Le 13 avril 2029, un rocher de 400 mètres frôlera la Terre plus près que nos satellites. Risque de collision avec des débris invisibles, effet de marée destructeur : ce que les scientifiques redoutent vraiment pour Apophis.
Le 13 avril 2029, l'astéroïde Apophis passera plus près de la Terre que les satellites de télécommunications. Il traversera l'anneau géostationnaire, où s'accumulent notamment les engins hors service, situé vers 36 000 kilomètres d'altitude, avant de filer à environ 32 000 kilomètres de la surface (certaines estimations parlent de 30 600 kilomètres). Ce passage ne présente aucun risque de collision pour notre planète. Les scientifiques redoutent en revanche qu'il ne soit risqué pour l'astéroïde lui-même.
Apophis mesure près de 400 mètres de diamètre. À cette distance, il subira la gravité terrestre sans être attiré directement vers la Terre : un phénomène appelé effet de marée, qui pourrait modifier sa rotation et sa trajectoire, voire provoquer des glissements de terrain et des fissures à sa surface.
Mauvaise nouvelle pour le rocher, bonne nouvelle pour les chercheurs : cet effet pourrait rendre visible ce qui, d'ordinaire, reste caché à l'intérieur de l'astéroïde, une occasion d'en apprendre davantage sur sa structure interne.
Un risque de collision avec des débris spatiaux
Une étude publiée en mai 2026 dans la revue The Planetary Science Journal signale un autre danger : celui d'un choc entre Apophis et un débris spatial. Menée par Giulia Schettino et Alessandro Rossi, chercheurs à l'Institut italien de physique appliquée, elle s'est penchée sur la zone géostationnaire, où évoluent quelque 600 satellites actifs dédiés à la météo ou aux télécommunications, ainsi qu'un nombre incertain de débris.
Rossi, spécialiste des débris et de la dynamique des astéroïdes, s'attendait à un résultat nul. Ses calculs ont pourtant fait apparaître des objets susceptibles de passer à quelques kilomètres seulement du corps rocheux. Pour évaluer ce risque, les deux physiciens ont combiné le catalogue des satellites actifs et abandonnés avec une population de fragments trop petits pour être suivis par les radars.
Leur conclusion : la probabilité d'un choc reste extrêmement faible, mais elle n'est pas nulle. Si une collision survenait malgré tout, la trajectoire de l'astéroïde pourrait être modifiée de manière imprévue, ce qui remettrait en cause toute la suite des observations. Deux missions suivent Apophis de près : Ramses, pour l'Agence spatiale européenne, et Osiris-Apex, pour la NASA. Un changement inopportun de trajectoire les perturberait gravement, voire les rendrait inutilisables.
Les débris de quelques centimètres échappent à toute surveillance : radars et télescopes suivent les gros objets un par un, mais laissent filer les petits fragments. La zone géostationnaire reste ainsi la moins bien connue de l'environnement spatial terrestre. L'Union européenne doit déployer de nouveaux télescopes dédiés aux orbites hautes, pour dresser un inventaire plus complet des objets gravitant au-dessus des satellites.
Un spectacle visible par 90 % de l'humanité
Le survol sera aussi un événement à observer à l'œil nu. Selon les astronomes réunis les 18 et 19 juin lors de l'atelier Apophis T-3 Years, à l'université de Padoue, en Italie, environ 90 % de la population mondiale pourra apercevoir Apophis ce jour-là, sous la forme d'un point lumineux filant lentement entre les étoiles. Ce sera la première fois que le passage d'un astéroïde visible à l'œil nu peut être prédit à l'avance.
Pendant environ sept heures, l'astéroïde restera repérable depuis l'Australie, l'Asie, l'Afrique, l'Europe et l'est de l'Amérique du Sud. Il atteindra une magnitude d'environ 3,1, comparable à celle de certaines étoiles de la Grande Ourse. À mi-parcours du survol, jusqu'à 5,7 milliards de personnes pourront le voir, en Afrique de l'Est, en Europe du Sud, en Australie et dans toute l'Asie. Seule l'Amérique du Nord n'en aura aucun aperçu.