La France doit se préparer à affronter des températures inédites de 50 °C, et ce dès le milieu du siècle. C'est le diagnostic de Pascal Yiou, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement, dans un entretien accordé à Numerama.

Pour ce spécialiste des épisodes climatiques extrêmes, franchir ce seuil n'a rien d'une hypothèse statistique lointaine : c'est un scénario qu'il juge « physiquement possible » sur le territoire national, à l'horizon 2050, soit dans vingt-quatre ans.

Une canicule qui n'en finit pas dans le Var

L'été 2026 donne déjà un aperçu de cette trajectoire. Le lundi 20 juillet, la canicule persiste dans le sud du pays, selon Météo-France. L'organisme précise que les deux tiers nord du pays retrouvent des températures proches des normales de saison, tandis que les très fortes chaleurs résistent près de la Méditerranée. La veille, dimanche 19 juillet, le thermomètre est monté jusqu'à 40,9 °C dans le Var.

Cet épisode n'est pas isolé. Un pic de chaleur historique a d'abord frappé le pays fin mai, avant une première canicule mi-juin qui a battu des records. Un nouvel épisode caniculaire a débuté début juillet, sans être terminé au moment où Yiou s'est exprimé. En juin, les conséquences avaient déjà pris une tournure concrète : des écoles ont fermé, et certains ouvriers ou agriculteurs se sont retrouvés dans l'impossibilité physique de travailler dehors.

Le précédent canadien de 2021

Pascal Yiou situe ce basculement dans une échelle de temps plus longue. Pour lui, l'été 2003, longtemps considéré comme exceptionnel, pourrait bientôt sembler doux en comparaison. Il résume qu'un été comme celui de 2003, qui était exceptionnel, devient presque l'équivalent d'un été frais à la fin du 21e siècle.

Le chercheur s'appuie aussi sur un exemple étranger. En juin 2021, la Colombie-Britannique, au Canada, a connu une canicule historique où le thermomètre a dépassé 49 °C pendant deux jours. Cette région se situe à une latitude comparable à celle de la France métropolitaine.

Une fois le seuil de 50 °C franchi, c'est l'organisation du quotidien qui risquerait de vaciller. Les infrastructures urbaines actuelles n'ont pas été conçues pour encaisser une telle fournaise. En ville, les appartements situés sous des toits en zinc deviendraient de véritables étuves, tout simplement invivables aux heures les plus chaudes.

Les projections chiffrées confirment cette trajectoire, avec des écarts selon les régions. Une étude de l'Insee Normandie publiée en février 2026 montre que la région a déjà gagné 1,1 °C entre 1965-1994 et 1995-2024, avec une hausse plus marquée l'été, soit +1,2 °C, que l'hiver.

Le nombre de journées chaudes, celles où le mercure atteint ou dépasse 25 °C, est passé de 20 à 28 par an, tandis que les jours de gel ont reculé de 26 %.

Pour 2050, en s'appuyant sur les données Drias de Météo-France et le scénario de fortes émissions RCP 8.5 du Giec, l'Insee projette une hausse moyenne annuelle de 1,8 °C par rapport à 1976-2005, avec +2,1 °C l'été et +1,4 °C l'hiver.

La température estivale moyenne normande atteindrait ainsi 19,0 °C, contre 16,9 °C sur la période 1976-2005, quand la moyenne nationale grimperait à 20,8 °C. Cette progression compte parmi les plus faibles de France métropolitaine, aux côtés de la Bretagne et des Hauts-de-France, alors que le sud-est du pays, déjà le plus chaud, verrait ses températures augmenter davantage.

Au sein même de la Normandie, les écarts existent : l'Eure connaîtrait la hausse la plus forte, devant l'Orne grâce à l'influence tempérée du littoral. Ces mêmes côtes, en revanche, resteraient exposées à l'érosion et à la submersion marine. Dans tous les départements normands, la température estivale moyenne resterait toutefois sous la barre des 20 °C en 2050.