Un milliard de dollars par an de dégâts, vingt ans de recherches infructueuses, et pourtant la solution pourrait venir d'un simple particulier. Les États-Unis parient 200 000 dollars sur un regard extérieur.
L'U.S. Bureau of Reclamation a lancé un concours baptisé « Halt the Hitchhiker » pour trouver une solution capable de neutraliser les larves de moules invasives logées dans les réservoirs de ballast des bateaux, leur principal vecteur de propagation. Les récompenses vont de 20 000 dollars minimum à 200 000 dollars maximum.
Le concours est ouvert aux particuliers, aux équipes universitaires, aux startups et aux chercheurs indépendants américains, et sa gestion a été confiée à yet2, une agence de conseil en innovation ouverte.
Trois espèces sont dans le viseur : la moule zébrée et la moule quagga, présentes depuis plusieurs décennies dans les eaux intérieures américaines, et la moule dorée, détectée pour la première fois en Californie en octobre 2024. Ces mollusques ne sont pas comestibles, ils concentrent des métaux lourds et des agents pathogènes.
Ils se fixent en colonies sur toute surface dure, conduites, pompes hydrauliques, équipements énergétiques, jusqu'à rendre ces installations difficilement exploitables. Les colonies réduisent les débits des conduites qui alimentent villes et périmètres d'irrigation, et menacent aussi les barrages hydroélectriques. Facture totale pour les États-Unis : un milliard de dollars par an.
Trois phases, jusqu'à 200 000 dollars pour le vainqueur
Le concours se déroule en trois étapes. Lors de la première, les candidats soumettent une note décrivant leur approche pour neutraliser les larves. Six équipes sont retenues, chacune touchant jusqu'à 25 000 dollars. Vient ensuite une prestation orale devant un jury, où les trois meilleures équipes défendent leur méthode et empochent 50 000 dollars chacune.
La dernière phase, la plus exigeante, demande aux équipes restantes de construire un prototype et de le tester en laboratoire. La première place rapporte 125 000 dollars, la deuxième 75 000 dollars et la troisième 50 000 dollars. Seule l'équipe qui termine première de cette ultime phase, après avoir déjà remporté les deux précédentes, décroche le jackpot cumulé de 200 000 dollars.
Les moules colonisent de nouveaux plans d'eau par un mécanisme presque banal. Les plaisanciers remplissent et vident leurs réservoirs de ballast pour ajuster l'assiette de leur embarcation. Même vidangée, une cuve retient toujours un peu d'eau, où stagnent des larves microscopiques, invisibles à l'œil nu. Il suffit qu'un bateau soit remis à l'eau dans un lac différent la semaine suivante pour qu'une nouvelle colonie s'installe.
Pour l'agence, qui décrit sa mission comme celle du premier distributeur d'eau potable des États-Unis et supervise la gestion de la ressource dans l'Ouest américain, cette lutte est une priorité depuis un peu moins de vingt ans. Des millions de dollars ont déjà été investis, des protocoles stricts de nettoyage des bateaux mis en place, sans qu'aucune solution miracle n'émerge.
L'agence espère, avec ce concours, briser le cycle de contamination entre les lacs et automatiser la décontamination des ballasts sans intervention humaine.