Neuf heures pour un simple « tout va bien » : c'est le temps qu'il a fallu à New Horizons pour confirmer son réveil, à 9,5 milliards de kilomètres de la Terre. Sa prochaine mission ? Explorer une frontière que presque personne n'a jamais atteinte.
La Nasa a annoncé ce mardi 7 juillet le réveil de sa sonde New Horizons. Elle était plongée depuis près d'un an dans un sommeil programmé. L'annonce émane des équipes de l'Applied Physics Laboratory (APL) de Johns Hopkins, qui pilotent la mission depuis son lancement. La sonde évolue aujourd'hui à 9,5 milliards de kilomètres de la Terre. C'est bien au-delà de Pluton, et elle reprend ses observations scientifiques dans la ceinture de Kuiper.
Neuf heures pour confirmer le réveil de New Horizons
L'hibernation avait débuté le 7 août 2024. Elle aura duré exactement 321 jours. Les commandes de réveil, elles, avaient été enregistrées et transmises à l'ordinateur principal de la sonde dès juillet 2024.
Le 23 juin, New Horizons a exécuté ces instructions seule, sans qu'aucune intervention humaine en temps réel ne soit possible. À cette distance, un signal radio met 8 heures et 52 minutes pour parcourir le trajet, via une station du réseau Deep Space Network de la Nasa située près de Madrid. La confirmation du réveil a donc mis près de neuf heures à parvenir jusqu'au laboratoire Johns Hopkins.
321 rapports « au vert »
L'hibernation n'a rien d'un arrêt total. Il s'agit d'une procédure standard, destinée à préserver les ressources de la sonde durant les longues phases de croisière sans objectif scientifique immédiat. Pendant ces 321 jours, trois instruments sont pourtant restés actifs :
- le capteur de plasma héliosphérique Solar Wind at Pluto,
- le Pluto Energetic Particle Spectrometer Science Investigation,
- et le compteur de poussières spatiales Venetia Burney Student Dust Counter.
Tous trois ont continué de collecter et stocker des données en continu.
Chaque semaine, un rapport d'état automatique était transmis vers la Terre. Résultat : 321 rapports consécutifs au vert, sans la moindre anomalie détectée à bord. « Chaque rapport de statut durant cette période d'hibernation était au vert, ce qui signifie que tout allait bien à bord de New Horizons », a déclaré Alice Bowman, responsable des opérations de la mission à l'APL.
New Horizons a parcourue du chemin
New Horizons a décollé en janvier 2006 depuis la Floride, à bord d'une fusée Atlas V-551. Le lancement reste le plus rapide jamais enregistré pour une sonde spatiale : elle a quitté la Terre à 58 000 kilomètres par heure, une vitesse suffisante pour atteindre l'orbite de la Lune en seulement 9 heures.
En février 2007, un an après son départ, elle a frôlé Jupiter et rapporté des images inédites. Il lui a fallu près de neuf années supplémentaires pour rejoindre sa destination principale. En juillet 2015, elle a accompli la première exploration complète du système de Pluton, révélant une planète naine bien plus active géologiquement que prévu, avec des montagnes de glace et des plaines gelées.
Quatre ans plus tard, en janvier 2019, elle a survolé Arrokoth. C'est à ce jour le corps céleste le plus lointain jamais visité par une sonde spatiale. Depuis, New Horizons poursuit ses mesures de l'héliosphère externe et observe des dizaines d'autres objets de cette région.
Le réveil marque le début d'une nouvelle phase de travail pour les équipes au sol. Les données d'état et de sécurité sont rapatriées en priorité, suivies de celles accumulées par les trois instruments actifs pendant l'hibernation.
Dans environ trois semaines, le spectrographe ultraviolet Alice prendra le relais pour cartographier la distribution de l'hydrogène gazeux dans l'héliosphère externe. Une région que seules les sondes Voyager 1 et Voyager 2 ont traversée avant elle, sans disposer d'instruments aussi sensibles.
L'équipe au sol procède en parallèle à une mise à jour logicielle du système de contrôle. L'objectif final reste d'explorer le choc terminal. Cette frontière où le vent solaire ralentit brutalement sous la pression du milieu interstellaire, avant que New Horizons n'atteigne un jour l'héliopause elle-même.