Rêves électriques

Rêves électriques

Par Noiraude Blog créé le 17/09/10 Mis à jour le 13/02/18 à 11h31

30 ans de passion pour les jeux vidéo, le Japon et le cinéma, ça laisse forcément des traces. Vous voulez en savoir plus?

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Humeur
 
 
C'est un constat brut, râpeux, un peu douloureux. Il m'a percuté frontalement ce matin quand, en bon petit toxico des réseaux sociaux, je suis allé sniffer ma dose d'amour et de complicité quotidienne sur Facebook, Twitter et autres distributeurs de poudre à bonheur. Il était là, au milieu des like, des gif amusés, des clins d'oeil appuyés, des commentaires qui me faisaient me sentir bien, dans ma zone de confort où rien, désormais, ne m'atteint.
 
"Sans vouloir manquer de respect..."
 
La formule est connue, elle t'annonce que, justement, on va t'en manquer, de respect. Elle a surgi sur un petit état d'humeur souriant, qui ne faisait de mal à personne, de ces instants instantanément partagés parce qu'on est seul chez soi et qu'on n'a personne sous la main pour les dire à haute voix. Elle a rompu la litanie des amis qui pensaient bien, qui pensaient droit, qui pensaient comme moi. Elle n'allait pas bien loin, non plus, elle était juste là pour faire un peu mal, plus ou moins consciemment, sans doute parce que son auteur avait mal démarré la journée, ou mal bouclé celle qui venait de se terminer. Mouvement d'humeur, besoin de se lâcher. Ca aussi, tout le monde connaît.
 
Mais elle était là, quoi qu'il en soit. A me défier, à me peiner, à me frustrer de ne savoir comment m'en accommoder. C'est tout le problème, avec ces mots désincarnés. Tu les écris, tu oublies qu'ils s'adressent à une personne qui est là, à l'autre bout de ta connexion, pour les lire et les soupeser, sans autre moyen de les juger que leur couleur, leur tonalité. Il n'y a rien, un sourire, un regard contrit, qui puisse venir les atténuer. Moi aussi, j'avais passé une mauvaise nuit. Alors je me suis fâché. J'ai rageusement enfoncé les touches de mon clavier pour préparer une réponse bien sentie. Une réponse qui sonnait juste, parce que, quand même, il ne faudrait pas donner une mauvaise image de moi à ma communauté. Avec un zeste de perfidie, aussi, parce que, derrière mon ordinateur, j'incline à la mesquinerie.
 
Les mots s'enchaînent, et bientôt la réponse est là, cinglante, qui n'attend qu'à être validée et, à son tour, vexer, heurter, blesser l'avatar de celui avec qui, dans deux heures, je pourrais bien aller boire un café. Je me demande si je dois la publier. Enfin, la vérité, c'est que je ne me pose pas tout de suite la question, je publie et j'attends les réactions. Peut-être qu'un tiers va passer par là, prendre le temps de lire et écrire bien, écrire droit, écrire un petit mot qui me soutiendra, moi. Sur cette communauté que je me forge à ma mesure à longueur d'année, c'est facile, c'est probable, il n'y a guère de place pour l'altérité.
 
Et puis je me relis, et je me rends compte que ces mots, mes mots, vont bien au-delà du message que je veux faire passer. Ils font mal, ils sont durs, ils ne me ressemblent pas. Je les efface précipitamment, un peu honteux, soulagé aussi qu'ils n'aient pas eu le temps d'être lus, commentés, jugés. Je reste perplexe, aussi, devant la facilité avec lesquels je les ai rédigés, devant l'aisance avec laquelle je me suis laissé emporter par des propos anodins, que j'aurais pourtant pu laisser là, seuls, où ils étaient. Devant l'absence de garde-fous qui me les a faits publier, comme si mon interlocuteur n'était rien de plus qu'un anonyme à l'autre bout de la chaîne, un lambda désincarné. Alors je décide de faire silence. Et de retenir ma leçon de la journée: ces mots que j'ai à dire, parce qu'ils doivent sortir, je les dirai les yeux dans les yeux, autour d'un café. A l'abri de ces "murs" qui, à vouloir nous rapprocher, n'ont jamais été aussi près de nous éloigner...
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Commentaires

Noiraude
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Noiraude
En fait, aujourd'hui, en faisant silence, j'ai fait causer, et c'était le but recherché. Si j'ai partagé cette petite anecdote, c'est avant tout pour attirer sur cette violence larvée dans nos rapports humains et qui se laisse aller dès que nous entrons dans l'espace de la virtualité. Je crois qu'on a tous un rôle à jouer là-dedans pour la juguler. Par la prise de conscience et par le refus de ce que peut nous offrir d'illusion de confort et d'impunité une relation désincarnée.
Pour le reste, je n'ai pas pu croiser le chemin de la personne en question aujourd'hui, mais j'espère bien pouvoir régler cette histoire aussi vite que possible.
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees
@Fache :

Mes parents m'ont enseigné, jadis, une maxime toute simple que les nouvelles générations jugeront sans doute vintage, et qui tenait en ces mots : "traite autrui comme tu voudrais qu'il te traite".

Or aussi vintage que soit ce principe, si tout le monde avait l'intelligence de s'y conformer, le monde serait a better place, comme on dit.

Son corollaire, c'est que "autrui te traite comme il voudrait que toi, tu le traites". Bien sûr, ce n'est pas le cas, autrui ayant une fâcheuse tendance à se permettre ce qu'il refuse au reste de ses semblables, au prétexte qu'il vaut soi-disant mieux qu'eux.

Celui qui écrit "sans vouloir manquer de respect..." accepte pourtant symboliquement, par ce simple fait, la réciproque (qu'il le veuille ou non - et le plus souvent, il ne le veut pas).

Par conséquent, "laisser couler", c'est entretenir en lui cette illusion de supériorité, de bon droit, d'immunité "parce que c'est moi". C'est sage, mais pas sain.

Bien sûr qu'il ne comprendra pas un retour dans des termes similaires, je ne me leurre pas. Il se posera en victime, il répondra avec plus d'agressivité encore, il ne se remettra pas en question.

Mais il saura qu'il ne jouit d'aucune immunité, qu'il peut être traité comme lui-même traite les gens. Et ça, traite-moi de naïf si tu veux - j''assume, encore et toujours - mais ça fait son bonhomme de chemin, dans l'inconscient.


@Noiraude :

Comme je le disais, j'espère avoir ta sagesse un jour (encore que... serais-je vraiment encore "moi", dès lors ? :lol: ), mais j'en suis encore loin.

Mon passage sur Gameblog m'a plutôt enseigné l'inverse : fut un temps où je m'efforçais d'y être patient, didactique, compréhensif, et de ne pas partir en guerre avant le troisième post problématique. Et puis est arrivé une tragédie qui m'a amené à me dire "mais au fait, pourquoi je m'emm*rde avec ces gens ? Pourquoi je m'efforce encore de les préserver, ou bien de dialoguer avec eux, alors que de leur côté, ils ne font pas le moindre effort ?". Et c'est toujours dans cet état d'esprit que je suis aujourd'hui. La bêtise, je l'accepte, je suis idiot moi-même, et sans doute qu'on l'est tous chacun à notre manière. Mais l'arrogance, la malveillance, la prétention mal placée ? Je ne vois rien qui justifie ici que je "tende la joue gauche".

Quoi qu'il en soit, tu as eu la chance de pouvoir dialoguer "en vrai" avec ton "contradicteur". C'est un luxe qu'on a peu sur les réseaux sociaux et qui, en effet, change la donne. J'espère qu'il n'en aura ressorti que du positif.
Atred
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Atred
Démarche admirable s'il en est. Répondre à chaud est rarement une bonne chose quand on est humain et qu'on sait que nos mots peuvent faire mal. L'empathie, ça devient tellement rare.
Le gros problème des réseaux sociaux et c'est pourquoi je n'en suis plus petit à petit, c'est que ce ne sont pas des espaces de discussion, de débat ou d'argumentation. Ils font semblant de l'être mais ça ne l'est tout simplement pas.
Discuter et s'expliquer en face à face est toujours la meilleur option quand c'est possible sauf si les accrochages tienne du média où ils sont nés. Bref, sortir la personne de sa bulle pour traiter sa réponse dans le monde réel est une bonne manière de mettre une gifle et de lui faire se rentre compte de ce qu'elle dit ou fait.
Fachewachewa
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Fachewachewa
"Même si ça n'a rien de glorieux, ni de productif, par principe, il faut répondre. Pour passer un message. Pour dire "oui, tu as la possibilité de, oui, tu en as le droit, mais ce n'est pas pour autant que tu dois le faire, ou que l'acte n'est pas condamnable"."

Oui mais alors heu, je sais pas ce qu'il s'est passé là, mais en général c'est pas du tout comme ça que ça fonctionne.
Noiraude
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Noiraude
On fait le même constat, notre réponse diverge. J’ai beaucoup été de ceux qui réagissent, qui se fâchent, qui s’énervent, mais je crois que je n’en suis plus là et que, surtout, je ne veux plus être à l’image de ceux qui sont ici pointés du doigt. Et je crois que parler, de vive voix, est dans cette approche un premier pas.
Joniwan
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Joniwan
Dommage, j'aurais bien voulu un peu plus de croustillant :genre:
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees

J'entends cela également. J'aimerais avoir la même sagesse que toi, et j'essaie, vraiment, je bloque des sites, je bloque des gens, je commence à taper des trucs mais je ne vais pas jusqu'au bout, parce que je suis fatigué de tout ça, parce que je sais que ça ne servira à rien, parce que je ne veux pas être "comme ces gens".

Sauf que voilà, malgré toutes ces barrières que je dresse autour de moi, il y a encore de la bêtise, et de la méchanceté, et de la prétention qui filtrent et à mon sens, c'est le combat que la raison est en train de perdre petit à petit parce que nous nous taisons.

Je ne voulais pas écrire mon dernier post, par exemple. Je l'ai fini dans la douleur. Certains passages ont été une souffrance à rédiger. Je l'ai posté dans la crainte, prêt à le supprimer au premier commentaire. Mais tu vois, finalement, il y en a qui le lisent et qui s'y retrouvent. Ici, un peu. Ailleurs, beaucoup plus. Des gens qui ne s'expriment pas forcément sur ces questions parce qu'ils ne veulent pas être catalogués, parce qu'ils ne veulent pas d'ennuis, parce qu'ils craignent le conflit (autant que moi, du reste). Mais parce que nous nous taisons, tous, nous entretenons le cercle vicieux dont nous souffrons. Nous, qui pouvons opposer une contradiction construite, argumentée, raisonnée, respectueuse, ne serait-ce que rédigée, déjà, disparaissons du paysage, des échanges, des débats, ne laissant que les extrêmes, les fous, les haineux, les idiots, les conditionnés pour faire entendre leurs voix discordantes et pleine de colère. Ainsi, nous confortons les deux camps qu'ils détiennent une vérité absolue qu'ils sont en droit d'imposer à tout le monde "for the greater good". Nous entretenons l'illusion d'un monde en noir et blanc, où les gens se divisent entre bons (nous) et mauvais (eux). Qu'on le veuille ou non, ça aussi, c'est "nourrir la bête".

Où se situer, dès lors ? Je n'en sais rien. Je cherche, je tâtonne. Je fuis. Je terrasse des colosses sur PS4. La réponse que je serais tenté de te donner dépendra des jours, des humeurs, des news à la télé. Mon post faisait suite à celui de l'Odieux Connard et aux réactions qu'il a suscité. Sans ça, j'aurais sans doute gardé ces choses pour moi, encore. Et c'est peut-être ça, le secret : s'adapter en fonction des circonstances et faire le tri entre "ce qui en vaut symboliquement la peine" et ce qui ne le vaut pas.

Rien n'empêche également de laisser passer 24 heures et de ne répondre qu'avec recul, mesure et intelligence, en expurgeant la prose de toute attaque, toute insinuation. C'est le propos de ce commentaire (et toutes mes excuses s'il donne l'impression de vouloir "t'apprendre la vie", tu sais bien que je ne me permettrai pas) : nous ne vivons pas dans un monde de "tout ou rien", de "blanc ou de noir". Nous vivons dans un monde d'infinies nuances et c'est notre beauté que de pouvoir jouer de ces nuances comme d'un instrument de musique en fonction de la partition de nos semblables.

Noiraude
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Noiraude
J'entends tout ça, évidemment. Mais j'ai pris conscience d'un truc, ce matin, c'est que je n'avais plus envie de nourrir la "bête". Je crois que les choses dites de vive voix portent mieux. J'ai supprimé son message, et je lui en parlerai pour en expliquer les raisons. Je crois que le service est là, aussi ;o)
Le Gamer aux Mains Carrees
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Le Gamer aux Mains Carrees

Un bien joli texte, que tu devrais oublier "dans ta communauté", en guise de réponse. Parce qu'autant, je comprends que tu sois revenu en arrière (et c'est tout à ton honneur), autant tu me connais, je pense que ne pas répondre, c'est passer le mauvais message, c'est de la mauvaise pédagogie.

Aujourd'hui, le net détache l'usager des conséquences de son comportement, il lui enseigne le narcissisme et l'impunité. Ainsi, il étouffe toute velléité à l'empathie, il déshumanise l'être humain, qui ne considère plus autrui comme son semblable - hors son cercle familial.

Même si ça n'a rien de glorieux, ni de productif, par principe, il faut répondre. Pour passer un message. Pour dire "oui, tu as la possibilité de, oui, tu en as le droit, mais ce n'est pas pour autant que tu dois le faire, ou que l'acte n'est pas condamnable".

Il faut répondre avec classe, ou avec rage, ou avec un mélange des deux, ou avec humour, ou en pastichant. Il faut que les gens comprennent que leurs actes ont des conséquences. Il faut qu'ils le réapprennent. C'est un service à rendre à tous.

Que ce soit comme le Raphael Trailer de Stanley Parable, ou comme Alexandre Astier sur Twitter.

Mais il faut répondre dans l'espace choisi initialement par l'interlocuteur.

Tu me connais, je ne suis pas le dernier à monter au créneau et on pourrait croire que j'aime ça. Or je n'y prends aucun plaisir, mais ça ne me dérange effectivement pas de me salir les doigts ou de taper fort (encore que sur Gameblog, je n'ai jamais tapé autant que je l'aurais pu, loin s'en faut - je garde ça pour les cas extrêmes, comme cette histoire de harcèlement quand j'étais modérateur ailleurs). Parce que ce n'est pas moi, qui répond. C'est une extrapolation de ma personne fondée sur les règles morales et stylistiques choisies par la personne en face. Je ne suis plus moi. Je ne suis que son reflet à elle. Et je m'applique à en être le reflet le plus fidèle possible.

Tout ça pour dire : publie ça où ça doit être publié. Vraiment. ça n'empêchera pas le café, au contraire. Si la personne en face à ne serait-ce qu'un peu d'intelligence, elle te l'offrira avec ses excuses.

Après, une dernière chose : tu es humain. Tu ne peux donc pas t'en vouloir d'avoir réagi comme tel. Il faut en prendre son parti et se faire une raison. La culpabilité que tu as ressenti ensuite, elle, nous dit quel genre d'être humain tu es. Pas le genre dont on pourrait rougir, de toute évidence.

Édito

Ceci n'est pas un blog.

Ceci n'est pas une pipe.

Ceci est une fenêtre sur un pré où je pais en paix.

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