Une équipe de chercheurs sud-coréens a mis au point des lentilles de contact intelligentes capables, selon leurs travaux, de traiter la dépression sans passer par la médication. Portées seulement 30 minutes par jour, ces lentilles ont fait grimper de 47 % le taux de sérotonine, surnommée l'hormone du bonheur, chez des souris présentant des symptômes dépressifs.

L'étude a été publiée dans la revue Cell Reports Physical Science, le scientifique Jang-Ung Park et son équipe de l'université Yonsei étant à l'origine de cette technologie. À l'œil nu, le dispositif ressemble à une lentille transparente ordinaire. Sous un microscope apparaissent une antenne miniature et des électrodes de taille micrométrique, fabriquées avec des matériaux flexibles qui n'obstruent pas la vue.

Le principe repose sur l'interférence temporelle : la lentille émet deux courants haute fréquence qui se rencontrent à l'intérieur de l'œil et se transforment en un unique courant basse fréquence au niveau de la rétine. Ce signal traverse ensuite le nerf optique pour stimuler directement l'hippocampe et le cortex préfrontal, deux régions cérébrales identifiées comme dysfonctionnelles chez les patients dépressifs. Selon les chercheurs, ces impulsions sont sans danger pour les yeux et ne provoquent ni douleur ni gêne.

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Un protocole de trois semaines sur des souris stressées

Les tests ont été menés sur des souris ayant reçu une injection d'hormone de stress pour reproduire un comportement de type dépressif. Elles ont porté la lentille 30 minutes par jour pendant trois semaines. Les données neurologiques ont ensuite été analysées grâce à des technologies d'apprentissage automatique.

Les résultats mesurés sont nets : une hausse de 47 % du taux de sérotonine, une baisse de 48 % de la corticostérone, hormone du stress, une réduction des marqueurs d'inflammation cérébrale et une restauration des connexions neuronales entre l'hippocampe et le cortex préfrontal, une liaison qui se dégrade habituellement pendant la dépression.

Toutes les souris traitées ont vu leurs symptômes s'atténuer, et leurs profils cérébraux ne se distinguaient plus de ceux de souris en bonne santé. L'équipe compare cette efficacité à celle de la fluoxétine, l'antidépresseur commercialisé sous le nom de Prozac, sans les effets secondaires systémiques associés à la médication classique.

Il faut noter que la technologie n'a pour l'instant été testée que sur des souris de laboratoire, et que ce modèle animal ne reflète pas totalement la dépression humaine, dont les symptômes et la sévérité varient largement d'un patient à l'autre. Une évaluation clinique rigoureuse reste requise avant toute commercialisation.

Portée par ces résultats, l'équipe sud-coréenne avance déjà vers l'étape suivante. Des essais cliniques sur des sujets humains sont programmés dans les trois prochaines années, soit d'ici 2029. Les prochaines étapes annoncées portent sur l'optimisation du fonctionnement sans fil, des tests de sécurité à long terme sur de grands animaux et la recherche de protocoles de stimulation personnalisés selon les patients.

L'équipe estime que cette technologie portable et sans médicament pourrait transformer la prise en charge de la dépression et d'autres troubles cérébraux.

Les électrodes de la lentille, composées de couches ultra-fines d'oxyde de gallium et de platine, restent invisibles sous la surface transparente du dispositif.