L'Union européenne a tranché : Google doit ouvrir Android et les données de son moteur de recherche à ses concurrents, y compris les services d'intelligence artificielle, rapporte Presse Citron. La Commission européenne a rendu deux décisions distinctes ce jeudi, en vertu du Digital Markets Act (DMA), le règlement qui encadre les géants du numérique.

Bruxelles avait déjà emprunté cette voie avec Meta : une enquête antérieure avait contraint WhatsApp à autoriser les concurrents de Meta AI sur sa plateforme.

La première décision vise le système d'exploitation mobile de Google. Onze fonctions d'Android, celles-là mêmes qui font tourner Gemini, l'assistant maison de Google, devront être ouvertes aux services d'IA rivaux. Concrètement, les utilisateurs pourront activer un assistant concurrent à la voix, sur le modèle de la commande Hey Google, pour commander un taxi ou chercher une adresse, comme c'est déjà possible avec Gemini.

Sur un smartphone Android, l'assistant de Google se lance en appuyant longuement sur le bouton d'alimentation ou en disant « Hey Google ». Il profite aussi d'une fonction baptisée Entourer pour chercher, qui lui permet de voir plus librement ce qui se passe sur l'écran, un avantage dont ne disposent pas par défaut des concurrents comme ChatGPT ou Claude.

La Commission détaille dans un communiqué ce que ce changement permettra : « les utilisateurs pourront utiliser des assistants d'IA tiers pour effectuer des actions dans les applications en leur nom. Par exemple, ils pourront déléguer des tâches, telles que la réservation d'un taxi, recevoir des suggestions de réponses pertinentes dans les applications de chat ou demander à l'assistant d'IA un lieu récemment visité. » Ces nouveautés doivent profiter aux utilisateurs à partir de juillet 2027, au rythme des mises à jour du système.

Les données de recherche partagées dès janvier 2027

La seconde décision oblige Google à partager avec les moteurs de recherche concurrents des données anonymisées issues de son moteur de recherche : classement, requêtes, clics et pages vues. Fait notable, les chatbots d'IA dotés d'une fonction de recherche pourront eux aussi en bénéficier, à l'image de Bing, DuckDuckGo ou d'un service de recherche par IA.

Sans ces données, aucun concurrent ne peut entraîner un moteur de recherche capable de rivaliser avec Google Search, qui traite chaque jour un volume de requêtes qu'aucun autre acteur ne collecte à cette échelle. Le partage doit démarrer en janvier 2027.

Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la concurrence, présente ces décisions comme un moyen de donner enfin le choix aux utilisateurs tout en protégeant leurs données. Elle assure que la mesure « aidera les petits concurrents, les moteurs de recherche ou les assistants d'IA à rivaliser et à offrir ce choix, tout en protégeant la vie privée de l'utilisateur ».

Google conteste les deux décisions. Kent Walker, président des affaires mondiales de l'entreprise, estime qu'elles menacent la vie privée et la sécurité de millions d'Européens, rappelant que Google avait déjà proposé des solutions alternatives pour respecter les objectifs du DMA. La Commission balaie cet argument.

Google peut encore porter l'affaire devant le Tribunal de l'Union européenne. Un éventuel recours ne suspendrait toutefois pas l'application des décisions : l'entreprise devra s'y conformer en attendant le verdict.