Un parc Dragon Ball géant financé par l'Arabie saoudite pourrait bientôt voir le jour dans le Val-d'Oise, sur les ruines d'un ancien parc oublié. Mais tout le monde n'est pas emballé, loin de là.
Des discussions sont en cours entre les autorités françaises et Qiddiya Investment Company, société d'investissement saoudienne, pour implanter un parc d'attractions consacré au manga Dragon Ball dans le Val-d'Oise. Le site envisagé n'est autre que celui de l'ancien parc Mirapolis, à Courdimanche, dans l'agglomération de Cergy-Pontoise.
L'information, révélée par Politico, a été confirmée par l'AFP auprès d'une source proche du dossier, qui décrit un projet « très bien avancé ». Aucune annonce officielle n'a toutefois été faite. Qiddiya Investment Company est la filiale culture, sport et divertissement du fonds souverain saoudien Public Investment Fund, principal investisseur identifié dans ce dossier. Le montant reste inconnu, mais il pourrait dépasser le milliard d'euros selon Politico.
Plusieurs réunions ont eu lieu depuis avril entre l'Élysée, la région Île-de-France, les communes concernées, les agences d'attractivité française et francilienne, ainsi que Qiddiya Investment Company. Plusieurs ministres y auraient également participé, toujours selon Politico. Sollicité par l'AFP, l'Élysée n'a rien confirmé. La mairie de Courdimanche et l'agglomération de Cergy-Pontoise se sont tues elles aussi, tandis que les préfectures du Val-d'Oise et d'Île-de-France n'ont pas répondu.
Le choix de Dragon Ball n'est pas anodin : Qiddiya Investment bâtit déjà, en Arabie saoudite, un parc thématique consacré à l'œuvre d'Akira Toriyama. Le manga, arrivé en France dès 1987 avec le Club Dorothée, y bénéficie d'un lectorat particulièrement fidèle, le pays se classant juste derrière le Japon pour la lecture de mangas.
Sur le site de Mirapolis, l'histoire n'a pas toujours souri aux grands projets. Le parc avait ouvert ses portes en 1987 sous la protection d'une statue géante de Gargantua, mais n'avait attiré que 800 000 visiteurs sa première année, loin des 2 millions espérés. Concurrencé par l'ouverture du Parc Astérix, il a définitivement fermé en 1991, après quatre ans d'existence seulement.
Le Puy du Fou dénonce l'absence de projet français
Nicolas de Villiers, président du Puy du Fou et fils du fondateur du parc vendéen Philippe de Villiers, s'est ouvertement opposé à l'idée d'un parc financé par Riyad. Il justifie sa prise de parole par la nature du projet, dans un entretien à Apolline Matin : « Si l'ancien parc devenait un site industriel, je n'aurais pas de légitimité à m'exprimer, mais là, ça va devenir un site de loisirs ».
Il regrette surtout qu'aucun projet français ne soit sur la table : « En France, il y a des talents, des créatifs, toutes les compétences pour proposer un projet qui nous permette de continuer à aimer notre identité française », a-t-il déclaré, citant en exemple le succès des deux films consacrés au général de Gaulle, La bataille de Gaulle : l'âge de fer et sa suite J'écris ton nom.
Au micro de RMC, il a mis en garde contre une stratégie d'influence culturelle saoudienne, avertissant : « Ne laissons pas ces cultures étrangères prendre le pas ».
Les élus locaux réclament, eux, davantage de transparence. Aurélien Taché, député LFI du Val-d'Oise, a demandé au préfet de région une réelle concertation avec les élus, associations et habitants du territoire. Maryeme Bouslam, conseillère municipale d'opposition à Courdimanche, dénonce une méthode venue selon elle « de l'Élysée […] sans la concertation préalable des habitants, des communes avoisinantes et de leurs représentants » ; elle plaiderait plutôt pour un pôle culturel, universitaire ou de recherche sur ce site.
Un observateur du groupe communiste au conseil régional, resté anonyme, rappelle qu'une mauvaise desserte avait déjà plombé la fréquentation de Mirapolis.