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Histoires de projets

Salutations, c'est Romain et Denys de Wayô !

Il est aujourd'hui temps de vous débriefer la présence de Hitoshi Sakimoto à Paris à l'occasion du concert Vagrantes Mélodies qui s'est tenu mi-octobre au théâtre Adyar de Paris !

Premiers contacts avec Hitoshi Sakimoto
Par Romain

Dans mon billet consacré à Noriyuki Iwadare, le compositeur de Grandia, je revenais rapidement sur ce qui passerait comme un détail. Il y a quelques années, lors d'un voyage au Japon, je rencontrais Hitoshi Sakimoto qui m'invita à contacter Michiru Ôshima ; je suis parisien, et elle était connue pour s'y rendre de temps en temps. À ma grande honte, je connaissais très mal son travail, mais je connaissais évidemment son nom grâce à ICO et The Weathering Continent dont je possède la bande originale depuis très longtemps. En bref, nous contactâmes Michiru Ôshima dans la foulée, elle vint à un évènement à Japan Expo l'année suivante sous mon impulsion au sein de l'organisation et au final, nous fîmes avec Wayô le concert Melodies in the Mist, consacré à cette grande compositrice que nous avons appris à connaître et à profondément respecter.

Dire que cela est grâce à Hitoshi Sakimoto serait un petit peu exagéré, mais nul doute que sans lui, je ne l'aurais pas contacté. Vous noterez le rapprochement entre les titres « Melodies in the Mist » et « Vagrantes Mélodies » ; certes, c'est joli et nous construisons quelque chose de cohérent, mais j'aime à penser qu'il y a une suite logique dans toutes ses rencontres.

La première fois que j'ai vu Hitoshi Sakimoto, j'étais très impressionné, comme l'explique par ailleurs très bien Jérémie dans son précédent billet. Il s'agit tout de même du compositeur de Final Fantasy Tactics, Vagrant Story et Final Fantasy XII, entre autres, et probablement le compositeur au style orchestral le plus impressionnant dans le jeu vidéo. Son humilité m'a également touché. J'ai eu la possibilité, quelques jours plus tard, de visiter sa société, Basiscape, et de rencontrer ses collaborateurs dont l'immense Masaharu Iwata, son binôme de toujours. On discuta de sa vision du jeu vidéo (lui, fan de FPS et RPG), de la musique, de Ryûichi Sakamoto et de Noriyuki Iwadare, qui venait de faire un double-concert en France à Japan Expo (la fameuse "aventure Wayô avant Wayô" !).


Le sous-sol de Basiscape au Japon, ou la caverne d'Ali Baba du mélomane...

Dès le lendemain, où je devais me rendre au Comiket de l'été à Tôkyô, Hitoshi Sakimoto parla de moi à d'autres compositeurs comme Yûji Takenouchi et Hiroki Kikuta, que du coup je rencontrais sur le salon, eux débordant d'enthousiasme et moi hallucinant quelque peu.

Par la suite, je gardais évidemment un bon contact par email. Nous le revîmes début 2012 à Tôkyô avec Denys le temps un verre dans un piano-bar assez classe. À partir de ce moment, nous n'avions plus qu'une chose en tête : construire quelque chose en son honneur.

En 2012, il fut invité par Shota Nakama, le fondateur du Video Game Orchestra à Boston, pour un concert symphonique aux côtés de Noriyuki Iwadare et Yôko Shimomura, dont l'album est sorti récemment. Début 2013, nous lancions le projet Vagrantes Mélodies qui, comme Melodies in the Mist, est un vrai concept, avec son affiche (par Orioto), sa direction artistique et ses arrangements inédits.

Un grand et beau projet, mais musicalement pas si facile que ça à monter. Car, vous ne vous en doutez peut-être pas, mais les partitions ne se font pas toutes seules...

 

De l'orchestre au quintette
par Denys

En effet, la création musicale ne se fait pas en un clin d'oeil ! Dans un premier temps, nous avons créé à quatre une liste d'environ 65 morceaux composés par Hitoshi Sakimoto. Ensuite, petit à petit, nous l'avons épurée en prenant en compte l'avis de chacun et en excluant les morceaux qui comptaient le plus de votes défavorables.

Une fois la playlist plus ou moins définie, nous avons demandé à Hitoshi Sakimoto de nous fournir les fichiers originaux des musiques en question. Cette étape a demandé du temps, sachant que le compositeur était extrêmement occupé et que la plupart de ces morceaux avaient été composés sur du matériel ancien et parfois sauvegardés sur des supports aujourd'hui obsolètes. Concrètement, il s'agit de fichiers MIDI contenant des données de notes (hauteur, longueur, intensité) qui ne donnent rien tant qu'elles ne sont pas reliées à un générateur sonore. Pour la création des partitions, il n'a néanmoins pas été nécessaire de faire sonner ces fichiers, l'important étant d'en voir la construction et les harmonies.

Afin de créer les partitions dont je me suis occupé (Medley Legaia, Romeo & Juliet, Odin Sphere, Dragon's Crown, etc.), je me suis servi du logiciel Finale. Ce logiciel de notation simplifie la tâche de l'arrangeur, puisqu'il permet d'extraire automatiquement les parties de chaque instrumentiste, là où, autrefois, il aurait fallu recopier chaque portée une par une à la main (140 mesures x 7 portées pour la chanson « Holy Spirit »). Naturellement, il faut quand même vérifier chaque partie ensuite, afin d'éviter les incohérences (passage difficile à cheval entre deux pages, indication de jeu supprimée lors de l'exportation, etc.). Par manque de temps, j'ai dû négliger cette étape, ce qui n'a pas toujours simplifié la vie des musiciens.

Le travail sur les partitionsL'environnement de travail de la création des partitions.

Souvent, on dit que le style de Hitoshi Sakimoto ne peut être qu'orchestral. C'est à mon avis inexact. Son style est fait d'une multitude d'éléments identifiables quel que soit l'effectif instrumental et le style : l'écriture harmonique, le rythme, la façon de mouvoir des blocs de notes, etc. C'est ainsi qu'on reconnaît immédiatement sa patte même s'il n'y a qu'un piano et une voix dans « Ferris Wheel » de l'album Colors of Life. Par ailleurs, ayant déjà entendu la musique de Sakimoto jouée par une formation de chambre, et après avoir écouté toutes sortes de quintettes pour piano depuis des années (Fauré, Brahms, Schumann, etc.), j'étais persuadé qu'il était possible de transmettre l'esprit de sa musique avec cet effectif.

Face à sa partition, tout ça paraît parfois moins évident : on se demande comment mettre en valeur cette voix intérieure à l'origine écrite pour un hautbois, on se demande si le chatoiement sonore de Legaia Duel Saga sonnera avec seulement cinq instruments, si une modulation un peu abrupte ne ruinera pas l'esprit du morceau, etc. Autant dire qu'on se retrouve souvent seul avec beaucoup de questionnements et que, bien souvent, on n'est soulagé qu'en entendant le résultat en répétition.

Pour certains arrangements, nous souhaitions faire appel à des arrangeurs amis.

J'ai souvent rencontré Tsutomu Narita ces dernières années, que ce soit à l'occasion de répétitions des Earthbound Papas, de repas ou de voyages (nous avons même visité ensemble la maison natale de Beethoven à Bonn peu avant Symphonic Odysseys, en 2011 !). Nous parlons souvent d'orchestration, de photographie ou de rock progressif. C'est d'ailleurs lors d'un concert de Takashi Yoshimatsu où nous sommes allés écouter l'orchestration du tube progressif Tarkus que je lui ai proposé d'arranger quelque chose pour notre futur concert. C'était en mars 2013. Étant donné qu'il est lui-même fan des musiques de FFXII, sa participation a été acquise sur-le-champ.

Quant à Shota Nakama, qui a arrangé le medley FF Tactics de Vagrantes Mélodies, je l'ai rencontré il y a quelques années à Okinawa, l'île dont il est originaire. Comme Romain le disait, il avait invité Hitoshi Sakimoto l'an passé à Boston pour un superbe concert dont l'enregistrement est sorti il y a peu. Shota a sacrifié une nuit de sommeil pour terminer son bel arrangement de FF Tactics. J'espère que ce dernier vous a ému autant que moi ! En voyant sa partition, j'ai senti le métier de l'ancien copiste-graveur : elle était claire malgré le peu de temps qu'on lui avait donné ! Merci à lui.

Un grand merci aussi à David Azoulay, que j'ai rencontré pour la première fois lors des répétitions et qui nous a fourni de beaux arrangements de FFTA, de The Tower of Druaga, et de The Wizard of Oz. Son sourire et sa gentillesse ont contribué à la bonne ambiance entourant le concert et j'espère qu'on aura encore l'occasion de faire appel à lui.

Voilà ce que je peux dire sur les arrangements. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à nous en faire part dans les commentaires !

 

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Commentaires

Jonah
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Jonah
Merci de nous faire part des "coulisses" du concert, ou plutôt de ce qui a permis son existence, autant dans la rencontre des compositeurs et arrangeurs que dans tout le travail derrière les arrangements eux-mêmes.

Hâte de votre prochain projet (mais reposez-vous un peu quand même...) !

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Par Team Wayo Blog créé le 27/11/12 Mis à jour le 12/05/17 à 12h40

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