God of War III sur PlayStation 3, le test de BlackLabel

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Le fantome de Sparte dans le fantome de God of war...

J'avais joué à God of War Collection avant de mettre la main sur le troisième opus. Cela m'a permis de mesurer l'écart qui sépare les deux aventures sur PS2 et celle sur PS3. En comparant God of War 3 à la production actuelle, on fait face à un jeu tout à fait honnête offrant une bonne expérience de jeu. Mais en le comparant à ses aînés, il me semble personnellement décevant sur plusieurs points. Je vais tenter d'expliquer pourquoi.

Le scénario

Il n'y a pas, à proprement parler, d'histoire dans God of War 3. C'est en fait une fin à rallonge de l'épisode 2. À la fin du 2, Kratos et les Titans montent à la conquête de l'Olympe pour combattre les Dieux. Les développeurs ont bien senti qu'il y avait un problème de ce côté-là, et ont essayé d'éviter la confrontation en ligne droite. D'abord, Kratos est vite trahi par Gaïa, ce qui lui donne la légitimité de se battre à la fois contre les Dieux et aussi les Titans, afin de remplir le titre de quelques péripéties. Ensuite, en nous poussant vers une quête pour obtenir le "pouvoir de tuer les Dieux". Ça ne fonctionne pas, parce que Kratos n'avait pas besoin de ce pouvoir pour défoncer Zeus à la fin du 2, et que dans le 3, sans ce pouvoir, il défonce tout le monde sans problème, Poséidon en premier lieu.

Difficile de croire à ce pied-de-nez scénaristique. C'est d'autant plus dommageable en comparaison des deux autres opus qui possédaient des scénarios plutôt sympas et bien construits. Cet écueil aurait pu être évité, par exemple en ne traitant tout simplement pas la guerre, en la finissant dès l'intro avec un pacte entre les Dieux et les Titans, afin de repartir après l'intro sur une nouvelle base scénaristique. En fait, avec un peu d'imagination, tout est possible, et  même tout aurait été préférable à cette confrontation finale qui n'en finit pas, à l'image d'un Matrix 3 ou d'un Harry Potter 7 qui ne racontent rien mais ne font que multiplier les péripéties pour gagner du temps.

Un autre souci du scénario tient à la réalisation technique du jeu. Bien que ce soit très beau, je n'aime pas le choix visuel. Les épisodes PS2 avaient l'allure des comics des années 90 à la Spawn, héros musclé, très grand, le corps en V, avec du gore et du nichon, baignant dans une certaine légéreté malgré les thèmes abordés. Ici, à vouloir faire trop réaliste, il devient tout de suite plus difficile d'appréhender les répliques nanardesques de Kratos. Ça passe beaucoup plus difficilement. Plus on approche du réél en termes de graphismes et d'animation, plus le côté série Z du scénario de jeu ressort. Ici, il explose à chaque "I want my revenge !". De même un aspect BD pardonne bien des choses, là où avec le visuel de God of War 3, Kratos est sa poche magique extensible où il cache toutes ses armes, ça passe moins bien, je trouve.

Un dernier problème venant lui aussi de la réalisation ; Kratos monopolise les polygones. Il est magnifique, on voit ses muscles saillir sous la peau, les détails de son épiderme sont époustouflants. Malheureusement, lors des cinématiques, Kratos a tant de polygones qu'il n'en reste presque plus pour les autres. Les Dieux et divers personnages font pâle figure en comparaison, on les dirait sortis d'un autre jeu. Ça la fout mal au niveau visuel. Modélisation de moindre qualité, textures moins nettes. Cerise sur le gâteau du mauvais goût, les deux filles à moitié dénudées de la scène pseudo-érotique sont mieux modélisées que les personnages les plus importants du jeu. Ça laisse songeur sur les priorités de la direction artistique...

La mise en scène

La saga God of War est connue pour sa violence, c'est même une de ses caractéristiques. Cette violence s'exprime à travers le gameplay. Ici, on pourra arracher des yeux de cyclopes, répandre des intestins sur le sol si on parvient à réaliser un QTE dans le temps imparti. Cela n'a pas changé, et c'est toujours aussi jouissif, car en plus, désormais, Kratos est rapidement recouvert du sang de ses victimes, et la réalisation permet un sens du détail particulièrement croustillant (ou dégoulinant, c'est selon).

Par contre, il y a désormais de la mise en scène purement gratuite. Certaines mises à mort de personnages importants ne demanderont aucun réflexe de votre part. On appuie, Kratos frappe, ou arrache, ou déchire. Je ne suis personnellement pas fan de ce genre-là. Une fois dans le jeu, pourquoi pas, mais à force de revenir, ces séquences plutôt vaines ont participé à ma déception vis-à-vis du titre.

Dans le même genre qu'Uncharted 2, on aura droit à des séquences spectaculaires d'un point de vue visuel, et complètement insipides manette en mains. Rien que l'intro ; la caméra tourne dans tous les sens, des monstres surgissent partout, on saute d'un Titan à l'autre. Et nous, on fait quoi là-dedans ? Presque rien. On tue cinq zombies ; on grimpe une falaise ; on fait trois QTE ; et la cinématique repart de plus belle. Je préfére la mise en scène plus posée des épisodes précédents, qui joue moins sur l'esbroufe.

Le gameplay

Il y a là aussi des soucis. C'est du God of War. On connaît la recette, elle n'apporte que de légères améliorations. Alors c'est plus grand, plus vaste, il y a plus d'ennemis à l'écran, mais ça ne change quasiment rien à notre manière d'appréhender le titre, ce que je trouve dommage. Sans attendre une refonte complète du gameplay, j'aurais aimé avoir quelques phases de jeu typiquement PS3, un peu comme dans Heavenly Sword lorsqu'on utilise une catapulte contre tout un champ de bataille. En ce sens, je trouve que le jeu fait PS2 HD. Même si habituellement on utilise cette expression pour les graphismes, je trouve qu'elle peut s'appliquer aussi à un gameplay. Reste que ce gameplay jouit encore de la marque de la série avec une très bonne mise en scène, des affrontements de boss évolutifs.

Sur certains plans, God of War 3 a l'air d'un suiveur. En fait je pense qu'avec le scénario en ligne droite, c'est cet aspect du jeu qui m'a le plus déçu. On peut chevaucher des cyclopes et les retourner contre leurs alliés, mais c'est une idée déjà-vu dans Batman Arkham Asylum, Darksiders et Dante's Inferno. C'est un signe que la saga devient routinière, qu'elle ne se démarque plus de la concurrence en dehors de sa réalisation. De même plein de trucs sentent le manque d'idées ; les portails pour se téléporter, les sauts d'oiseau en oiseau pour se rendre d'un point A à un point B, les armes à utiliser obligatoirement dans certains cas de figure, jusqu'à ce boss aux points faibles si visibles que c'en est insultant.
 
Le bestiaire est à peine renouvellé, et les grosses bestioles en guise de boss me manque. Ici on se tape majoritairement du dieu ou du titan. Plus de méduse obèse, de kraken ou de minotaire gigantesque. Où est passé le bond artistique entre le 1 et le 2 ? Je dirai qu'il est parti en même temps que Cory Balrog, qui supervisait le 2. Le nouveau directeur suit le cahier des charges et fait entrer la licence dans la routine. On nous ressort les mêmes types d'énigmes, les décors sont techniquement fabuleux, mais moins surprenants. Le duel final est une repompe, en moins bien, de God of War 2.

Pour conclure

God of War 3 manque sérieusement d'inspiration au niveau artistique et au niveau du gameplay. Sur PS3, la saga conserve son statut de jeu grand public spectaculaire, mais ne surprend plus que par la réalisation. La création a disparu, désormais on applique une recette. Alors, l'aventure reste sympa, mais en comparaison de God of War Collection, où tous les ingrédients s'y trouvent en mieux, elle est assez décevante.

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