Trouvé dans un tas d’ordures dans l’ancien Dongola, un document arabe datant du XVIIème siècle a permis de confirmer l’existence de Qashqash, un légendaire roi nubien.
Au cours de notre longue existence, de nombreuses choses se sont perdues avec les années. Et une partie de l’histoire de Dongola, ancienne capitale de Makuria aujourd’hui située dans le nord du Soudan, en fait partie. En effet, au milieu du XIVème siècle, cette dernière est entrée dans ce que l’on appelle « l’âge sombre », période de trois siècles sur laquelle très peu d’informations sont connues. Une récente découverte, toutefois, semble avoir permis de confirmer l’existence de Qashqash, un légendaire roi nubien.
L’existence du roi Qashqash confirmée par un ancien document
Lancé en 2018, le projet « Métamorphose urbaine de la communauté d’une capitale africaine médiévale » (UMMA) entend faire la lumière sur cette période sombre qui entoure l’histoire du Dongola. Pour ce faire, des chercheurs ont donc entrepris de fouiller l’ancienne citadelle et ses environs, à la recherche de traces du passé. Et c’est dans un bâtiment qui, selon certaines traditions orales, aurait fait office de résidence aux rois du Dongola, qu’un certain nombre d’éléments ont été débusqués par l’équipe menée par Tomasz Barański.
Dans le lot : de nombreux bibelots ayant visiblement appartenu à la royauté à une certaine époque, mais aussi et surtout une vingtaine de documents arabes jetés aux ordures, qui font pourtant office de véritable trésor dans le cadre de cette étude. Et pour cause : ils représentent une nouvelle preuve historique de l’existence de Qashqash, l’un des premiers souverains précoloniaux. De quoi étayer la véracité de la légende, donc, mais aussi nous en apprendre davantage sur l’évolution du Dongola avec le temps.
Car comme révélé par Barański, dont l’étude a fait l’objet d’un ouvrage baptisé Azania: Archeological Research in Africa, il s’avère qu’au-delà de nous en dire plus sur le règne et les interactions sociales du roi Qashqash, elles révèlent aussi la façon dont la région a progressivement connu une période d’arabisation et d’islamisation. La preuve étant que les documents en question sont rédigés dans un arabe imparfait, qui montrent que le scribe de l’époque ne maîtrisait pas encore totalement tous les rouages de la langue.

Une découverte majeure pour l’histoire du Soudan
Erreurs grammaticales et lexicales, écriture, tout traduit en effet les signes d’une langue encore en plein apprentissage, ce qui permet à Barański d’appuyer l’hypothèse que l’arabisation du Dongola a en réalité été un processus de longue haleine. « La Nubie n'était pas une région marginale ou isolée de la vallée du Nil, mais un corridor essentiel reliant le monde méditerranéen à l'Afrique subsaharienne. Loin d'être une impasse civilisationnelle, elle a fonctionné pendant des millénaires comme une zone dynamique de circulation des personnes, des biens et des idées ».
« La Nubie était le lieu de passage de marchandises telles que l'or, l'ivoire et les esclaves, mais elle permettait également l'échange d'éléments moins tangibles : technologies, croyances religieuses et modèles politiques » explique-t-il notamment. « De plus, les communautés nubiennes n'étaient pas des récepteurs passifs des influences extérieures ; elles ont activement façonné et adapté les flux transitant par ce corridor. Cette longue histoire d'échanges nous aide à comprendre les transformations culturelles ultérieures dans la région, notamment l'arabisation et l'islamisation ».
« Il ne s'agissait pas de ruptures soudaines, mais d'un schéma beaucoup plus ancien d'interaction, de négociation et d'adaptation qui a caractérisé le Soudan tout au long de son histoire », conclut alors Barański. Avant d’insister, bien sûr, sur le fait que cette découverte pourrait alors ne représenter que les prémices d’une connaissance plus large sur l’époque du roi Qashqash. « Cela illustre parfaitement comment les fouilles archéologiques continuent de fournir des éléments qui comblent le fossé entre la culture matérielle et l'histoire écrite ».
Source : Taylor & Francis Online