À Sidi Ifni, une solution ingénieuse transforme le brouillard en eau potable, offrant un nouvel espoir aux communautés frappées par la sécheresse.
À Sidi Ifni, dans le sud du Maroc, une initiative cherche à transformer le brouillard en eau potable. La région traverse six années consécutives de sécheresse et manque d'eau, un problème aggravé par le changement climatique. Les filets à brouillard proposent une autre manière de capter l'humidité et de la convertir en eau, offrant un vrai soulagement aux communautés locales.
Quand les méthodes d'autrefois se modernisent
Dans la région d'Aït Baâmrane, au sud-ouest du Maroc, les femmes passaient autrefois jusqu'à quatre heures par jour à aller chercher de l'eau, portant près de 22,68 kg par bidon sur de longues distances. Cette corvée limitait leurs activités et empêchait les filles d'aller à l'école. La zone subit aussi une désertification croissante, qui rend l'eau douce encore plus rare.
Heureusement, une technique de collecte du brouillard, décrite dès le XVIe siècle par Bartolomé de las Casas, a été remise au goût du jour. Des filets en polymère posés sur les pentes du Mont Boutmezguida capturent l'humidité du brouillard atlantique. Des innovations récentes rendent la méthode encore plus efficace, d'après l'expert Gareth McKinley du MIT, interrogé par le New Yorker.
La technologie au service des villages du Maroc
L'ONG marocaine Dar Si Hmad, dirigée par Jamila Bargach, a installé de grands filets à plus de 1 200 m d'altitude. Appuyés par des poteaux en acier, ces filets peuvent collecter jusqu'à 76,93 L/m² en 24 h, fournissant de l'eau durable aux villages situés à plus de 10 km. Des canalisations, en pente, laissent l'eau descendre par gravité jusque dans les foyers, ce qui évite les pompes motorisées et réduit la dépendance à des techniques coûteuses comme le dessalement.
Le projet a été salué par l'UNFCCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) et analysé par la Reach Alliance de l'Université de Toronto en 2022. Le système fonctionne avec des panneaux solaires et utilise des matériaux durables, réparables localement, ce qui donne une autonomie précieuse à certaines communautés du Maroc.

Des évolutions sociales et technologiques, mais pas sans problèmes
Le projet ne change pas seulement l'accès à l'eau dans cette région du Maroc. Libérées de la corvée, les femmes voient leur rôle domestique évoluer, et les filles peuvent suivre une scolarité régulière. Il y a eu des résistances au départ, liées à des croyances locales. Une habitante, Fadma, 52 ans, a d'abord hésité avant d'accepter l'eau du brouillard. Mais la plupart des gens sont désormais reconnaissent aujourd'hui des bénéfices de la technologie. Pour lever ces réticences, l'ONG a créé une "école de l'eau" qui enseigne des pratiques de conservation et propose des cours d'alphabétisation et des formations pour utiliser cette nouvelle technologie.
Malgré son succès, la méthode dépend de conditions naturelles particulières. Il faut en effet la présence régulière de brouillard et une topographie adaptée. Pour des acteurs locaux comme Aissa Derem, c'est presque un "miracle", mais cela ne remplace pas toutes les solutions ailleurs. L'eau produite, proche de 37 000 L/jour, reste précieuse et doit être complétée par d'autres techniques dans les zones moins favorables, où le dessalement reste envisagé par des pays comme l'Arabie Saoudite.