La NASA a lancé un appel à candidatures pour recruter quatre volontaires prêts à passer un an enfermés dans un habitat simulant un aller-retour vers la Lune ou Mars, sans jamais quitter le sol texan. La mission, baptisée Moon and Mars Exploration Analog (MMEA), doit débuter en août 2027 au plus tôt, au Johnson Space Center, à Houston.

L'objectif est de tester équipages et technologies dans des conditions proches de celles d'une véritable expédition habitée. Un porte-parole de la NASA a expliqué à CNN que ce type de programme aide l'agence à cerner les risques et à mettre au point des contre-mesures pour améliorer les performances humaines lors des missions de longue durée.

« Les participants volontaires à la recherche contribuent grandement à la base de connaissances » nécessaire à ces futurs vols, a-t-il affirmé.

Ce n'est pas la première fois que la NASA organise ce genre d'expérience. En 2023, quatre volontaires avaient déjà vécu 378 jours dans un habitat martien reconstitué au sein du même centre spatial, dans le cadre du programme Chapea (Crew Health and Performance Exploration Analog).

Une deuxième mission d'un an, lancée en 2025, est encore en cours et doit s'achever le 31 octobre. Au total, l'agence a mené 28 simulations de transit et deux simulations d'habitat de surface. MMEA sera la première campagne à réunir les deux exercices, en combinant les dispositifs Hera (Human Exploration Research Analog) et Chapea.

Un vaisseau, puis une base martienne

Le programme s'étend sur 14 mois au total, dont douze mois de simulation proprement dite et deux mois de formation avant et après la mission. Il se découpe en trois segments.

Le premier consiste à vivre à l'intérieur d'un vaisseau spatial fictif de 60 m², reprenant l'habitat auparavant utilisé pour Hera, à deux étages et quatre ports. « Le premier segment se déroulera à l'intérieur d'un vaisseau spatial fictif […] où les volontaires vivront comme s'ils voyageaient de la Terre vers la Lune ou Mars », a détaillé à CNN la porte-parole de la NASA Kelsey Spivey. Chaque membre d'équipage y dispose d'un espace privé et d'une petite salle de bains.

Vient ensuite le segment de surface : une structure de plain-pied de 84 m² (900 pieds carrés), imprimée en 3D, actuellement occupée par la deuxième mission Chapea. Les volontaires y cultiveront des récoltes, surveilleront leur santé et s'entraîneront à des sorties extravéhiculaires sur un bac à sable reproduisant une surface planétaire.

Un module de rover, avec deux sièges, deux couchettes et des toilettes non à chasse d'eau, permettra de simuler des déplacements vers des sites d'exploration au-delà de l'habitat principal. Le troisième segment ramène l'équipage vers la Terre, à bord du même vaisseau simulé qu'à l'aller.

Cette édition se distingue des précédentes par son ambition. D'après Kelsey Spivey, les missions Chapea antérieures visaient à simuler « un habitat de surface plus vaste et bien établi », alors que MMEA reproduit « une phase plus précoce de l'infrastructure de surface martienne », ce qui permet aussi d'éclairer les objectifs à court terme d'une base lunaire.

Un an de sommeil décalé de 40 minutes

Un des paramètres étudiés touche à l'horloge biologique. Un jour martien, appelé « sol », dure environ 40 minutes de plus qu'une journée terrestre, un écart qui peut affecter le sommeil et d'autres aspects de la santé et de la performance de l'équipage.

Une sélection réservée à un profil précis

Candidater ne suffit pas : la NASA impose une liste de critères stricts. Il faut être citoyen américain ou détenteur d'une carte verte, âgé de 30 à 55 ans (des dérogations existent au-delà), mesurer au maximum 1,88 m et maîtriser l'anglais.

  • Un diplôme de licence en ingénierie, sciences biologiques, sciences physiques ou mathématiques est exigé, dans la lignée des qualifications demandées aux astronautes.
  • Un master ou un doctorat en sciences peut remplacer respectivement un ou trois ans d'expérience, et l'expérience militaire est également prise en compte.

Les candidats doivent aussi réussir un examen physique et psychologique, ne présenter aucune restriction alimentaire et n'avoir jamais souffert de somnambulisme ni pris de somnifères. La sélection s'étale sur plusieurs jours et les volontaires retenus seront rémunérés. Les employés civils et sous-traitants de la NASA doivent, eux, vérifier au préalable la politique de congé de leur entreprise.

« Manquer les anniversaires, les mariages, les funérailles »

Nathan Jones sait ce qui attend les futurs candidats. Ce médecin de l'Illinois, âgé de 43 ans, avait repéré un appel à volontaires en 2021 alors qu'il travaillait de nuit. Deux ans plus tard, il intégrait l'équipage de la première mission Chapea comme officier médical, à l'intérieur du « Mars Alpha Dune », l'habitat martien simulé de 158 m² (1 700 pieds carrés) du Johnson Space Center.

Dans un entretien accordé à CNN un lundi, il a raconté ce que représente une année coupée du monde : « C'était difficile de manquer des événements importants comme les anniversaires, les fêtes, les remises de diplômes, les funérailles et les mariages. » Le plus dur, dit-il, a été l'éloignement de sa femme et de ses enfants.

Côté quotidien, la nourriture NASA restait correcte mais répétitive. « Le menu est nécessairement limité, et rien n'était frais à part quelques légumes que nous cultivions », a-t-il expliqué. Et l'absence, pendant douze mois, de toute lumière naturelle a fini par lui manquer : « Pendant la mission, il n'y avait ni soleil ni vent. J'ai donc développé une nouvelle appréciation pour ce genre de choses une fois la mission terminée. »

Malgré ces privations, Jones affirme que l'expérience a renforcé son envie de devenir un jour astronaute, et qu'il resterait tenté par un vol commercial vers l'espace.