Sur trois ans, 134 personnes, soit 3,4 % des consommateurs réguliers de fromage, ont développé une démence, contre 176, soit 4,5 %, chez ceux qui n'en mangeaient jamais. L'écart correspond à une réduction de 24 % du risque relatif de démence chez les mangeurs de fromage.

Ces résultats proviennent d'une étude signée Jeong, S., et ses coauteurs, publiée en octobre 2025 dans la revue Nutrients. Elle a été menée par une équipe du Centre national de gériatrie et de gérontologie, de l'université de Niimi et de l'université de Chiba, au Japon, à partir des données du programme JAGES (Japan Gerontological Evaluation Study) collectées entre 2019 et 2022.

La cohorte comptait 7 914 Japonais âgés de 65 ans ou plus, vivant à domicile et sans certification préalable de soins de longue durée. Les chercheurs ont comparé ceux qui mangeaient du fromage au moins une fois par semaine à ceux qui n'en consommaient jamais, en rendant les deux groupes comparables sur l'âge, le sexe, les revenus, le niveau d'éducation, l'état de santé autoévalué et les capacités fonctionnelles.

Un risque réduit même après ajustement alimentaire

Une fois les habitudes alimentaires globales prises en compte, fruits, légumes, viande, poisson, la baisse de risque relatif passe de 24 % à 21 %, tout en restant statistiquement significative. Les amateurs de fromage déclaraient justement manger plus souvent de tout cela. Ils géraient aussi mieux les tâches du quotidien, courses, gestion de l'argent, préparation des repas, et rapportaient moins fréquemment des plaintes de mémoire.

La majorité des participants restait toutefois modeste dans sa consommation : 72,1 % mangeaient du fromage une à deux fois par semaine seulement, et 82,7 % optaient pour du fromage transformé, moins riche en probiotiques. Seuls 7,8 % consommaient des fromages à moisissures blanches, type camembert ou brie.

Des pistes biologiques encore hypothétiques

Les auteurs avancent plusieurs mécanismes, sans les avoir mesurés directement. La vitamine K2, présente dans le fromage, participerait à la santé vasculaire et limiterait la calcification liée à l'hypertension, facteur de démence vasculaire. Les protéines et certains peptides issus de la fermentation pourraient exercer des effets anti-inflammatoires et antioxydants. Enfin, les probiotiques des fromages fermentés comme le camembert ou le brie pourraient moduler l'axe intestin-cerveau, une piste évoquée pour d'autres pathologies neurodégénératives dont Alzheimer.

L'étude reste observationnelle et ne permet pas d'établir de lien de cause à effet. La consommation de fromage n'a été mesurée qu'une seule fois, au début du suivi, sans quantité précise ni évolution dans le temps. La démence, elle, a été repérée via les certifications administratives d'assurance dépendance, un indicateur courant au Japon mais distinct d'un diagnostic clinique.

Les chercheurs n'avaient pas non plus accès à des données sur le gène APOE ε4, connu pour augmenter le risque de maladie d'Alzheimer.

Le contexte japonais pèse aussi dans l'interprétation des chiffres. Au Japon, 12,3 % des personnes de plus de 65 ans vivent déjà avec la démence, dans un pays parmi les plus âgés au monde. Le fromage y reste marginal, avec une consommation moyenne de 2,7 kilogrammes par an et par personne, contre environ 26 kilogrammes en France.

À l'échelle mondiale, plus de 50 millions de personnes sont atteintes de démence selon l'Organisation mondiale de la santé, qui prévoit un triplement des cas d'ici 2050.

Les auteurs appellent à poursuivre les recherches sur les effets propres à chaque type de fromage, la durée de consommation et les interactions avec d'autres facteurs de risque. Ces travaux pourraient à terme nourrir des recommandations alimentaires ciblées pour le vieillissement cognitif, en particulier dans des pays où le fromage occupe une place plus importante dans l'assiette qu'au Japon.