un lascar bodybuildé d’un mètre quatre-vingt-dix.

Si la question du style graphique est élucidée, celle du gameplay demeure. Une fois passé la “façade” otaku que reste-t-il ?

Des trois modes de jeu affichés à l’écran titre je n’ai pu en essayer qu’un seul, le mode solo. A plusieurs reprises j’ai tenté de rejoindre des parties en ligne mais personne n’a dénié se joindre à moi (le jeu n’a pourtant que trois mois aux USA). J’ai aussi dû me résigner à abandonner l’idée de jouer localement en multijoueurs. Je n’ai pas d’amis. Il ne me restait donc plus qu’à arpenter ce fameux mode solo. Divisé en quatre sous-parties, ce mode vous propose la “campagne” de base, le jeu libre, des quêtes bonus et enfin un tutoriel.

Il ne m’a fallu que cinq heures et une poignée de minutes pour finir le mode campagne avec la protagoniste, “Solange Blanchefleur de Lux, Princesse de Deluxia et protectrice de l’épée sacrée, DeLuxcalibur.” Cependant, il faut admettre que le jeu offre une certaine rejouabilité puisqu’on peut refaire chaque chapitre indépendamment avec chaque membre du quatuor principal, Solange, Ali, Zozo et Allegro, le barde fou autoproclamé grand maître sage lvl99. Reste à savoir si refaire les mêmes niveaux avec simplement une panoplie de coups différents suffira à vous tenir en haleine. Pour les plus vieux d’entre vous, élevés à coup de Final Fight, Double Dragon et autre Golden Axe, cela ne devrait pas poser de problèmes. Qu’importe l’histoire, le gameplay est l’essence du beat them all. Non ?

J’en profite d’ailleurs pour souligner que si l’histoire est d’une banalité affligeante l’humour omniprésent constitue l’une des forces du titre d’Agatsuma Entertainment. Ce n’est pas toujours très fin, je vous l’accorde, mais les dialogues ont le mérite d’instiller une autodérision permanente plutôt bienvenue. Solange et ses acolytes se moquent avec tendresse de tous les éléments qui ont contribué à la naissance des codes du RPG. Aussi les références aux levels, aux classes de personnage et aux atours de la princesse reviennent sans cesse comme pour nous rappeler que Code of Princess tient plus de l’hommage que du renouveau d’un genre un peu tombé dans l’oubli.

Le gameplay, disais-je donc avant de m’interrompre moi-même, est l’essence du beat them all. Et, malheureusement, j’avoue ne pas avoir été conquis par celui-ci. La liste de coups disponibles pour chaque personnage est non seulement limitée mais surtout redondante. Quel que soit le personnage que vous décidez d’incarner les combos sont invariablement : bas, bas + B; bas, droite + B; bas, bas + A... etc... etc... Très rapidement les stages donnent un sentiment de resucée assez frustrant. Ce sentiment est d’autant plus présent que les niveaux sont très courts, une cinquantaine de mètres à parcourir dans la plupart des cas. C’est peu.

Autre point de contention, les items. Elément crucial de tout RPG qui se respecte, la course à l’armement permet généralement de rallonger la durée de vie de n’importe quel jeu pour les plus avides d’entre nous. Le manque d’exotisme et d’originalité des armes, armures et autres trinkets a fait que je n’ai jamais vraiment ressenti l’envie de refaire un stage dans l’espoir de looter un “précieux.” Dommage.

Au final, malgré ses quelques défauts, Code of Princess n’en reste pas moins un jeu agréable pour celles et ceux qui, comme moi, ont bavé des heures durant devant les séquences animées qui ponctuaient la démo de Guardian Heroes. Mais attention, le clin d’oeil aguicheur de Code of Princess aura tôt fait de tromper l’otaku famélique en ces temps de disette. Derrière “le sourire ravageur” de Solange se cache en fait une princesse à la personnalité plutôt banale. Pour peu qu’on veuille bien détourner le regard de son décolleté en plaque (+5 en charisme face aux otaku, -10 face à Famille de France) on pourrait bien deviner un gameplay un peu usé reposant surtout sur un design séduisant.

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