Un pêcheur a remonté dans ses filets, début avril 2026, un engin métallique en forme de torpille près du détroit de Lombok, en Indonésie. Long de 3,7 mètres, l'objet a intrigué dès sa sortie de l'eau. Selon les analystes qui l'ont examiné depuis, il s'agit d'un dispositif chinois de surveillance sous-marine.

L'appareil a été repéré au nord de l'îlot de Gili Trawangan, selon l'agence de presse d'État indonésienne Antara. Il a ensuite été remorqué jusqu'à la plage, puis transporté à la base navale de Mataram, sur l'île de Lombok, pour y être examiné.

Le contre-amiral Tunggul, porte-parole de la marine indonésienne, avait annoncé début avril qu'un examen approfondi serait mené pour identifier l'origine, la finalité et les données stockées par l'appareil. Mi-avril, le général de brigade Rico Sirait, chef du bureau de l'information au ministère de la Défense indonésien, indiquait que l'examen se poursuivait toujours, précisant que Jakarta répondrait par une surveillance renforcée de ses eaux.

Un système de mouillage estampillé CSIC

L'analyste en défense maritime HI Sutton a identifié l'engin comme un « Deep-Sea Real-Time Transmission Mooring System », un système de mouillage ancré au fond marin conçu pour transmettre ses données via des bouées de surface. Il embarque des capteurs mesurant la température, la profondeur, le courant, ainsi que des informations sonores et de cible.

L'appareil porte les lettres CSIC et le logo de cette entreprise. Selon Sutton, il a été développé par le 710 Research Institute, un centre chinois spécialisé dans l'attaque et la défense sous-marines, qui appartenait à la China Shipbuilding Industry Corporation avant sa fusion dans la China State Shipbuilding Corporation.

Pour Sutton, la combinaison des capteurs et de la capacité de communication rend l'appareil capable de guerre sous-marine. Il suggère que la Chine pourrait disposer d'un réseau de ce type de capteurs fournissant des informations en temps réel sur les conditions sous-marines dans des voies navigables stratégiques, ce qui faciliterait les opérations de ses sous-marins.

Collin Koh, chercheur au S Rajaratnam School of International Studies, à Singapour, y voit un cas typique de technologie à double usage. Il a expliqué qu'il s'agit souvent du problème auquel ils sont confrontés avec ces technologies à double usage concernant la recherche scientifique marine et la collecte de données. À sa connaissance, c'est la première fois qu'une bouée-capteur ancrée de ce type est découverte dans la région.

Malcolm Davis, analyste à l'Australian Strategic Policy Institute, estime qu'un navire ou un sous-marin chinois a probablement déployé l'appareil à un endroit précis pour surveiller le trafic sous-marin dans le détroit. Leur objectif, selon lui, est de pouvoir suivre les sous-marins afin d'être, en temps de guerre, mieux placés pour les attaquer et les couler.

Pékin évoque un simple dysfonctionnement

Interrogé par ABC, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a assuré ne pas disposer de détails spécifiques sur l'affaire. Il a écarté toute inquiétude : « il n'y a pas besoin d'interprétation excessive ou de suspicion ». Selon lui, il n'est pas inhabituel, en vertu de la pratique internationale, que du matériel de recherche marine dérive vers les eaux territoriales d'autres pays en raison de dysfonctionnements.

Le détroit de Lombok, situé entre Bali et l'île de Lombok, constitue l'une des rares routes assez profondes pour permettre à un sous-marin de transiter en immersion entre les eaux australiennes et la mer de Chine méridionale. Il fait partie des voies maritimes archipélagiques désignées par l'Indonésie, où la portée des activités autorisées reste contestée, une ambiguïté juridique relevée par Dita Liliansa, chercheuse doctorante à l'University of New South Wales, qui s'interroge sur la possibilité même de qualifier l'objet de navire au sens du droit international.

Ce type de découverte n'est pas inédit. En décembre 2020, un véhicule sous-marin sans pilote avait déjà été retrouvé près de l'île de Selayar, dans le Sud-Sulawesi. Le gouvernement indonésien avait alors promis une enquête approfondie mais, malgré des indices relativement clairs pointant vers la Chine, l'affaire s'était éteinte sans suite publique.

Selon Koh, Jakarta souhaiterait probablement, cette fois encore, une résolution discrète, l'Indonésie n'étant pas en position, d'un point de vue politique et économique, de faire beaucoup de bruit sur ce problème.

À la mi-mai 2026, la marine indonésienne n'avait pas répondu aux demandes d'actualisation formulées par ABC.