Six mois de salaire pour un mois de traversée : la prime folle que touchent certains marins bravant Ormuz. Frappes, trêve fragile, primes d'assurance qui explosent. La zone reste classée « zone de guerre ».
Le statut de zone de guerre attribué au détroit d'Ormuz est reconduit. Dans un communiqué conjoint publié mercredi 1er juillet 2026, la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) et le Joint Negotiating Group (JNG), qui représente les employeurs du secteur maritime, ont confirmé le maintien de ce classement au moins jusqu'au 9 juillet 2026. Concrètement, la mesure prolonge le doublement de salaire accordé aux marins qui acceptent de naviguer dans cette zone.
Les deux organisations justifient leur décision par « le risque persistant et important pour la vie humaine ainsi que l'évolution rapide de la situation dans la zone », selon leur communiqué. Ce classement ne s'applique qu'aux navires appartenant à des compagnies signataires des accords collectifs de l'International Bargaining Forum, soit environ 15 000 navires dans le monde.
Les marins couverts par cet accord et employés sur des bâtiments opérant dans ces eaux ont le droit de refuser d'y naviguer et peuvent demander leur rapatriement aux frais de l'armateur.
Une trêve fragile, des frappes qui continuent
Depuis le 1er mars 2026, l'Iran a fermé ce passage vital en représailles à des frappes américaines et israéliennes. L'IBF avait classé le détroit zone d'opérations de guerre une première fois le 5 mars, quatre jours après la première attaque contre des navires tentant de le traverser.
Depuis, au moins 14 marins ont été tués et plus de 40 navires attaqués. Les frappes les plus récentes datent des 25 et 27 juin. Une trêve existe bien entre Washington et Téhéran, mais deux navires ont malgré tout été visés pendant cette période.
Ces deux frappes ont poussé l'Organisation maritime internationale (OMI) à suspendre un plan, de courte durée, destiné à évacuer les 11 000 marins encore bloqués dans le Golfe. Le comité conjoint chargé de statuer sur la qualification de zone de guerre, qui se réunissait toutes les semaines, avait déjà suspendu ces rencontres début mai, quand il est apparu clair que la situation ne s'améliorait pas.
Une réunion s'était pourtant tenue la semaine précédant la publication du communiqué, avant la frappe du jeudi 25 juin contre un navire. Une source proche des discussions a confié à l'AFP que si les navires n'avaient pas été frappés deux jours distincts depuis le jeudi précédent, et si les entrées et sorties s'étaient déroulées sans incident, un changement aurait probablement pu intervenir.
Le trafic maritime reste très largement interrompu dans le détroit. Selon l'agence maritime de l'ONU, près de 60 navires circulant à proximité ont été attaqués depuis le début de la guerre entre l'Iran et les États-Unis, et au moins 17 marins ont été tués.
Six mois de salaire pour un mois de traversée
Malgré le danger, ces traversées restent lucratives, plusieurs millions de dollars pour les armateurs, ce qui pousse certains d'entre eux à surenchérir pour convaincre leurs équipages d'embarquer. Le sud-coréen Sinokor, devenu leader mondial des superpétroliers grâce au soutien de l'armateur italo-suisse MSC, propose ainsi une rémunération supplémentaire équivalente à six mois de salaire pour une traversée d'environ un mois, selon un document consulté par l'agence Bloomberg.
Le salaire moyen d'un matelot étant estimé à 1 500 dollars par mois, la prime versée par Sinokor avoisinerait donc les 9 000 dollars. Les marins plus gradés toucheraient vraisemblablement davantage : en temps normal déjà, un capitaine gagne autour de 15 000 dollars mensuels, toujours selon Bloomberg.
Le président de Globalmet, une association de formation et d'enseignement maritime, tempère toutefois l'idée d'une pénurie de personnel : « Nous avons entendu parler de nombreux départs de membres d'équipage, mais les compagnies parviennent à trouver des remplaçants », a-t-il confié à Bloomberg.
L'Inde tente de retenir ses marins
L'Inde compte parmi les plus grands pourvoyeurs de marins pour la flotte marchande mondiale, avec plus de 320 000 gens de mer actifs en 2025. New Delhi a exhorté la semaine dernière ses armateurs à ne pas déployer de personnel sur des navires transitant par Ormuz, alors que les combats entre Washington et Téhéran avaient repris.
L'argument financier reste puissant : le salaire moyen d'un salarié indien plafonne à environ 220 euros par mois (24 217 roupies), ce qui rend les primes de plusieurs milliers d'euros proposées au Moyen-Orient particulièrement attractives.
Les marins indiens paient aussi un tribut ailleurs. En mer Noire, où les combats se sont intensifiés entre l'Ukraine et la Russie, quatre ressortissants indiens ont été tués lundi par une salve de missiles russes, a annoncé New Delhi. Mardi, l'Inde a indiqué avoir convoqué un diplomate russe pour lui exprimer ses « graves préoccupations ».