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Article initialement publié le 22/07/2010 sur Numericity.fr

Que Naruto soit adapté en jeu vidéo n'est guère une surprise. Les adaptations de mangas ou d'animes sont plus que nombreuses dans la sphère vidéoludique. Pour cause, nous pouvons supposer sans trop nous tromper que le jeu vidéo fait partie de tout un panel de médias permettant à un public plutôt jeune d'accéder à toute la production qui forme sa culture populaire. Qui plus est, il est courant que le jeu vidéo - attrayant pour ce public précis, soit un réceptacle privilégié de ce que l'on nomme communément le produit dérivé (de films, de bandes dessinées, de livres) dans le but de surfer sur la vague du succès du moment et de s'engouffrer dans un marché juteux. Il ne faut donc pas s'étonner de voir une publicité glissée dans le boîtier du jeu pour les mangas et les DVD de ce Naruto. Cette licence s'est ainsi déclinée en de nombreux jeux (jetez un coup d'½il à une base de données pour vous en rendre compte). Ce qui surprend un peu plus dans cette avalanche d'adaptations, c'est que la série initiée par Rise of a Ninja soit la seule a ne pas avoir été conçue au Japon. ¼uvre que l'on doit à Kishimoto Masashi, il est de coutume que pour un produit issu de la culture populaire japonaise, les studios en charge de son adaptation soient Japonais. Dans une certaine mesure, l'origine du jeu a son importance pour un certain public (qui pourrait revendiquer un certain « purisme »). Dans le cas présent, le jeu a été développé au Canada et édité par Ubisoft.

 


 

Nouvelle déclinaison non nécessaire de l'univers Naruto en jeu vidéo, la nouvelle supposition qui nous vient à l'esprit en jouant à Rise of a Ninja est que le projet, évidemment validé comme étant viable voire prometteur en terme de business, semble avoir été réalisé avec un soin particulier. On pourrait même y déceler un désir fort du studio de s'atteler à la licence, jusqu'à penser que les membres en charge de ce jeu soient des fans de la franchise. Développé par Ubisoft, le jeu bénéficie d'une belle qualité de production (généralement coutumière de l'éditeur). Les cinématiques sont composées de séquences tirées directement de l'anime. Les voix françaises sont identiques à celles du dessin animé et Ubisoft a même, quelques jours après la sortie du jeu, proposé le doublage en japonais de tout le jeu (question sensible chez les amateurs d'anime semble-t-il, a fortiori dans Naruto). Les musiques qui émaillent les différentes scènes, elles aussi, sont empruntées à l'anime. Et bien sûr, la qualité graphique est au rendez-vous, avec rendement graphique proche du trait de Kishimoto (même si l'on peut trouver mieux dans d'autres adaptations), à la technique très fine, avec quelques élans esthétisants des environnements naturels. Enfin, il est à se demander si l'animation hachée, au départ surprenante, n'a pas été réalisée à dessein pour imiter au plus près l'animation saccadée et désormais traditionnelle du dessin animé japonais.
Le prisme de cette réalisation de bonne facture se trouve sans hésiter dans la reproduction de Konoha, le village d'origine de Naruto. Nous sommes conviés à parcourir une ville en apparence chaotique, faite de larges avenues mais aussi de ruelles tortueuses, composée de terrasses à hauteurs différentes. Pareillement, les immeubles, s'ils se répètent fatalement dans des copiers-collers, montrent une diversité de formes et de hauteurs qui participent à ce schéma de ville japonaise féodale-contemporaine, réappropriation décomplexée d'éléments substantiels issus du Moyen-Âge mélangés avec ceux de l'époque contemporaine, exprimant une vision tout à fait séduisante et charmante de la japonité. Plus un hub à la Banjo Kazooie : Nuts & Bolts qu'une ville à part entière à la GTA, le joueur est néanmoins convié à l'explorer de fond en comble pour réaliser différentes quêtes secondaires. Et un peu comme la structure du jeu Crackdown (toutes proportions gardées !), les différentes techniques de ninja acquises au cours du jeu seront mises à contribution pour monter graduellement de plus en plus haut, du simple toit de l'habitation de plain-pied aux différentes tours sur lesquelles on pourra se percher.

 

Après une reproduction fidèle dont la ville est la plus significative des preuves, il faut bien avouer que l'essence de l'anime se retrouve également dans le gameplay à proprement parler. C'est sans doute la plus belle surprise que peut réserver une adaptation : celle de n'avoir pas seulement comme argument les simples apparats mais aussi d'extraire et de proposer en version jouable ce qui caractérise un univers prédéfini. Ainsi, le joueur n'a pas seulement l'impression de jouer à un jeu qui ressemble à ce qu'il lit ou regarde par ailleurs, mais peut également éprouver un plaisir à incarner le personnage et se prendre lui-même pour un ninja. L'exemple typique de cela se trouve dans l'intégration des séquences de déplacement dans les arbres, longues et fréquentes dans l'anime. Ces phases sont-elles amusantes ? Il faut bien avouer que non, si ce n'est un relatif intérêt aux premiers essais. Mais qu'importe, puisqu'elles permettent au joueur de se prendre pour Naruto l'espace d'un instant en pleine course vers sa cible, se déplaçant aussi rapidement et habilement qu'un ninja. D'autres capacités, comme la possibilité de marcher sur l'eau, de courir verticalement sur une paroi (un arbre, un bâtiment) sont sans doute plus intéressantes et permettent de créer une progression au fil de l'aventure. Le multi clonage, la technique phare du ninja blond se décompose en trois niveaux qui permettent d'enfoncer des portes de plus en plus solides (bois, roche, acier). C'est ce même souci de progression graduelle qui conditionne l'exploration par la verticale de la ville comme nous le mentionnons plus haut. Plus encore, le jeu se permet de pasticher l'humour du manga en proposant au joueur d'essayer de séduire certains personnages grâce au célèbre sexy jutsu.
Bien entendu, Naruto sera confronté à différents ennemis. A ce moment, le jeu bascule en mode combat qui est tout à fait satisfaisant et exigeant pour un jeu ne se situant pas dans la catégorie des jeux de combat (généralement un genre auquel Naruto est souvent adapté). Si les combos sont limitées, tout l'intérêt se trouve dans la précision du timing. Là encore, le jeu sait jouer sur la cordes des amoureux de l'½uvre originelle, avec l'apparition de kanji aux impacts ou la possibilité d'orienter le mode de combat de façon à correspondre au plus près du manga (dont la technique de substitution est ici transformée en technique d'esquive).

 

A la vue des différentes qualités mises en évidences, il semblerait que tout soit mis en ½uvre pour permettre à Naruto de s'attirer la sympathie des habitants de Konoha et avec, la joie du joueur derrière son écran (c'est ainsi que le jeu exprime le taux de progression du joueur, toujours en accord avec l'essence du manga : le parcours d'un garçon détesté qui souhaite devenir un adulte aimé, symbolisé dans le jeu par des émoticones situés aux dessus des habitants représentant initialement la haine qu'il faut transformer en visages joyeux). Malgré cela, si nous devions imaginer une expression à l'égard du jeu, il serait difficile de ne pas laisser transparaître sur nos visages ennui et lassitude, d'autant plus que la durée de vie est courte : une douzaine d'heures au grand maximum dans l'aventure solo. Après les bonnes surprises énoncées, le gameplay, c'est-à-dire la structure du jeu, ne parvient pas à dissimuler ses faiblesses derrière les jolis artifices. L'aventure s'apparentant à un A-RPG est une succession de quêtes aux prétextes stupides et redondants (chercher une pelle, chercher un sac à main, chercher des fleurs). Peut-être que le jeu, se basant trop sur le tout début du manga trahit l'incompétence notoire de Naruto à réaliser son idéal. Quoiqu'il en soit, ces quêtes manquent clairement d'enjeux. Qui plus est, les environnements extérieurs, assez restreints et dirigistes par ailleurs, sont « rentabilisés » à leur maximum, forçant le joueur à y revenir encore et encore. En effet, une fois une étape de la quête principale achevée, il faudra à Naruto revenir dans les différentes zones jusqu'à huit fois, repassant huit fois les mêmes difficultés (refaire encore et encore les mêmes combats contre les mêmes brigands à chaque fois), pour revenir au village huit fois encore, le tout pour un motif discutable. Le jeu tire sur la corde en n'autorisant pas l'accumulation de quêtes dans une zone donnée (qui viendrait à réduire considérablement la durée de vie déjà courte du jeu). Pour cette raison, c'est un jeu qui ne peut être dévoré comme on dévore un livre au risque de devenir indigeste ou abêtissant, mais doit être plus picoré de ci de là pour conserver encore un peu de son arôme.

 

 

Au final, Naruto : Rise of a Ninja rentre, malgré des efforts à saluer pour saisir cette essence de l'½uvre originale, dans le travers typique des adaptations. Pas foncièrement mauvaise, sa structure trop basique ne maintient pas l'illusion d'un jeu qui sait pourtant s'entourer d'un très bel atout : le respect de l'½uvre de la part des développeurs dont il est difficile d'imaginer qu'ils n'en sont pas eux-mêmes des fans. Néanmoins, le profane, s'il sera bien accueilli dans le jeu, risque bien de ne pas être touché ou concerné par les efforts consentis. Le jeu reste destiné avant tout au public des amateurs de Naruto, ceux pour qui la qualité du jeu a moins d'importance que l'idée de pouvoir se prendre pour un vrai ninja de Konoha. Malgré un potentiel certain, le jeu se contente de faire de l'honorable fanservice... c'est évidemment mieux que rien, mais rien de mieux qu'un jeu à licence. Dommage.

 

Numerimaniac (Alexis)

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Par Numerimaniac Blog créé le 29/12/09 Mis à jour le 11/02/12 à 21h04

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