Obi-Doo, la force vidéoludique.

Obi-Doo, la force vidéoludique.

Par Obi-Doo Blog créé le 25/12/14 Mis à jour le 01/03/19 à 16h44

Diplômé d'un Master en cinéma et grand amateur de jeu vidéo, je partage ici mon expérience de joueur, mon point de vue sur les titres, l'industrie et parfois au-delà...

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(Jeu vidéo)

 

Bonjour à toutes et à tous !

 

En 2008, il y a bientôt plus de 10 ans maintenant, sortait un titre au concept véritablement singulier, né dans l’esprit fécond de Will Wright, le papa des Sims et de SimCity. Le but était simple : en partant d'un organisme microscopique, vous devez faire évoluer votre créature, jusqu'à ce que celle-ci puisse un jour quitter le berceau planétaire et partir visiter les étoiles.

 

Si l'aspect évolution n'est pas franchement le plus réussi, à regret, le côté spatial lui, vaut vraiment le détour pour qui aime l'astronomie ! Le jeu entretien en effet un lien étroit avec cette science, dans le traitement et la représentation accordés aux planètes, aux étoiles ou à la galaxie.

 

Et ce n'est pas un hasard puisque Will Wright déclarait peu avant la sortie du jeu, au site américain Venture Beat, que son équipe et lui-même avaient lu de nombreux livres pour trouver l'inspiration, dont des ouvrages sur l'astronomie...

 

C'est donc une occasion unique de parler de science avec le jeu vidéo, alors pourquoi se priver ?

 

La vie vient d'ailleurs...

 

Si le but du jeu est d'atteindre l'espace pour la phase finale, la partie commence également dans le cosmos ! À condition de démarrer à la phase cellule, le jeu s'ouvre sur une cinématique montrant un météore percuter la planète de votre choix. Des débris tombés à l'eau s'extrait alors un petit être vivant, microscopique, primitif, qui va devoir se faire une place au milieu des autres, se nourrir et tenter d'évoluer pour atteindre la surface.

 

Mais où est Bruce Willis ?!!

 

La vie qui débarque sur une planète à bord d'une météorite ? Vraiment ? Et oui, c'est une hypothèse probable ! Il ne s'agirait pas vraiment de la vie en elle-même, mais plutôt d'un apport cosmique des briques élémentaires nécessaires à son développement. C'est la théorie dite de la panspermie. Vous aurez sans doute reconnu la racine latine Sperma, commune au mot...

 

Spermaphyte, qui se dit des plantes qui produisent des graines, oui ! Bien joué !

 

Il y a maintenant de cela 3,9 à 4 milliards d'années, notre système Terre-Lune fut la cible hasardeuse du grand bombardement tardif, une pluie de météorites qui a frappé notre planète et son satellite naturel. Si les cicatrices se sont résorbées à la surface de la Terre à force d'érosion et d'activité géologique, elles sont en revanches bien visibles sur la Lune.

 

Il se trouve que cet éventement cosmique et l'apparition de la vie, qui daterait elle d'environ 3.5 milliards d'années, sont relativement proches et poussent les chercheurs à s'interroger sur un éventuel lien entre les deux.

 

« La Terre est âgée de 4,5 milliards d'années. L'époque où cette pluie de météorites s'est abattue sur elle coïncide étrangement avec l'apparition de la vie. Dès lors, plusieurs hypothèses s'affrontent, dont celles de « l'averse de météorites tueuses » et de « l'averse ayant apporté la vie » - ou panspermie. Si la vie était déjà présente sur Terre, son développement aurait pu être interrompu, voire annihilé, par les impacts à répétition. La vie n'aurait alors retrouvé sa place qu'à la fin de cette averse mortelle. Par contre, si la vie ne s'était pas encore fait une place sur Terre, les météorites auraient pu y apporter des briques élémentaires, des molécules essentielles à son apparition future. »

 

 

En 1999, d'autres chercheurs se demandaient si ce ne serait pas plutôt la force de l'impact de ces météores sur le sol terrestre qui aurait permis la fabrication des éléments chimiques nécessaires pour que la vie apparaisse.

 

Une chose est certaine, l'implication des météores dans l'apparition de la vie n'est pas à exclure, et Will Wright et ses équipes se sont inspirés de ces véritables théories scientifiques pour nourrir leur titre.

 

À l’échelle stellaire...

 

Il existe dans l'univers plusieurs sortes d'étoiles. Géante Rouge, Naine Blanche, tout cela vous dit peut-être quelque chose. On ne va pas se refaire ici le classement complet, citons simplement celles que compte le jeu. On distingue quatre sortes de petits points brillants très fréquents dans la galaxie de Spore.

 

 Vue de la galaxie de Spore, les différents types d'étoiles sont présents.

 

Comme le jeu ne donne pas la nature exacte de ces astres, je vais ici supposer qu'il s'agit bien de ce type d'étoile en me basant sur leur apparence et leur taille.

 

Rouge :

 

Naine rouge dans Spore.

 

Ces points s'apparentent aux naines rouges telle que Proxima du Centaure, notre plus proche voisine stellaire. 80% des étoiles de notre galaxie sont de ce type.

 

Pour ce qui est de Spore, difficile à évaluer évidemment, mais en regardant un peu, on se rend compte qu'il y a en effet, beaucoup de points rouges... Coïncidence ? Pourquoi pas...

 

Jaune orangé :

 

Étoile de type G2 dans Spore.

 

Probablement des étoiles de type G2 également appelées naines jaunes. Il s'agit d'astres proches de notre Soleil. C'est en tout cas sous l'aspect d'un petit point jaune orangé qu'il est représenté dans le jeu...

 

 

Blanche :

Étoile de type O dans Spore.

 

Là, c'est du lourd puisqu'il s'agit des étoiles les plus grosses du jeu, et aussi du monde réel. Du moins, certaines des plus imposantes ont ce teint apparent blanc/bleu. On peut donc s'imaginer que dans Spore, ces astres correspondent aux étoiles dites de type O, voir sont des supergéantes. Très brillantes, leur destin est parfois de finir en supernova ou en trou noir ce qui, évidemment, n'arrive jamais dans le jeu.

 

Noire :

 Un trou noir dans Spore.

 

Il nous reste un type d'objet galactique dans Spore, les trous noirs ! Dans le jeu, ceux-ci servent à voyager d'un bout de la galaxie à l'autre (on pourrait dire qu'il s'agit dès lors plus de trous de ver). Dans la vraie vie, il n'est pas vraiment conseillé d'aller s'aventurer au-delà de l'horizon des événements d'un trou noir sous peine de finir spaghettifié, écartelé, déchiqueté... autrement dit de mourir. Heureusement il y a peu de chance que vous croisiez un trou noir un jour. Cela vous évitera de faire quelque chose de stupide.

 

Une fois proche des trous noirs dans Spore, ceux-ci ont une apparence assez caricaturale, loin des représentations les plus scientifiquement plausibles. On comprend et l'on pardonne aisément cette représentation plus proche de l'image qu'on s'en fait dans la science-fiction. Maxis a néanmoins conservé une petite propriété amusante des trous noirs, ceux-ci dévient la lumière. C'est visible ici sur le faisceau indiquant au joueur vers quel système il souhaite aller.

 

 

À l'échelle planétaire...

Un autre aspect cosmique et intéressant de Spore, c'est la diversité des systèmes stellaires qui composent cette galaxie fictive. En voici un petit florilège...

 

Système double :

 

Système double dans Spore.

 

Toutes les étoiles citées plus haut peuvent, dans le jeu, être réunis et former un couple, les plus petites tournant autour des plus grosses. C'est ce qu'on appelle un système stellaire binaire ou plus simplement une étoile binaire. Au singulier oui, même s'il y en a deux. Plus de la moitié des étoiles de notre galaxie seraient en couple voir en trouple ! Les coquines...

 

C'est notamment le cas de Proxima du Centaure, que nous évoquions plus haut, notre plus proche voisine qui forme un système triple avec Rigil Kentarus A et Rigil Kentarus B.

 

Si les scientifiques ont longtemps douté que des planètes puissent se former autour de deux étoiles, comme on peut en trouver dans Spore, des observations récentes ont prouvé que la chose était possible. En 2011, Kepler-16 b est la première exoplanète confirmée en orbite autour de deux étoiles grâce aux observations du satellite de la NASA Kepler, lancé en 2009. Depuis, d'autres exoplanètes tournant autour d'étoile binaire ont été détectées. Dans notre Voie Lactée, on en compterait aujourd'hui, selon les estimations, des dizaines de millions.

 

Disque protoplanétaire :

 

Disque protplanétaire dans Spore.

 

Il peut arriver au joueur de tomber sur des systèmes en pleine formation et de faire face à un disque protoplanétaire. Mélange de gaz et de poussières, celui-ci tourne sur lui-même et, par accrétion, forme les différentes planètes. Ou plutôt les planétésimaux, des bébés planètes si vous préférez, pouvant aller d'une centaine de kilomètres à la taille de Mars.

Naturellement, dans Spore, cela n'arrivera jamais. Ce n'est pas un super calculateur non plus !

 

Ça par contre, c'est du vrai ! Il s'agit d'une image montrant le disque protoplanétaire en orbite autour de l'étoile HL Tauris, actuellement  à 450 années-lumière de nous !

 

Les ceintures d’astéroïdes :

 

Une ceinture d'astéroide dans Spore. En arrière plan, une géante gazeuse du même genre que notre bien-aimé Jupiter.

 

Dans le jeu, de nombreux systèmes comprennent, comme le nôtre, une ou plusieurs ceintures d’astéroïdes. Autour du Soleil, celle-ci se trouve entre Mars et Jupiter. Selon la théorie la plus admise, il s'agirait des restes du disques protoplanétaire. Sous l'effet de la gravité des géantes gazeuses, toute cette matière n'aurait pas réussi à se réunir pour former une planète, laissant ainsi cet ensemble de corps plus ou moins gros flotter dans le vide. Et pour la petite anecdote sympathique, saviez-vous que cette ceinture d’astéroïdes contient la seule planète naine non transneptunienne (au-delà de l'orbite de Neptune) ? Cérès, de son petit nom !

 

Une autre ceinture, baptisée ceinture de Kuiper, se trouve au-delà de Neptune. Pluton, Makémaké ou encore Ultima Thule, le petit astéroïde photographié récemment par la sonde américaine New Horizon, en font partie.

 

 Je ne sais pas ce que vous faisiez le 14 juillet 2015, mais moi j'attendais impatiemment que la Terre reçoive cette image de Pluton !

 

« Je dois bien m'arrêter quelque part, pour vous laisser quelque chose à imaginer... »

 

Notre petite balade conjointe dans notre galaxie et celle de Spore s'arrête ici. J’espère vous avoir fait découvrir quelques petites choses sur le cosmos et pourquoi pas aussi sur ce vieux jeu vidéo !

 

La phase spatiale de Spore a quelque chose de véritablement poétique. Face à l'ensemble des systèmes de cette galaxie miniature, le joueur se sent paradoxalement tout petit. Les différents éléments issus ou inspirés du réel ajoutent de la crédibilité au jeu et traduisent la fascination éternelle de l'humanité pour l'infiniment grand. Celles et ceux que l'astronomie passionnent, seront émerveillés de reconnaître ces différents types d'astres, tandis qu'ils ne seront plus totalement inconnus à ceux qui n'ont pas connaissance de la diversité et de la singularité de notre univers...

 

 

 

Merci à tous d'avoir lu ce long article, encore une fois !

 

Je vous ai laissé dans le texte une myriade de liens pour sourcer mon propos et vous permettre d'aller plus loin si tout cela vous intéresse.

 

Je vous recommande chaudement l'émission La Méthode scientifique sur France Culture tous les jours de la semaine à 16h et disponible en baladodiffusion. L'émission a notamment traité les sujets suivants : 

- Comment faire la lumière sur les trous noirs ?

- Origine du système solaire, une histoire nébuleuse

- Ultima Thulé, Farout : Kuiper gagne !

 

Ne vous arrêtez pas aux jeux de mots, c'est vraiment une super émission !

 

Pour les mordus d'astronomie, je vous conseille également ce petit logiciel gratuit et très sympathique, Celestia. Il s'agit d'un planétarium virtuel qui vous permet de vous balader à votre guise dans notre galaxie refaite tout en 3D ! Les mises à jour sont hélas trop rares, mais ça vaut vraiment le coup d’½il, d'autant qu'une multitude de mods est disponible pour l'enrichir.

 

C'était Obi-Doo. Bonsoir, et surtout continuez à observer le miel... euh, le ciel.

 

Voir aussi

Jeux : 
Spore
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