Contr'Addiction

Par Contra Blog créé le 12/06/13 Mis à jour le 18/05/17 à 15h25

Joueur devant l'éternel, on me résume souvent à une poussière d'espace en quête d'une place. J'ai traîné mes baskets sur plusieurs sites spécialisés ces dernières années, armé de ma plume, parfois même hors de nos frontières. Je pense, donc j'écris. @ContraOff

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Humeur (Jeu vidéo)

Que ce soit dans la cour de récré, les magasins, sur les forums, les réseaux sociaux ou au sein même des rédactions, l'éternel débat de la notation dans le jeu vidéo fait rage, et ce n'est pas le récent cas de The Legend of Zelda : Breath of the Wild qui va changer la donne. Parce qu'au delà des news, des dossiers, des interviews et des vidéos, l'art du test (ou de la critique) et par extension de la notation, s'impose comme la pierre angulaire de la presse spécialisée. Comme une étape incontournable au cours de laquelle les différents journalistes et rédacteurs du monde entier enfilent leur casquette de juge, et selon le résultat, de bourreau.

L'ART (ANCESTRAL) DU TEST ET DE LA NOTATION

 Précisons tout d'abord que la note en elle même, n'est qu'une infime partie du test, ou presque, puisqu'elle agit comme la conséquence voire même la ponctuation d'un exercice d'argumentation, et à fortiori le prolongement de la conclusion. Elle synthétise de la manière la plus brute l'avis du journaliste/rédacteur, qui évalue sur une échelle prédéfinie la qualité du jeu, le jetant irrémédiablement dans l'arène de la comparaison.

Avant l'émergence des sites internet, qui constituent aujourd'hui le noyau dur de la presse spécialisée, on pouvait déjà se tourner vers le média papier pour lire les critiques et retrouver ces notes, dès le début des années 80 sur le territoire américain, mais aussi chez Tilt puis Gen4 (qui popularisera la notation sur 100) dans nos contrées.

Dès lors, l'exercice de la notation s'est confrontée à différentes philosophies, différentes visions. Parfois froides et analytiques, les notes se veulent ailleurs plus folles et passionnées, quitte à se réveler hasardeuses avec le temps. Puisque à y regarder de plus près, on peut se dire que la notation est également un exercice d'anticipation/prémonition, dans lequel on se demande si le jeu survivra à son temps, ou tombera très vite dans l'oublie voire la complaisance. A ce titre, quel jeu mérite les plus belles notes ? Celui qui procure les plus grosses sensations au Jour-J, ou celui qui se révelera quelques années plus tard comme un "classique" de l'industrie ? De la même manière, certaines rédactions se refusent à attribuer "la note parfaite", celle qui voudrait que le titre soit exempt de défauts, alors que d'autres journaliste/rédacteurs (à l'image de Rivaol, rédacteur en chef chez Jeuxvideo.com) estiment que l'échelle de la notation doit être utilisée dans sa totalité, mais surtout que la note maximale souligne avant-tout l'impact indélibilite du jeu sur son environnement, plus que sa soit disant perfection.

C'est donc à chacune des rédactions d'être claires transparentes sur sa notation, quitte à établir une grille des notes accompagnées de leur signification, qui font qu'on estime qu'un Gamekult est naturellement plus "sévère" que leurs confrères de JeuxVideo.com.

 

 

Mais c'est aussi aux joueurs de s'éduquer, et comprendre que l'art du test est surtout un travail intrinsèquement subjectif. Si certains marqueurs peuvent être considérés comme objectifs (la technique, l'accessibilité, la durée de vie...) il est en revanche plus difficile pour un testeur de se passer de son expérience personnelle, de sa culture ou encore de ses affinités. Un amateur de jeux de stratégie en temps réel sera-t-il plus objectif qu'un joueur peu habitué au genre ? Ou à l'inverse, le premier peut-il apporter un avis plus précis et tranché que le second ? Il est donc essentiel de bien connaitre le testeur derrière la note pour en apprécier toute la portée, tout comme la rédaction dans laquelle il évolue, puisque certaines structures tentent tant bien que mal de pondérer les avis de tous les testeurs, afin de délivrer - selon eux - la note la plus "juste".  Il s'agit donc se laisser les journalistes/rédacteurs s'exprimer librement sans pour autant trahir la ligne éditoriale.

Une équilibre délicat qui doit aussi faire avec une industrie qui évolue en permanence. Contrairement aux années "magazines", les testeurs doivent aujourd'hui faire avec des jeux AAA qui cotoient quotidennement des productions indépendantes, généralement plus humbles, alors que certains titres ne proposent même plus d'expérience solo. Ainsi, comment noter avec la même justesse, et le même a priori, des jeux aussi hétéroclites ?

LA COMMUNAUTE FACE AUX NOTES

Si la note d'un jeu n'est pas l'unique facteur de vente, elle peut jouer un rôle essentiel dans la machine marketing qui propulse la dynamique du titre, à l'image de ces traditionnels trailers qui vantent les bonnes notes obtenus par le soft, généralement accompagnées de quelques citations qui font bel effet et atterissent sur la jaquette. A l'inverse, une vague de mauvaises notes peut enrailler la stratégie de l'éditeur, qui se chargera alors de créer une diversion ailleurs, en axant par exemple sa communication sur le suivi du titre. Mais quand on regarde plus loin, la note sert également de carburant dans la sempiternelle "guerre des consoles" qui alimente les échanges entre joueurs.

Sur ce dernier point justement, il est nécessaire de noter qu'au fil des ans, les différents clans qui vouent un culte à un constructeur spécifique (ceux qu'on aiment désigner comme des "Pro-S / Pro-M / Pro-N / PCistes ou encore plus simplement des "fanboys") ont doucement quitté les cours de récré, pour investir les forums du web afin de se mobiliser et prêcher leur paroisse avec une influence non négligeable, qui tire avant tout sa force de la masse visible. L'idée étant de prouver par tous les moyens, que sa marque (ou son éditeur) est la/le meilleur(e). Dans cet exercice, la note d'un jeu tient une place prépondérante, et le sacro-saint jour où tombe l'embargo (et donc l'instant exact où la presse peut dévoiler son test et sa note) agite inévitablement le web et certains forums se muent en une guerre de tranchées parsemée de soldats qui n'ont même pas pris la peine de lire l'argumentation (et donc les nuances) qui précède la note brandie.

Par la force des choses, une partie des joueurs se targuera des belles notes obtenues par son champion, tandis que les autres s'empresseront de relever les moins bonnes notes ou les points qui fâchent pour minimiser le succès du titre, le tout dans un exercice de mauvaise foi à faire pâlir les politiciens. Plus incisif, si le jeu n'a pas récolté les notes espérées, la majorité de la presse et des journalistes/rédacteurs deviennent instantanément des pestiférés qui n'ont "pas reçu leur chèque de l'éditeur" ou qui perdent toute crédibilité. Un ressentiment qui peut être exprimé avec une violence rare, ponctuée d'insultes et de menaces surréalistes. A titre d'exemple, le site du testeur Jim Sterling a été victime d'une attaque DDOS pour avoir chatouillé les fans en collant un timide 7//10 à The Legend of Zelda : Breath of the Wild, faisant inexorablement chuter sa note Metacritic de 98 à 97.

 

 

Evidemment, il faut rationaliser ce phénomène. Déjà parce qu'il n'est pas nouveau, et que les notes font débat depuis des décennies, mais aussi parce beaucoup de joueurs - pas forcément actifs sur les réseaux - ne sont pas acteurs de ce spectacle. Les plus extrêmes font simplement plus de bruit, et se servent aujourd'hui des différents canaux de diffusions pour faire retentir leur opinion, leur conférant une aura particulière. La plupart des sites spécialisés proposent aujourd'hui aux lecteurs de donner leur propre avis, afin d'offrir aux autres consommateurs deux axes critiques, qu'ils convergent ou non vers une même note.

VERS UNE SUPPRESSION PURE ET SIMPLE DE LA NOTE ?

Alors forcément, dans tout ce brouhaha, certains ont légitimement émis l'hypothèse de supprimer tout simplement la note pour enrayer toute forme de polémique, espérant ainsi pousser les joueurs à lire le test plutôt qu'à scroller tout en bas. Le problème, c'est que dans les faits, rien ne dit que le lecteur - une fois sevré de la note - se (re)mettra soudainement à lire l'argumentation. Déjà parce que ça fait des années qu'il est éduqué à une culture de la note, que ce soit ici dans le jeu vidéo ou plus généralement dans notre société et son système scolaire, mais aussi parce qu'avec l'émergence d'internet, les joueurs ont accès à une multitude de critiques. Des avis qu'ils peuvent plus facilement compiler (certains sites s'en chargent eux mêmes, à l'image de Metacritic ou Opencritic) en ne retenant que les notes, là où son abonnement à Tilt/PlayerOne/Joypad/Console+ le poussait à consommer la moindre ligne, tests compris.

Supprimer la note n'est donc pas forcément la solution miracle. Notons d'ailleurs, qu'à l'image du grand public, la note constitue un bon indicateur pour le développeur, qui peut de cette manière rapidement synthétiser les retours sur son oeuvre et se lancer dans l'incontournable jeu de la comparaison. C'est aussi une donnée essentielle pour l'éditeur, qui n'hésite visiblement pas à inclure des clauses spécifiques au résultat Metacritic agrémenté de quelques primes afin de booster ses équipes. A ce petit jeu, Bungie aurait par exemple perdu 2.5 millions de dollars pour ne pas avoir décoché - au minimum - un 90/100. 

Parmi les modèles alternatifs, on peut évoquer la chaîne youtube UnDropDansLaMare qui propose dans une vidéo dédiée au sujet de baser sa notation sur plusieurs échelles de valeurs qui prennent consciemment compte de la concurrence et du contexte dans lequel le jeu sort. Pour résumer, il s'agit de savoir si le titre en question est "plus joli" ou "moins joli" que les standards actuels, ou s'il est "mieux écrit" ou "moins bien écrit" que ce qui se fait ailleurs, en nuançant le résultat sur un curseur ou une note. Une nuance qui a du sens, sans la mesure où on se demande si le testeur doit davantage noter le jeu pour ce qu'il est, ou pour ce qu'il représente. On peut également conserver le concept même de la note, tout en proposant plus de diversité. A cette image, ne serait-il pas plus pertinent de proposer deux notes; l'une par un testeur à l'aise avec le genre ou la franchise, et l'autre attribuée par un testeur qui ne rentre pas dans ces cas de figure, permettant alors aux joueurs s'y retrouver plus facilement selon leur profil.

Quoi qu'il en soit, le débat sur la notation a encore de beaux jours devant lui, et si vous êtes d'humeur taquine, vous pouvez toujours donner une note à cet article. C'est de bonne guerre.

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Commentaires

Neves
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Neves
Ah, je savais pas, j'y traine plus trop depuis un bon moment maintenant sur JVC.

Une bonne chose donc.

:)
Contra
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Contra
Effectivement. Jeuxvideo.com a aussi adapté ce format (avec la note directement visible en haut) depuis quelques temps. Ça répond à une demande des lecteurs.
Neves
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Neves
Billet très intéressant.

L'une des solutions que je trouve bien trouvée est d'afficher la note d'entrée comme le fait le site Gamekyo.

On crève l'abcès directement et on évite ce suspense de la lecture du test et de la découverte de la note qu'on juge en adéquation ou non avec le propos du testeur.

C'est libérateur je trouve ;)

La proposition finale du test par un éprouvé du genre et un newbie est pas déconnante :huh:

13/10

Édito

Les raisonnables ont duré, les excessifs ont vécu.

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