Remember Me sur Xbox 360, le test de Yoann Shepard

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Yoann Shepard
9
Yoann Shepard X360

Remember Me

Pour raconter une histoire basée sur le souvenir, Remember Me n’a rien oublié des atouts d’un grand jeu : action, suspens, beauté et émotion.

Verdict sur une production atypique et inédite.

 

A la base, le jeu devait s’intituler Adrift et était une exclusivité PS3. Sony abandonnera le projet et celui-ci sera éditer par Capcom et le jeu changera de nom pour finalement s’appeler Remember Me.

 

Nous sommes en 2084, et l’ex-capitale française, en partie ravagée par la guerre civile plusieurs dizaines d’années auparavant, tente de retrouver un peu de sa splendeur passée en accueillant une entreprise tristement célèbre en son sein : Memorize, créée et dirigée par Charles Cartier-Wells. Son commerce : celui de nos souvenirs. Grâce au Sensen, prise directe sur notre mémoire, il peut avoir accès, stocker, voire effacer le contenu de notre cerveau.

Malheureusement, ce processus a des effets secondaires très néfastes. Des effacements ou implantations de souvenirs trop répétées peuvent déclencher addiction ou régression primitive, transformant un être humain en Leaper, sorte de zombie agressif se terrant dans le noir, dans les bas-fonds de l’ex-ville lumière. Couloirs de métro désaffectés, égouts et catacombes forment la zone du Slum 404, redoutée de tout être ayant encore sa tête. À l’opposé, les beaux quartiers tels que Saint Michel, abritant la population nantie, servent de vitrine à Memorize pour ses produits et le style de vie insouciante qu’il défend. Oublier que vous êtes dans une société totalitaire, où l’entreprise qui dirige vos cervelles dirige également le monde pourrait être le slogan officieux de cet Éden virtuel. D’ailleurs, traqués par les forces Sabre (les CRS du futur), des résistants tentent d’éveiller les consciences. Ces "Errorists" veulent renverser l’ordre établi et rendre leur mémoire à des millions d’innocents.

 

Le jeu commence alors qu’on assiste à l’effacement de la mémoire d’une jolie demoiselle. Cette jeune femme ne se souvient que de son prénom : Nilin. Surprenant son geolier, ce dernier reçoit l’ordre de l’emmener vers la chaise qui la transformera en légume. Nous sommes dans la prison de la bastille et le salut vient d’un mystérieux sauveur appelé Edge. Nilin réussira à s’enfuir a bord d’un cercueil qui la conduira tout droit vers la Seine, et cherchera par la suite à retrouver sa mémoire. Le scénario est vraiment excellent et plaisant a suivre. Mais je ne spoilerais rien du tout, car il vaut le coup de le découvrir.

 

Ce qui frappe tout de suite le joueur, c’est l’ambiance. On sent que le studio a voulu donner une identité a son jeu et franchement de ce côté-la, rien n’a dire, c’est parfait.

 

Du côté de la technique, le moteur graphique Unreal Engine 3 commence a vieillir malgré des panoramas sur la ville toujours magnifique et a couper a le souffle. Les personnages ne sont pas en reste, Nilin en tête.

 

Du côté de son scénario,

avec son histoire que ne renierait pas le réalisateur Andrew Niccol (Bienvenue à Gattaca, The Truman Show, Time Out), Remember Me arbore un univers à l’identité très, très marquée. C’est d’ailleurs sa principale force, ayant pour incidence de plonger le joueur dans une ville divisée en strates, entre zones poisseuses, territoires des affreux Leakers, et paradis imaginaires, lieux où les riches se voilent la face, avec le sourire. En vulgarisant un peu, je pourrais affirmer que Neo-Paris est l’équivalent vidéoludique du Los Angeles de Blade Runner (Ridley Scott, 1982), en un peu moins sombre. La comparaison avec ce monument pourrait paraître ambitieuse, mais elle est davantage soulignée par l’excellent travail des scénaristes, lesquels n’ont rien oublié en termes de conséquences sociales. C’était la condition sine qua non pour obtenir un résultat cohérent.

 

Au-delà de cette ambiance sombre et du récit de science-fiction d'anticipation exagérant l’essor des réseaux sociaux, il y a également la naissance d’une héroïne. Car en mettant des mots sur les maux, elle trouve des réponses à ses propres questions, à sa propre existence. Les émotions, renforcées par une bande-son faisant fi de l’électro au profit de l’onirisme, sont donc bel et bien présentes dans ce monde de brutes. Une prouesse, eu égard au fait qu’en matière de SF, la froideur a très souvent la mainmise. C’est une nouvelle preuve que Remember Me a tout d’un grand, point de vue narration.

Côté gameplay,

Remember Me est un pur héritier des ténors du genre action/aventure de ces dernières années. Autrement dit, les phases d’escalade – impossible de s’y perdre – rappellent celles d’Assassin’s Creed, tandis que les rixes font penser aux pugilats des Batman Arkham, les contres en moins (la féline Nilin opte plutôt pour l’esquive). À cela s’ajoute quelques couacs dans la prise en mains (des sauts parfois approximatifs, une caméra pas toujours au top), et aussi, mais surtout, deux ingrédients inédits : le Combo Lab et le Memory Remix.

 

Grâce au Combo Lab, il est possible de se créer ses propres combinaisons de coups, en associant les touches selon quatre chaînes prédéfinies. Pour ce faire, vous disposez de ce que Dontnod Entertainment appelle les Pressen, en sachant qu’ils se débloquent en engrangeant des PMP (Points de Maîtrises Procédurales) et qu’ils sont de quatre types - Regeneration de vie, Puissance, recuperation de pouvoir et multiplicateur d‘effets. L’idée est d’opter pour une stratégie en adéquation avec la situation rencontrée et/ou votre style de jeu. N’oublions pas les S-Pressens, des supers pouvoirs qui aide vraiment le joueur dans certaines situations …

 

Grâce aux Memory Remix qui intervient a la fin de certains niveaux, l’héroïne a la faculté de modifier les souvenirs de ceux qu’elle croise. Pour faire simple, il s’agit de cinématiques interactives, au sein desquelles la tâche est de dénicher des failles mémorielles pour modifier le cours des événements (exemple : faire tuer quelqu’un) et, par extension, la personnalité de la cible visée et le présent/futur. L’approche se veut didactique et pragmatique, de par de fausses pistes à tester avant de trouver la solution voulue par l’intrigue (il n’y en a qu’une à chaque fois). Compliqué en apparence et lors des premiers essais, le Memory Remix est finalement assez simple à maîtriser.

 

Parce que Remember Me est une aventure assurément - et volontairement - dirigiste (ce qui n’est pas rédhibitoire compte tenu du voyage narratif imaginé), ses huit chapitres se terminent assez vite. En tout et pour tout, comptez entre 9 et 10 heures pour voir l’épilogue. Ce sont 9/10 heures durant lesquelles les bonnes idées ne manquent pas, notamment en ce qui concerne le bestiaire, varié au possible. Entre les robots, les humains et les Leapers, il n’y a pas matière à s’ennuyer, surtout que certains requièrent une stratégie particulière pour en venir à bout.

En conclusion, Remember Me est une œuvre dans laquelle ses créateurs ont mis le maximum, malgré quelques maladresses inhérentes aux premières fois (tout le monde en a connu, en connaît et en connaîtra). Tantôt surprenant, tantôt lisse, le jeu de Dontnod Entertainment marque les esprits, moins par son gameplay que par son histoire et sa narration poussée à l'extrême.

Assez courte, l'aventure tend à prendre le joueur par la main pour l'emmener dans un Paris du futur, un futur pas si lointain d'ailleurs, eu égard à ce que la société est en train de devenir à cause du pouvoir grandissant des réseaux sociaux. Semé d'embûches, le parcours de Nilin ne demande qu'à être conclu, ne serait-ce que pour découvrir comment la Liberté avec un grand L a pu être bafouée. Avec un tel niveau de lecture, Remember Me se découvre plus qu'il ne se joue.

 

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