Jusqu'à 150 milliards de dollars économisés en dix ans : voilà ce que pourrait rapporter un simple ajustement de la consommation électrique des centres de données. Google, Nvidia et Emerald AI s'y attaquent déjà.
Google, Nvidia et la start-up Emerald AI ont annoncé le 16 septembre la création de l'AI Energy Management Alliance (AEMA), une initiative destinée à rendre la consommation électrique des centres de données plus flexible. L'objectif : ajuster les besoins de ces infrastructures aux contraintes du réseau électrique, plutôt que de freiner leur essor.
Le sujet n'est pas anodin. Aux États-Unis, les centres de données ont consommé entre 177 et 192 TWh en 2024, soit 4 à 5 % de l'électricité du pays. Selon l'Electric Power Research Institute (EPRI), cette part pourrait grimper entre 9 % et 17 % d'ici 2030.
Décaler les calculs, puiser dans des batteries
Le principe de la flexibilité consiste à moduler la consommation des centres de données pendant les pics de demande sur le réseau. Plusieurs leviers existent :
- reporter les tâches informatiques non urgentes à un moment où le réseau est moins sollicité,
- transférer les calculs vers un autre site situé dans une zone moins tendue,
- puiser dans des batteries installées sur place plutôt que sur le réseau,
- ou encore ajuster le fonctionnement des systèmes de refroidissement.
Nvidia teste déjà cette approche en Virginie, sur Aurora, un site de 96 mégawatts construit par Digital Realty. Le logiciel d'Emerald AI y décale ou transfère les calculs d'intelligence artificielle les plus gourmands lorsque le réseau est tendu, avant de les relancer une fois la demande retombée.
D'après Arin Kaye, responsable technique à l'EPRI, les centres de données sondés par l'institut estiment pouvoir réduire leur puissance appelée en pointe de 10 à 30 % selon le type d'installation, une marge plus élevée encore pour certains hyperscalers. Il l'a indiqué le 8 octobre 2025 dans une déclaration rapportée par Reuters. Ces effacements restent pour l'instant cantonnés à des projets pilotes ou à des accords au cas par cas.
OpenAI, de son côté, s'est engagé à réduire jusqu'à 1 gigawatt la puissance tirée du réseau en période de tension, sur les 3,2 gigawatts prévus pour un futur site en Géorgie.
L'enjeu financier est de taille. Une étude du Nicholas Institute de l'université Duke, citée par Reuters, estime que cette flexibilité pourrait permettre d'économiser entre 40 et 150 milliards de dollars d'investissements dans les infrastructures électriques au cours de la prochaine décennie, qu'il s'agisse de nouvelles capacités de production, de renforcement des lignes ou d'agrandissement de postes de transformation.
Les chercheurs de Duke précisent que ces économies éviteraient surtout aux ménages et aux petites entreprises de payer une partie de la facture.
David Porter, vice-président de l'EPRI, résume l'idée dans un entretien à Axios en octobre 2025 : « C'est comme retirer les semi-remorques de la route aux heures de pointe ».
Les autorités américaines ont pris acte du mouvement. En octobre 2025, le secrétaire à l'Énergie Chris Wright a demandé au régulateur fédéral de l'énergie, la FERC, d'accélérer le raccordement des gros consommateurs, avec une procédure express pour ceux qui acceptent de réduire leur puissance à la demande.
Dès le 18 juin, la FERC avait déjà ordonné aux six grands gestionnaires de réseau régionaux de revoir leurs règles de raccordement, ouvrant la voie à des branchements plus rapides pour les installations flexibles. Elle a aussi exigé, le même mois, que chaque gestionnaire explique comment il compte garantir assez de capacités pour alimenter les gros consommateurs, anciens comme nouveaux.
Reste que toutes les tâches informatiques ne peuvent pas être reportées sans conséquence. Les exploitants doivent déterminer quelles charges peuvent être modulées, et jusqu'à quel niveau, sans dégrader les performances ni perturber les services clients. Un déploiement à grande échelle suppose aussi des investissements dans des logiciels de pilotage, des équipements de gestion de la consommation et, selon les besoins, des batteries de stockage.
Les gestionnaires de réseau et fournisseurs d'énergie devront, de leur côté, proposer des tarifs adaptés ou des rémunérations en échange des baisses de puissance.