The Dark Knight

La mort d'un symbole

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SocioPads13h37 | 30 Avril 2010 | 16
Divers
par SocioPads
The Dark Knight est un film qui peut être interprété sous différents angles. Pour cet article, je vais m'attarder sur Batman non pas en tant qu'homme mais en tant que symbole vivant. Vite Robin, passe moi mon Bat-Stylo pour que j'écrive une Bat-Missive !

de Bokurano

Depuis que Batman a été porté à l'écran, ses apparitions m'ont inspiré tantôt rires tantôt fascination. Véritable personnage de contes de fée modernes dans Batman Return de Tim Burton ou encore super héros kitch aux tendances indéfinies dans Batman et Robin.
The Dark Knight est celui qui, pour moi, véhicule les thématiques propres à l'homme chauve-souris en lui rendant hommage tout en le renouvelant.

Batman, c'est plus fort que toi !


Batman Begins nous avait rendu témoin de la naissance du Chevalier Noir. L'histoire prend place dans Gotham City, une ville qui est ce que Rome la Magnifique devint au fil du temps : décadente et rongée par sa propre vicissitude.
Bruce Wayne, fils de bourge traumatisé par la mort de ses parents décide alors de changer les choses. Mais flic n'est pas sa vocation, il se rend très vite compte qu'un homme est faillible s'il est dépendant d'un système et si lui-même ne dépasse pas sa condition d'homme. Il préfère revêtir un costume encombrant et prend la folle décision de devenir un surhomme, tant en s'entrainant physiquement qu'en se créant une image qui le déshumanise. Le voilà donc en quête d'un nouveau visage, celui-là même qu'il redoute : le Batman. Il devient ainsi un idéal de la justice implacable et incorruptible. The Dark Knight est la suite directe des pérégrinations de l'homme-concept qui traque et tabasse les criminels : inspire-t-il la crainte ? La justice ? Ou encore la folie ? Tout cela en même temps il faut croire.

L'ouverture du film nous donne une première idée de comment l’idéal du Batman est interprété dans Gotham City la Corrompue. Des civils l'imitent mais s'arment de mitraillettes, un des instruments même qui sert à instaurer la terreur, pour affronter eux aussi les parrains du crime. Le Chevalier Noir corrige vite l'erreur en désarmant autant les criminels que les imposteurs et en les attachant sans distinction les uns aux autres. Le Batman est un fantasme, celui d'un homme sur-entrainé et apprivoisant ses peurs au point d'être un justicier qui peut se passer d'armes à feu.

Joker c'est plus fort que Batman !

Le Batman est à la fois un monstre et un héros, toléré par une ville qui a grand besoin de lui. Il est craint du fait de sa déshumanisation et s'il ne semble avoir aucune limite, seul un majordome cynique sera témoin des blessures infligées à l'homme derrière le masque.
L'apparition du Batman n'est pas sans conséquences et Gotham City le lui prouve par l'émergence de deux protagonistes directement inspirés du héros.
Le procureur Harvey Dent jouit d'une crédibilité envers les citoyens de Gotham, un visage... blanc et immaculé qui n'a pas besoin de masque, et contrairement au Batman, il humanise le concept de la justice.
Le second, loin d'être une pâle imitation du justicier masqué, devient la caricature de la folie propre aux hommes, Gotham possède maintenant son propre bouffon, le Joker. Il a très vite compris ce qu'a impliqué la venue du Batman, celui-ci change la donne car il s'extirpe des lois et des hommes pour les influencer. Le Joker devient donc un Alter-ego complémentaire, délaissant le problème lambda des criminels qui est l'argent pour jouer sur un tout autre plan. On ne connaîtra jamais le véritable passé du Joker et cela n'a pas d'importance, ses intentions doivent rester hors de portée afin qu'il puisse être l'incarnation même du chaos. Voici notre Néron qui veut voir la ville brûler, comme il met le feu aux liasses de billets.

Le Roi est mort, vive le Roi


Le décor est planté, Gotham City sera le théâtre de confrontations entre monstres et héros.
Tels les frères jumeaux à l’origine de Rome, Rémus et Romulus, abreuvés du même lait de la louve, les deux nouvelles figures vont jouer un rôle décisif quant au devenir de la ville. Toute cette histoire est plus qu'un règlement de compte, les enjeux personnels se confondent avec la portée symbolique de chacun. Au fond ils ne sont que des hommes et c'est l'idée qu'ils véhiculent qui ne doit pas mourir.
S'ensuit d'innombrables luttes dans lesquelles Batman peine à surveiller ses deux enfants terribles, Harvey bascule dans la folie pour devenir un Double-Face servant une justice aliénée tandis que le Joker, lui, étend son influence au point de faire du héros implacable une victime.

Le Chevalier Noir est poussé dans ses derniers retranchements, le Joker ne s'attaque pas directement à lui comme chaque truand l'avait fait jusque là mais il remet en cause l'existence même du Batman.
Celui-ci devient même un paradoxe lorsque le Joker l'oblige à dévoiler son identité sous la menace de tuer des innocents. Le voilà directement responsable de la mort d'individus de par sa simple existence. Le Joker culpabilise le héros qui n'a alors plus que deux alternatives : faire mourir l'idéal qu'il est ou alors se voir avilir au point que son symbole soit vidé de sens.

Batman est absent dans ce film, il essaye tant bien que mal de trouver une solution mais il se voit supplanté par le Joker. Si son rival a toujours un pas d'avance sur lui, c'est que le concept du Joker est affranchi de toute barrière morale, de toute entrave et de toute responsabilité envers la ville et ses citoyens. Batman, lui, est prisonnier de sa vertu.
La scène précieuse de l'interrogatoire est l'illustration de cette relation complexe qui lie les deux monstres, et de leur destinée absurde qui leur impose de courir éternellement l'un après l'autre jusqu'à qu'une mort s'ensuive.
Le Batman n'a aucun moyen de soutirer une information du Joker hormis si celui-ci la donne de sa propre volonté. Le Chevalier Noir ne peut pas tuer et c'est là toute sa malédiction car il se retrouve impuissant devant un être que seule la mort pourrait stopper. Il ne peut rien accomplir par la force, son autorité n'a plus de sens et le Bouffon en est conscient plus que n'importe qui d'autre. Vaincu, le Batman doit jouer le jeu du Joker qui le met face à une décision impossible : sauver Rachel et ainsi retrouver une vie d'homme ou bien sauver Harvey en qui Gotham City a placé ses espoirs.
Batman n'aura même pas le privilège de décider lui-même de sa destinée, le Joker le fera pour lui en inversant les adresses. Bruce est condamné à rester Batman.

Le Joker est finalement capturé mais ses pitreries ont finalement fait mouche, puisqu’il a rendu fou Harvey Dent devenu Double-Face qui met en œuvre une vendetta contre tous ceux qu'il tient responsables de sa condition. Le Chevalier Blanc de la ville, épris de justice, est devenu un concept aliéné, infligeant la mort selon le bon vouloir de sa pièce de monnaie.
La fin du film expose la mort d'Harvey mais ses meurtres laissent présager la dépression d'une Gotham City déjà bien affectée par les ravages du Joker. Batman se sacrifie alors en endossant les crimes de Double-Face, ne laissant que le souvenir d'un martyr. Harvey Dent, pour les citoyens de Gotham, est officiellement mort en combattant la folie qui s'insinuait dans la ville et a été assassiné par Batman.


Le Batman n'est plus, il a failli à son propre concept de justice inflexible, il est un paria qui revêt la noirceur de Gotham City. Cependant le Chevalier Noir est maintenant libre de ses contraintes de justicier et il redevient ce qu'il était sans le symbole, un homme hors-la-loi.

                             

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COMMENTAIRES
Ityfalik
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Ityfalik
30/04/2010, 16:17
Très bon article, bien écrit et tout et tout !

Zade
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Zade
30/04/2010, 17:48
Article absolument passionnant, j'adore ce film et l'article reflète bien la profondeur du travail formidable de Nolan.

BlackLabel
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BlackLabel
30/04/2010, 19:19
SocioPads a écrit : "Celui-ci devient même un paradoxe lorsque le Joker l'oblige à dévoiler son identité sous la menace de tuer des innocents. Le voilà directement responsable de la mort d'individus de par sa simple existence. Le Joker culpabilise le héros qui n'a alors plus que deux alternatives : faire mourir l'idéal qu'il est ou alors se voir avilir au point que son symbole soit vidé de sens. "

Il n'est pas "directement" responsable, ni même indirectement d'ailleurs. On n'est pas responsable des folies d'un autre.

De même, l'avilissement dont le film parle, c'est celui de la violence. Comme Harvey Dent, laissant tomber ses idéaux pour tomber dans le cercle vicieux de la vengeance arbitraire. C'est ça que le Joker espère. Il l'obtient d'Harvey Dent, mais pas de Batman, ni même des passagers des bateaux piégés.



SocioPads a écrit : "Le Batman n'est plus, il a failli à son propre concept de justice inflexible, il est un paria qui revêt la noirceur de Gotham City. Cependant le Chevalier Noir est maintenant libre de ses contraintes de justicier et il redevient ce qu'il était sans le symbole, un homme hors-la-loi."

À la fin du film il est plus que jamais Batman (un justicier clandestin), à cause de la chute et de la mort d'Harvey Dent, le justicier officiel. Personne n'étant là pour le remplacer comme il l'espérait, personne ne lui permettant de ranger le costume au placard, il est à la fois le justicier de Gotham tout en portant les fautes d'un autre, afin que l'image du chevalier blanc Harvey Dent reste immaculée.

C'est justement pour cela qu'il devient le chevalier "noir", car il est maudit. Personne ne sait quel fardeau il porte pour sauver la ville.

Enimal
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Enimal
30/04/2010, 20:38
Très bon article, vraiment.
Et étant fan de batman, cet article me touche d'autant plus :)

SocioPads
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SocioPads
30/04/2010, 22:23
Un grand merci pour vos commentaires, content que mon article soit à la hauteur de vos attentes pour l'homme chauve-souris ^^

Black Label : Bien sûr qu'on a une part de responsabilité lorsqu'un type décide de tuer des gens au pif sauf si toi,homme qui se prétend justicier masqué ne dévoile ton identité secrète. Si tu veux philosopher sur la responsabilité d'un homme-collant face à un fou qui le prend à la gorge, pourquoi pas. Mais ce n'est pas mon propos, je parle de symbole, d'influence donc. Batman est jugé par la ville, s'il laisse des hommes mourir pour lui, il avilit ce qu'il représente. C'est appuyé dans le film par de nombreuses répliques notamment celle du Joker : "même moi, j'ai trouvé que c'était froid" etc...

Quand je parle de faillir à son concept, c'est simplement de perdre sa valeur de symbole de justicier devant les citoyens de Gotham. Bien sûr qu'il est encore justicier mais d'un point de vue symbolique, il a perdu la vertu qu'il représente ;). Mais à part ça je suis tout à fait d'accord avec toi.

Pour finir, la montée de violence est indissociable des habitants, et si je puis me permettre : de leur santé mentale, comme le dirait le Joker.

Gundream
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Gundream
30/04/2010, 22:47
Très bon article :)

Conker
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Conker
01/05/2010, 04:37
Excellent article ! Ca m'a donné envie de revoir le film :).

seblecaribou
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seblecaribou
02/05/2010, 12:18
Bon je me rematte le Blu Ray et je me remets à Akham Azylum...

SocioPads
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SocioPads
02/05/2010, 13:18
Encore merci a vous ! Oh Tu vas revoir le film mister Seblecaribou, je serais curieux de savoir si tu lui porteras un autre regard ;)
Soit-dit en passant, pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu, je vous conseille le comic : Batman The Killing Joke. Il a aussi inspiré le film.

MalcomZ
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MalcomZ
04/05/2010, 12:11
j'ai vraiment adorer ce film et j'attends le prochain avec grande impatience, mon seul regret c'est la représentation trop réaliste de gotham city qui perd tout le coté sombre, froid et gothique de Batman begins , en effet on se croirait plus à metropolis qu'à gotham.

Sinon très bon article et vive Batman.

MalcomZ
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MalcomZ
04/05/2010, 12:11
j'ai vraiment adorer ce film et j'attends le prochain avec grande impatience, mon seul regret c'est la représentation trop réaliste de gotham city qui perd tout le coté sombre, froid et gothique de Batman begins , en effet on se croirait plus à metropolis qu'à gotham.

Sinon très bon article et vive Batman.

Oxilion
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Oxilion
05/05/2010, 20:59
Superbe article qui reflète parfaitement la profondeur que Christopher Nolan a inscrit dans son film, vivement le prochain batman!

Oxilion
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Oxilion
05/05/2010, 20:59
Superbe article qui reflète parfaitement la profondeur que Christopher Nolan a inscrit dans son film, vivement le prochain batman!

seblecaribou
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seblecaribou
05/05/2010, 22:51
Tant qu'ils nous refont pas le coup de Batman à la gay pride...je suis partant pour un troisième volet. Mais comment introduire Robin ou Catwoman dans la version de Nolan je ne vois pas vraiment...

SocioPads
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SocioPads
06/05/2010, 00:16
Si ce n'était que la gay pride attitude...

-"Salut Freeze ! Moi c'est Batman !"

La désinvolture de George Clooney dans un Batman, fallait y penser !

SebLink
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SebLink
09/05/2010, 21:03
Article très intéressant pour un film que j'ai tout simplement adoré !!
Certainement l'un des seuls films de super héros réellement digne d'intérêt !

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