Un puits familial vieux de 140 ans devenu trouble, 96 millions de litres d'eau autorisés chaque année, une quinzaine d'agriculteurs inquiets pour leurs terres. Le conseil a tranché, mais la licence reste valide.
Le Southern Downs Regional Council a rejeté, le 25 février 2026, la demande d'aménagement déposée pour installer sur le site de Cherrabah Resort une usine d'extraction et de mise en bouteille d'eau souterraine à grande échelle. Le conseil justifie sa décision par l'atteinte portée au cadre rural du secteur et par l'absence de preuves techniques actualisées sur les conséquences possibles pour les nappes souterraines, rapporte le Times of India.
La décision tombe un jour après que des agriculteurs de la région ont exprimé publiquement leurs inquiétudes sur le projet. Elle ne change toutefois rien à la licence d'État déjà accordée à l'entreprise, qui l'autorise à extraire jusqu'à 96 millions de litres d'eau souterraine par an.
Une licence toujours valide, passée de 25 à 96 millions de litres
Le site, situé près de Warwick, à environ 180 kilomètres au sud-ouest de Brisbane, appartient à Joyful View Garden Real Estate Development Resort Co Pty Ltd. Le gouvernement du Queensland lui avait accordé, à la fin des années 2000, une licence commerciale d'extraction fixée initialement à 25 millions de litres par an.
Ce plafond a ensuite été relevé à 96 millions de litres sous l'ancien gouvernement travailliste, un volume que l'entreprise peut utiliser à diverses fins, dont l'approvisionnement du complexe touristique. Cette licence couvre l'extraction elle-même ; c'est un processus distinct, l'examen de la demande d'aménagement par le conseil, qui concentre le litige.
Pour James Lister, élu local, l'augmentation initiale de la licence d'eau de Cherrabah de 25 millions de litres à 96 millions de litres était une mauvaise décision, mais c'est le gouvernement travailliste qui l'a approuvée, et c'est désormais au conseil de traiter la demande en cours. Au 24 février 2026, l'extraction commerciale n'avait toujours pas commencé sur le site.
Le puits familial devenu trouble
L'agriculteur Keogh affirme que le puits utilisé par sa famille depuis environ 140 ans, et qui a servi plusieurs générations, est devenu boueux et laiteux en 2019, peu après des tests de pompage menés sur la propriété voisine, celle de Cherrabah Resort. Avant cela, dit-il, l'eau était claire. Depuis, il a cessé d'en boire.
Le puits a mis plusieurs mois à retrouver un état normal, et il a fallu de bonnes précipitations pour qu'il se recharge, raconte Keogh. Il reste prudent sur la cause exacte : la simple succession des événements ne suffit pas à établir un lien entre le test de pompage et la détérioration de son eau.
Un changement de clarté peut signaler des sédiments en suspension ou d'autres soucis de qualité, mais seules des analyses permettraient d'en identifier l'origine précise. Keogh dépend de puits alimentés par des sources pour abreuver son bétail, irriguer ses cultures et couvrir les besoins quotidiens de son exploitation. Il craint que le projet d'expansion n'ajoute une pression supplémentaire sur cette ressource.
Une seconde demande qui change la vocation du site
Le conseil avait pourtant donné son feu vert en 2019 à une première demande d'installations d'extraction et de purification d'eau à Cherrabah. Cette approbation était intervenue en pleine sécheresse sévère, suscitant déjà des objections de résidents inquiets de voir prélever de grands volumes d'eau souterraine dans une région aride.
En septembre 2025, l'entreprise a déposé une nouvelle demande, cette fois pour ajouter des installations de fabrication, de stockage et d'exportation de bouteilles. Ce changement ferait basculer le site d'un usage rural vers une zone industrielle à fort impact. C'est précisément cette demande que le conseil a rejetée le 25 février.
Plus d'une douzaine d'agriculteurs mobilisés
Plus d'une douzaine d'agriculteurs s'opposent à cette extension, par crainte pour leurs approvisionnements en eau et d'une aggravation des conditions de sécheresse. Réunis régulièrement depuis la fin de l'année 2025, notamment dans la vallée d'Elbow Valley où plusieurs propriétés dépendent de sources locales, ils réclament une intervention politique.
Andrew O'Dea, agriculteur de la région, redoute l'arrivée d'une activité industrielle en zone rurale et s'interroge sur l'ampleur des bâtiments prévus et les mouvements de camions attendus. Il a confié qu'il pouvait voir que la région entrerait en sécheresse un an plus tôt que d'habitude, et qu'elle n'en sortirait pas un an plus tard car cela prendrait beaucoup plus de temps pour que l'eau de source se recharge.
Un volume jugé modeste par un expert, mais une maire vigilante
L'entreprise s'appuie sur un rapport hydrologique soumis au conseil en 2019, selon lequel les eaux souterraines de l'aquifère de roche fracturée des granites de Stanthorpe ne sont pas reliées aux nappes alluviales et perchées utilisées par les exploitations locales. Ce document n'établissait pas que l'extraction proposée avait déjà abîmé des puits voisins, l'extraction commerciale n'ayant pas encore démarré sur le site à l'époque. Sur cette base, l'entreprise a toujours soutenu que son extraction n'affecterait pas les propriétés voisines.
Matt Donovan, consultant en eau et avocat dirigeant Queensland Water Consultancy, relativise l'ampleur du projet : selon lui, 96 millions de litres par an représentent un volume relativement faible à l'échelle de l'usage commercial de l'eau dans l'État, comparable à l'irrigation d'une culture d'environ 20 hectares.
Il rappelle aussi que l'entreprise dispose d'une autorité légale pour extraire cette eau au titre de sa licence. L'effet réel d'un pompage dépend toutefois de la source, de la géologie locale, de la relation entre les aquifères et du rythme de réalimentation en eau, des paramètres locaux qui nourrissent justement les craintes des agriculteurs pour les périodes de sécheresse.
La maire Melissa Hamilton attend que le département compétent prenne la mesure des inquiétudes locales. Elle a déclaré espérer que toutes les préoccupations soulevées par les résidents, y compris concernant le taux de réalimentation de l'aquifère, soient correctement prises en compte par le département.