Contr'Addiction

Par Contra Blog créé le 12/06/13 Mis à jour le 21/07/15 à 19h49

Joueur devant l'éternel, on me résume souvent à une poussière d'espace en quête d'une place. J'ai traîné mes baskets sur plusieurs sites spécialisés, armé de ma plume, parfois même hors de nos frontières.

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Le Jeu Arcade est-il mort ?

 

Naissance.

Pour attaquer ces quelques lignes, il est essentiel de comprendre la définition même du "jeu arcade", une notion qui a clairement évolué au fil des ans avec la mutation du secteur. Pour comprendre ce processus, il faut tout d'abord rappeler que dans les années 70 sont apparus de drôles d'objets en forme de meubles souvent échoués dans les bars ou magasins spécialisés : les bornes d'arcades.

Ces lieux faisant, les jeux se devaient d'être adaptés aux conditions, aux joueurs ne cherchant généralement qu'un plaisir court mais intense. Les jeux arcades sont donc par essence directs, amusants et souvent exigeants. Exigeants car il ne faut évidemment pas oublier l'aspect économique qui en découle. Ces titres proposaient donc un savant mélange d'addiction et de challenge, poussant le joueur à dépenser toujours plus de "crédits" pour se surpasse, allant parfois jusqu'à consommer son dernier pécule. Avec le succès fulgurant d'un certain Space Invaders (1978), qui propulse le jeu vidéo dans son premier "âge d'or", les développeurs reniflent très vite le filon et s’attellent à transposer cette occupation vidéoludique dans tous les salons du monde. Les consoles font leur apparition.

Avec l'arrivée des ces machines plus personnelles, les éditeurs et créateurs se mettent à rêver à des œuvres plus conséquentes, plus réfléchies. Après des années de résistance, soutenue par des titres comme Street Fighter, Space Harrier ou Pac-Man, c'est peu à peu la marginalisation du jeu dit "arcade" qui se profile. Les consoles de salons connaissent un succès dévorant au fil des années et bien que certains titres directement hérités de ce courant parviennent à s'adapter sur ces nouveaux support (à l'instar de Time Crisis qui utilise un pistolet branché à la console à la manière d'un Duck Hunt), les bornes arcade et leur héritage semblent finalement promises aux coins de salles lugubres et aux éphémères fêtes foraines.

Néanmoins, il faut tout de même souligner que le Japon a longtemps fait figure d'exception, en chérissant sans retenue ces plateformes à travers tout le pays, dans des lieux entièrement dédiés au plaisir de l'arcade. Au pays du soleil levant, c'est une véritable tradition et bien souvent les japonais se retrouvent après les cours ou le travail pour se défouler sur des bornes arcades.

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Influence ...

Si le destin des bornes d'arcade en tant qu'objet parait cruel, la philosophie - plus spirituelle - de l'arcade semble avoir quant à elle semé ses graines dans les mécaniques des jeux modernes. Comment ne pas penser aux incontournables QTE (Quick Time Events), popularisées par la série Shenmue, qui s'inspirent sans détour des attraits de l'arcade. Ludiques et imprégnée d'un timing précis, souvent frénétiques, elles sont finalement le reflet même de ce qu'on peut appeler aujourd'hui "l'héritage arcade". La majorité des titres aujourd'hui proposent des QTE, qu'elles soient évidentes (Call of Duty) ou plus subtiles (le système de combat dans Assassin's Creed ou Ryse : Son of Rome). Une manière astucieuse d'introduire un jeu dans le jeu.

Les développeurs peuvent également parfois s'amuser à introduire des bornes d'arcade, directement dans le jeu. On pense ici à Final Fantasy VII, au cours duquel votre aventure croise une salle d'arcade proposant quelques mini-jeux comme le Surf des neiges ou le Sous-Marin, qui proposent alors des gameplay annexes, plus minimalistes, renvoyant directement à notre nostalgie. Des jeux arcades virtuellement inclus dans les jeux modernes, il fallait y penser. On peut d'ailleurs re-citer Shenmue, puisque ce dernier proposait également des bornes d'arcade mythiques, à l'image de Space Harrier ou OutRun, qu'il est possible de pratiquer à travers Ryo Hazuki (ce qui pourrait presque être considéré comme de l'auto-promotion par SEGA au passage).

Au delà même du software, SEGA n'a pas hésité à concilier les philosophies souvent opposées de l'arcade et des consoles de salon, notamment grâce à la regrettée Dreamcast. On pense alors à ChuChu Rocket etREZ. Tout les deux représentatifs de l'idée qu'on peut se faire du jeu arcade. Le constructeur a également profité de l'occasion pour adapter certains succès tirés des bornes arcades sur sa console, que ce soit Crazy Taxi, Power Stone ou SEGA Rally. Notons d'ailleurs que la Dreamcast était justement équipée du système Naomi, similaire à celui utilisé pour les bornes SEGA. Ainsi, à l'instar de ce qu'avait fait SNK avec la classieuse Neo Geo, la machine de SEGA cherchait donc à brouiller les frontières du salon et de l'arcade.

Plus amusant, et avec du recul, on peut se dire que la Dreamcast représentait à posteriori une sorte de pont en ouvrant la brèche toute fraîche du Online..

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.. et renaissance.

Il faudra finalement attendre l'avènement du réseau internet haut débit avec l'arrivée des consoles hautes définitions pour assister à une véritable renaissance du jeu arcade en tant que tel. À travers le Xbox Live, le PlayStation Network ou encore la plateforme Steam, les développeurs indépendants peuvent désormais créer et proposer des créations plus sobres, minimalistes, et pourtant addictives voire inventives, au plus grand nombre mais surtout à petit prixen se débarrassant notamment de certaines contraintes économiques induites par la distribution physique ou les coûts de développement croissants. Avec de telles dispositions, on a assisté au retour en force des anciens codes qui définissaient le jeu vidéo jadis, à la portée économique, physique et idéologique de tous. En résulte alors un scénario servant souvent de prétexte au gameplay, lui même reposant sur une idée souvent simple mais efficace. Mais ça n'empêche pas ces nouveaux créateurs, qui nous renvoient parfois directement à l'époque où les bidouilleurs concoctaient des jeux dans leur garage, de proposer souvent des concepts originaux, grâce à des prises de risque que ne peuvent plus se permettre les grosses entreprises désormais enchaînées par l'obligation du chiffre. C'est donc l'apparition des BraidCastle CrashersSuper Meat BoyJourneyFEZ ou encore la série des Bit Trip. PresentDes titres divers et variés au milieu desquels fleurissent même des élans de poésies. 

Très vite, le secteur de l'arcade gagne en popularité et rallie d'anciens adeptes tout en dénichant de nouveaux supporters. Appuyés par l'ascension du Crowdfunding (financement par tiers avec des plateformes comme KickStarter ou encore Ulule) il y a quelques années ces jeux ont su trouver leur public et s'imposent désormais comme une alternative crédible aux titres estampillés AAA. Ce n'est donc pas très surprenant de voir aujourd'hui les constructeurs intégrer sans détours ces jeux indépendants inspirés de l'arcade, en multipliant les services (comme [email protected]) et les campagnes marketing ou autres exclusivités afin de séduire le plus de joueurs possible.

A n'en pas douter, l'esprit du jeu arcade n'est pas mort et s'est même offert un redoutable come-back, en épousant merveilleusement bien à l'ère du Online.

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Édito

Les raisonnables ont duré, les excessifs ont vécu.

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