À 2,25 euros le litre, certains ont trouvé la parade : rouler à l'huile de friture. Odeur de frite au feu rouge, économies réelles, mais risques mécaniques bien cachés. Une pratique discrète qui gagne du terrain sur les routes françaises.
Marie roule à l'huile alimentaire depuis quinze ans. Sa vieille Mercedes carbure aux fritures usagées. Elle préfère rester discrète sur son identité complète, mais accepte de raconter sa méthode dans un entretien accordé à France 3.
Le litre de gazole avoisine désormais 2,25 euros dans une grande partie de la France. Les tensions géopolitiques et un contexte international tendu ont perturbé le trafic pétrolier, notamment dans le détroit d'Ormuz, ce qui a fait grimper un peu plus les prix à la pompe.
Résultat, les automobilistes multiplient les astuces pour limiter la casse, quitte à surveiller en temps réel les tarifs affichés dans les stations pour profiter de la moindre baisse. Il y a quelques jours, une station-service a même vendu par erreur du carburant à 1,24 euro le litre, provoquant une ruée des conducteurs.
Marie, elle, roule avec son mari et affirme limiter ainsi son passage à la pompe. « Moi, je suis dans une démarche de recyclage. Au lieu de jeter, on récupère tout ce qui peut être récupéré », explique-t-elle. L'huile qu'elle utilise vient souvent de fritures.
Elle récupère des bidons de 25 litres auprès de restaurateurs, de food-trucks ou d'associations après des événements, parfois dans des restaurants asiatiques. Avant de finir dans le réservoir, le liquide doit reposer, être décanté puis filtré plusieurs fois.
Une odeur de frite qui trahit les conducteurs
La conséquence la plus visible, ou plutôt la plus perceptible, tient à l'odeur. Contrairement à un échappement classique au gazole, celui d'une voiture qui carbure à l'huile dégage des effluves de frite ou de nems. « Les gens qui roulent derrière moi peuvent sentir la frite ou les nems […]. Certains ne changent pas souvent leur huile, donc oui, ça peut sentir fort quand je roule ou quand je suis arrêtée à un feu rouge », raconte Marie.
Toutes les voitures ne supportent pas ce carburant. En général, seuls les modèles anciens s'y prêtent, les véhicules récents étant plus sensibles techniquement. L'hiver complique encore la donne : l'huile a tendance à se solidifier, ce qui rend les démarrages plus difficiles et oblige parfois à installer un système de réchauffement. Elle peut aussi encrasser certaines pièces, notamment les injecteurs.
Rouler à l'huile alimentaire reste illégal, même si le risque de contrôle demeure faible. Toutes les voitures diesel ne peuvent pas fonctionner avec ce carburant, qui peut entraîner une panne immédiate selon les moteurs. Les quelques centimes économisés à la pompe peuvent alors se transformer en une facture de réparation bien plus salée.
Marie balaie ces réserves d'un revers de main, estimant qu'il s'agit là de bon recyclage, que cela pollue beaucoup moins que le gazole et que très peu de personnes connaissent cette technique.
D'autres automobilistes ont adopté une méthode moins artisanale. Lucas, lui, achète directement de l'huile de colza en magasin, sans la récupérer ni la filtrer. Depuis deux ans, il la mélange avec du gazole, en complétant généralement son mélange avec un peu de diesel. Il assure économiser près de 70 centimes par litre grâce à ce procédé, sans passer par la collecte de bidons chez les restaurateurs.
La pratique reste marginale. Mais entre le prix du gazole qui ne redescend pas et des méthodes qui circulent d'un conducteur à l'autre, elle trouve, discrètement, de nouveaux adeptes sur les routes françaises.