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PS4 et Xbox One : le tout pour le tout ?

PS4 et Xbox One : le tout pour le tout ?

Edito #78
Par Grégory Szriftgiser - publié le
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Certes, on en a pris plein la tronche à l'E3 ; c'est le sourire béat, jusqu'aux oreilles, que nous sommes ressortis du salon, avec plein de jeux, de surprises, de next-gen à se mettre sous la dent. Mais une fois la poussière de l'événement retombée, et avec le retournement de stratégie total de Microsoft annoncé cette semaine, on pourrait se demander si les grands acteurs du jeu vidéo d'aujourd'hui ne seraient pas en train, ou sur le point de jouer leurs tapis, comme s'ils étaient un peu désespérés.

C'est donc l'info de la semaine, évidemment : Microsoft fait totalement marche arrière et annonce que la Xbox One fonctionnera exactement comme la Xbox 360 : pas de connexion obligatoire toutes les 24h, pas de marché de l'occasion contrôlé, et même en bonus, pas de verrou par territoire ; mais pas des nouvelles fonctionnalités annoncées (liste de partage, etc.) non plus.

S'il est certain que ce retournement de situation était attendu, voire annoncé par certains, je n'en faisais pas partie : je pensais les voir mettre leur communication en ordre, arrêter les déclarations malheureuses notamment en collant un bâillon dans la bouche de Don Mattrick, et expliquer les avantages de leur vision à grand renfort de comparatifs orientés en leur faveur. Je n'imaginais pas que Microsoft capitulerait totalement. Certains, donc, s'y attendaient (well done, Julo !), mais aucun, je pense, n'imaginait que ça viendrait si vite, et aussi radicalement. Comment faut-il interpréter ce virage ? A mon humble avis, comme un signe criant que l'industrie du jeu vidéo traditionnelle, j'entends par là, les consoliers, est quelque part, au pied du mur.

L'importance des joueurs

Ce n'est pas un secret : les gros joueurs ne sont plus la majorité du marché. Même les joueurs au sens plus large, d'ailleurs, si on considère par exemple que toute la saga Grand Theft Auto (probablement la plus populaire de tous les temps avec Call of Duty) s'est écoulée à environ 120 millions d'exemplaires en 16 ans d'existence, tandis que Angry Birds a été téléchargé plus d'un milliard de fois. Certes, ce n'est pas la même expérience, pas les mêmes supports, et pas le même prix, mais là n'est pas mon propos : Angry Birds touche 8 fois plus de monde, point à la ligne.

Alors qu'il est donc clair que les joueurs "traditionnels" ne constituent pas la part la plus importante des consommateurs de jeu vidéo en quantité de personnes touchant de près ou de loin au jeu, ils restent cruciaux pour l'établissement rapide d'un business sain... ou sa dégringolade. Il sont ce qu'on appelle des trend setters, des leaders d'opinion, des early adopters, etc. Et comme il me semble l'avoir déjà écrit quelque part (mais je ne sais plus bien où) : nous vivons une époque ou l'établissement d'une base installée sur un lancement de console doit être fait beaucoup plus rapidement que pour les précédentes, tant les appareils qui buzzent se multiplient avec les assauts des Samsung et autres Apple qui capturent à la fois budgets et désirs des consommateurs, régulièrement et efficacement, concurrençant indirectement les autres appareils. Il faut croire, également, que Microsoft a pris peur lorsque Sony a fait lui-même le jeu de ces mêmes joueurs ; car, après tout, si Sony n'avait pas opté pour cette écoute des joueurs à l'E3, adoptant au contraire avec sa PS4 une politique similaire à celle de la Xbox One, on sait bien que la situation d'aujourd'hui aurait été toute autre, même avec une vague équivalente de protestation sur Twitter et consorts.

Il faut donc consolider les bases de sa clientèle, pour Microsoft comme pour Sony, c'est à dire flater les joueurs dans le sens du poil... et les récents fiascos de communication de Microsoft ont déclenché une véritable hémorragie de joueurs déçus, en colère ou suspicieux. Une hémorragie qu'il fallait arrêter au plus vite pour l'américain, et récupérer   tout aussi promptement via l'entonnoir E3 pour le japonais... Mais ce n'est pas tout, et ce n'est pas fini.

La crise

Microsoft a des reins financiers solides ; en tout cas par rapport à Sony. Mais compte-tenu de l'état de l'économie mondiale, et du rapport que le monde entretient vis à vis des crises globales qu'il affronte et en particulier les séquelles de celle de 2008, les constructeurs comprennent sans doute qu'il ne suffit pas de lancer des consoles nouvelle-génération pour que les affaires reprennent comme dans les années 90 ou même 00. L'industrie continue de croître, mais elle se fragmente également. Si les ventes globales du premier semestre ne sont guère encourageantes, espérer que des nouvelles consoles suffiront à relancer une dynamique est peut-être un peu illusoire ; croire qu'elles auront le champ libre pour conquérir au cours des 7 ou 8 prochaines années, c'est de la folie. Après tout, dans le grand tout du budget divertissement que les gens continueront à dépenser, le jeu vidéo reste parmi les plus chers, aux côtés des vacances à l'autre bout du monde, de la tablette tactile dernier cri, et autres investissements dans l'électronique de loisir. Et surtout, bon nombre de nouveaux concurrents finiront par émerger sérieusement, de la Steambox aux offres des opérateurs, en passant par Dieu sait quoi que nous n'avions pas venu venir.

D'autre part, même si la firme de Redmond dispose d'un compte en banque que lui envie Sony, combien d'échecs peut-elle se permettre ? En tout cas, après le Zune, puis les difficultés de Surface, ou même de Windows 8, sans doute moins. Quant à Sony, c'est un secret de polichinelle : si le japonais a su séduire pendant l'E3, et surprendre avec un prix PS4 parfaitement positionné à 399 euros, ça sent la console de la dernière chance. Le groupe affronte de lourds défis de restructuration et de redressement financier. Parmi les développeurs en tractation avec eux, beaucoup laissaient filtrer en privé, dans les allées du salon, que la fontaine est tarie. Sony n'investit pour l'instant presque plus rien dans le développement de nouveaux titres externes, et ferme la porte à bon nombre de projets pourtant intéressants car les consignes sont claires : maximum 500 000 euros pour signer un projet externe quel qu'il soit, pas un centime de plus. Si ça suffit pour certaines productions, ça reste très léger pour les développeurs de moyenne catégorie. Du coup, on fait de l'indé à gogo chez Sony, car l'argent manque, monopolisé qu'il est par les gros studios internes et les investissements colossaux que demandent un lancement tel que celui de la PS4. Alors, certes, après le bal des conférences de l'E3, on devait être assez heureux chez Sony, mais aussi garder la tête froide face aux multiples défis qui attendent la société. Et si certains pouvaient bien fanfaronner avec quelques verres dans le nez une fois la pression retombée, à présent que Microsoft fait volte-face pour tenter de faire oublier, ces 5 prochains mois, la vague de mauvaises opinions suscitée par ses précédentes positions, il n'est plus question de souffler, mais bien de se remettre au travail, car en termes de line-up de jeux, Microsoft reste extrêmement fort. Le géant annonce l'investissement d'un milliard de dollars sur des exclusivités : une montagne de moyens, et pour le coup, cet argent n'ira pas s'étaler chez une myriade d'indies qui flatent les élites, mais bien se concentrer sur les blockbusters qui conquièrent les têtes de gondole...

All-in

Les surprises risquent donc de continuer d'ici au lancement des machines. A l'heure où j'écris ces ligne, les rumeurs de nouveaux changements de Microsoft pour s'aligner sur un prix plus attractif enflent. On se dit : "au point où ils en sont, pourquoi n'annonceraient-ils pas une disponibilité sans Kinect 2 à un prix rabaissé ?". Ainsi s'évanouirait complètement la vision Xbox One, qui, bonne ou mauvaise, avait au moins le mérite de différencier la One de la PS4.

Dans l'ombre, Steam semble préparer une offre de partage de ludothèque qui pourrait faire très mal. Elle permettrait aux utilisateurs de prêter leurs jeux, ou plutôt leur licence de jeu, à d'autres, transférant temporairement le droit d'y jouer à un utilisateur tiers, à la manière de ce que propose Amazon sur ses eBooks (mais pas encore en France). Si une telle offre venait à se concrétiser, couplée avec une Steambox qui ne soit pas plus chère que la PS4, et sortirait en début de cycle des prochaines consoles, beaucoup pourraient sauter le pas, tant les prix des jeux sur Steam font miroiter une rentabilité accrue pour les joueurs console habituels.

Il y a en tout cas, à mes yeux, une sorte de fébrilité chez les constructeurs de console. Une tendance, en quelques sortes, à jouer le tout pour le tout. Les observateurs de différentes industries comme celle de la musique savaient déjà qu'il ne faut pas contraindre les usages ; Microsoft en a fait l'amère expérience. Mais une fois cela passé, qui sait si demain, les consoliers ne seront pas prêts à bien plus pour que leurs machines restent des plates-formes de prédilection aux yeux des consommateurs, et continuent d'en conquérir de nouveaux ? Car pour le profane, aujourd'hui, quelles sont réellement à présent les avancées de ces nouvelles consoles ? C'est un peu plus joli, il y a quelques fonctionnalités intéressantes et une meilleure intégration des tendances sociales... mais c'est à peu près tout. Ce sont de nouvelles boîtes qui semblent finalement faire la même chose que les anciennes, certes un peu mieux, mais sans révolution. Oh, moi, je suis toujours excité comme une puce, pressé d'avoir ces nouvelles consoles et les jeux que j'ai découverts dessus à l'E3... mais je reste un gros joueur et du point de vue plus global du grand public, je ne me peux m'empêcher de me dire que les consoliers vont devoir offrir bien plus et bien mieux pour séduire largement, et surtout, rapidement. Nintendo lui-même, malgré son capital nostalgie, et le succès de la Wii, lutte pour trouver sa place dans les foyers ; sans doute parce qu'en réalité, le grand public ne voit toujours pas l'intérêt ou la nouveauté dans la Wii U, et que les Mario se succèdent sans offrir rien de révolutionnaire. Qui sait si Sony et Microsoft ne risquent pas de subir la même froideur de la part des consommateurs ?

Bref, tout ceci ressemble un peu à la dynamique d'une partie de poker ; une partie dans laquelle les tapis sont certes inégaux, mais surtout limités, et où le chip leader n'est pas forcément celui qu'on croit dès lors que n'importe quel inconnu pourrait s'asseoir et participer à la partie avec des ressources insoupçonnées et une chance (ou un culot) inégalée. Les joueurs de cette table semblent fébriles, comme si c'était la dernière partie de la soirée, avec aucune chance de se refaire si elle tournait court. Mais la dynamique  du poker exige une prise de risque pour espérer ramasser gros, car survivre en se faisant rogner son tapis petit à petit ne fonctionne jamais, et compter sur la seule chance non plus. Sony a déjà joué son tapis une première fois et remporté un premier pot : mais d'autres suivront sans doute.

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