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Six Major de R6S : Notre interview de Milosh, caster entre la France et l'international

Six Major de R6S : Notre interview de Milosh, caster entre la France et l'international

Par Eva Martinello - publié le
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Ghassan "Milosh" Finge s'illustre sur la scène Rainbow Six Siege depuis plus d'un an, en tant que commentateur anglophone. Mais ce dernier est aussi très attaché à la communauté française et a commencé le cast sur le FPS d'Ubisoft en français, en 2016. Interview à l'occasion du Six Major.

Interview

Au Six Major, tu as pu commenter un match en français, comment ça s'est fait ? 

L'idée vient de Scok. Pendant la phase de groupes, il me l'a proposé à moi et à Alicia, la représentante d'Ubisoft, et nous étions complètement partants. Scok m'a dit que la majorité des spectateurs ne savaient pas que je parlais français, et c'est ce que j'ai pu montrer. Au final, j'ai commenté un match de playoffs où deux équipes nord-américaines s'affrontaient, Rogue et Obey Alliance ; j'avais forcément pas mal de connaissances sur ces équipes. 

Ce n'était pas trop difficile de changer de langue en cours de route ?

Un peu, c'est pour ça que j'ai analysé plutôt que de faire du play-by-play. J'ai présenté les équipes car je les connais très bien, j'ai expliqué les attaques, pourquoi elles ne fonctionnaient pas quand c'était le cas... ça faisait deux ans que je n'avais pas commenté en français. D'ailleurs, ce cast en français d'il y a deux ans, c'était avec NeomeTrixX en Belgique et c'est à ce moment-là que j'avais décidé de commencer Rainbow Six, après avoir été inspiré par le travail de Scok !

Donc le Six Major, c'était un peu un retour à la maison ?

Oui ! Je suis proche de Millenium, Vitality, Mock-It... et même des joueurs français d'autres équipes, comme DeathroW. En fait, comme j'ai commencé avec le cast français, je retrouve des équipes que je commentais avant. Après ça, le prochain événement d'envergure sera à Rio de Janeiro et ce sera complètement différent !

Milosh a commenté en français les quarts de finale opposant Obey Alliance à Rogue.

Penses-tu  commenter les finales de Pro League à Rio ?

Probablement, mais on verra comment les choses peuvent évoluer ; ce qui est important pour nous, c'est d'avoir de nouveaux casters qui tentent leur chance. Pour le Six Major par exemple, on a Demo et Willkey. On va continuer comme ça pour les prochains événements, pour faire comprendre que le monde de R6 n'est pas fermé, que ce soit pour les joueurs mais aussi pour les talents.

Revenons à ce tournoi. La finale oppose Evil Geniuses à G2, est-ce que tu t'y attendais ?

Oui, c'est exactement la finale à laquelle je m'attendais. La dernière partie que j'ai analysée avant de venir ici, c'était la finale du Six Invitational à Montréal et c'était un match magnifique. Cette finale est la répétition, c'est le round 2. 

Selon toi, quelles sont les forces des deux équipes ?

Pour G2, je dirais la flexibilité. Chaque joueur a confiance dans le jeu de ses coéquipiers et ils peuvent jouer n'importe quel opérateur, carte ou position de la bonne façon. G2, c'est une équipe qui se compose de joueurs-stars qui sont coordonnés par Shas, qui est pour moi le meilleur coach de Rainbow. Il arrive à contrôler les egos des joueurs et ça fonctionne très bien.

Pour Evil Geniuses, c'est un style très différent : leur coach, BKN, se rapproche plus d'un manager. D'un autre côté, Canadian est un joueur qui a un immense talent et, même sans être ingame leader, il arrive à aller chercher des kills. Maintenant, leur ingame leader est BC, qui a un très bon Buck. Il y a ausi NVK, qui est l'un des meilleurs joueurs agressifs de l'Amérique du Nord, et qui est bien entouré par les joueurs en soutien...

Tu as pu tester Clash et Maverick. Que pense-tu de ces nouveaux opérateurs ?

Pour moi, Maverick est très intéressant. C'est un troisième hard breach,ce dont on avait besoin à côté de Thermite et Hibana. Je pense que ça va être un grand opérateur d'attaque en Pro League, surtout avec la refonte des trappes : il sera important pour préparer les attaques, pour créer des ouvertures et lancer des grenades fumigènes etc. Je vois déjà les cartes Banque et Oregon changer avec lui.

Clash sera plus équilibrée car elle a de grands counters, comme Capitão, et une synergie avec des roamers comme Echo et Vigil. Elle change l'idée du roaming qui se joue en solo, car elle pourra être là pour les protéger. Son SMG a aussi une utilisation intéressante avec le mode rafale. Je suis habitué à ça car je joue à d'autres jeux que Rainbow Six, mais pour ceux qui ne sont pas habitué à ce genre d'armes, il faudra un temps d'adaptation. 

C'est G2 qui a remporté la finale du Six Major 3-0 contre Evil Geniuses.

Comment s'organise le choix des casts en événement ?

Du côté anglais, on a des duos bien définis : mzo et moi, KiXSTAr et Interrobang. On partage les matches entre nous selon nos choix, ils ne nous sont pas imposés. On se partage aussi les finales des événements majeurs, chaque année, pour que chacun ait un moment où il puisse se montrer : les finales sont forcément des matches que tout le monde a en tête. Cela nous évite aussi d'être sous pression ou stressés, car chacun est satisfait des matches qu'il va commenter !

Pour ce qui est des matches réguliers des Pro Leagues, on a des duos qui peuvent changer en fonction des disponibilités de chacun. Même si on ne commente des matches que quelques jours par semaine, les horaires ne sont pas toujours faciles puisqu'on a l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Amérique Latine. On essaie aussi de regarder des matches des autres régions et les même les matches qu'on ne commente pas, pour être sûrs de tout savoir sur ce qu'il se passe en Pro League. On s'organise pour se remplacer en cas de soucis, on s'entraide pour garder un équilibre avec nos propres vies.

On a vu du beau jeu de la part de Nora Rengo et Element Mystic dans le tournoi. Pense-tu que les régions asiatiques vont devenir une menace dans les prochaines années ?

C'est justement ce qu'on se disait avec Willkey, tout à l'heure : ces joueurs ont pu montrer une visée incroyablement précise, même meilleure que les joueurs brésiliens, qui sont pourtant très bons... mais ce qui leur manque, c'est l'aspect stratégique, qui leur empêche de l'emporter contre des grandes équipes nord-américaines et européennes. 

Tu penses que c'est dû à quoi ?

Le manque d'expérience ! À mesure que l'on aura plus de tournois internationaux, ces équipes s'amélioreront. Pour l'instant, c'est compliqué car les asiatiques ne peuvent pas se permettre d'investir pour venir dans les tournois de Dreamhack occidentales. Alors qu'en tournoi officiel, ils n'ont pas besoin de payer leur voyage, comme les finales de Pro League, ce Six Major et les Six Invitational. Je pense que d'ici un an environ, ce seront des équipes à garder en tête, au même titre que les équipes brésiliennes.

Nora Rengo a montré du beau jeu avec son joueur-star, Merieux.

As-tu des conseils pour ceux qui voudraient devenir commentateur ?

Regardez la Pro League. Apprenez ce que les casters disent et faites des démos de votre cast. Envoyez les à ESL, Go4 et à d'autres pour atteindre, au minimum, le rôle de Community caster... et ayez votre propre personnalité. Chaque humain est unique dans sa façon de faire, chaque personne a son propre style. Il faut le montrer, c'est ça qu'on veut : des personnes qui ont de la personnalité et qu'ils savent ce qu'ils disent !

Le comportement est aussi quelque chose d'important. Sur Siege, on sort de la troisième année de vie du jeu ; en plus de la connaissance et de la personnalité, il y a la caméra à prendre en compte. Commencez à vous filmer et à voir comment vous vous comportez devant la caméra pour apprendre à être à l'aise. Il y a aussi un style vestimentaire à travailler. Je ne suis pas le meilleur là-dessus, mais je fais de mon mieux pour être présentable ! Tous ces éléments forment une symbiose, qui est le modèle du caster. Mais c'est essentiel d'avoir sa propre personnalité.

Et toi, comment as-tu trouvé ton style ?

À force de tests et d'expérience. J'ai eu six ans pour arriver jusqu'ici : j'ai été sur Battlefield, avec beaucoup de joueurs français et brésiliens qui sont maintenant professionnels sur R6S, ensuite CS:GO et maintenant R6S. J'ai essayé plein de choses différentes. J'ai dû choisir entre faire de l'analyse et du play-by-play. Caster chez soi, c'est bien différent que de caster en studio et sur scène. Je travaille aussi sur moi-même, en faisant du sport.

Il faut aussi travailler avec son binôme : il ne faut pas se couper la parole ou prendre trop d'espace. On travaille beaucoup là-dessus pour être sûrs que la personne qui entend notre cast entende clairement ce qu'il se passe. L'analyse est celui qui sait tout ce qu'il se passe dans les équipes, c'est lui l'expert. L'autre caster fait du play-by-play, c'est a dire qu'il, ou elle d'ailleurs, décrit ce qu'il se passe à l'écran. Je dis elle car en 2018, je pense que rien ne nous empêcherait d'avoir des équipes de casters mixtes ! Quoiqu'il en soit, trouver son propre style est une chose qui prend du temps.

As-tu un dernier mot ?

Merci beaucoup à ceux qui sont venus au Six Major de paris, ainsi que pour toutes les photos et signatures. Merci à Scok, FuriouSG et Sixquatre qui m'ont aidé pour le cast, et à Ubisoft pour cet événement à Paris. D'ailleurs, pour le prochain événement : ne restez pas chez vous, il faut venir ! Certaines personnes sont anxieuses et ne savent pas comment se comporter, mais tout ceux que j'ai vus étaient satisfaits de l'événement, que ce soit les joueurs, la presse ou les membres de la communauté. J'espère qu'il y aura beaucoup de fans français aux prochains événements français, mais aussi européens... car les événements seront de mieux en mieux !

Merci à Milosh de nous avoir accordés du temps ! Vous pouvez suivre son actualité sur son Twitter.

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