Un Airbus A320 de la compagnie Batik Air assurant la liaison entre Kendari et Jakarta a volé pendant 28 minutes avec ses deux pilotes endormis en même temps, alors que l'appareil évoluait en pilote automatique à 36 000 pieds (environ 10 973 mètres), raconte le Times of India. L'avion transportait 153 passagers et 6 membres d'équipage, soit 159 personnes au total.

L'incident s'est produit le 25 janvier 2024, lors du vol BTK6723, un trajet de 2 heures et 35 minutes entre Kendari, dans le Sulawesi du Sud-Est, et la capitale indonésienne. Environ 90 minutes après le décollage, le commandant de bord, âgé de 32 ans, a demandé au copilote, 28 ans, la permission de se reposer les yeux. Ce dernier a accepté de surveiller seul l'appareil, avant de s'endormir à son tour.

Pendant près d'une demi-heure, l'avion a volé sans surveillance humaine, uniquement maintenu en croisière par le pilote automatique. Il a alors dérivé de sa route assignée, l'automatisme conservant un cap fixe différent de la trajectoire prévue. Le contrôle aérien de Jakarta a tenté à plusieurs reprises de joindre l'équipage, sans succès.

C'est finalement le commandant qui s'est réveillé le premier : constatant que son copilote dormait également et que l'appareil ne suivait plus sa route, il l'a réveillé, a répondu au contrôle aérien et corrigé la trajectoire. L'avion a atterri sans incident, sans aucun blessé.

Une fatigue liée à l'arrivée de jumeaux, jamais signalée avant le vol

Le copilote était en bonne santé, mais gravement en manque de sommeil. Devenu père de jumeaux âgés d'un mois, il avait vu la qualité de son sommeil se dégrader à cause de réveils répétés dans les jours précédant le vol.

Ce jour de repos, il s'était levé pour aider son épouse avec les bébés. Le 25 janvier, il s'est réveillé vers minuit pour se préparer, signant son entrée au bureau des opérations de vol, avant de passer l'examen médical de la compagnie.

Le copilote n'a pas signalé à quel point il était fatigué avant le vol. Les deux pilotes avaient pourtant été déclarés aptes lors du contrôle de routine effectué le matin même : tension artérielle normale, alcootest négatif, certificat médical de première classe sans restriction pour le copilote. Ce type de contrôle évalue le corps, rythme cardiaque, tension, vue, mais ne mesure jamais la qualité du sommeil de la nuit précédente.

Les procédures de Batik Air exigeaient déjà que les membres d'équipage prennent en compte la fatigue avant d'assurer un vol, et son manuel stipulait qu'un pilote ne devait pas voler s'il jugeait son bien-être physique ou mental susceptible de le rendre dangereux.

Mais la liste de contrôle personnelle de la compagnie, dite IM SAFE, manquait de directives suffisamment détaillées pour évaluer ce type d'altération. La compagnie demandait par ailleurs une vérification du poste de pilotage toutes les 30 minutes, sans préciser lequel des deux pilotes en avait la charge. Une lacune qui explique en partie pourquoi le contrôle aérien est resté sans réponse durant 28 minutes.

Le comité de sécurité indonésien parle d'une fatigue non gérée

L'enquête préliminaire, menée par le Comité national indonésien de sécurité des transports (KNKT), a attribué l'incident à une fatigue non gérée. Les enquêteurs y voient un problème systémique plutôt qu'un cas isolé, découlant de règles de repos qui reposent sur l'auto-déclaration des pilotes fatigués. Le KNKT a recommandé à Batik Air d'établir des procédures détaillées précisant qui doit effectuer les vérifications du cockpit et comment elles doivent se dérouler.

Les autorités indonésiennes ont réprimandé Batik Air et les deux pilotes ont été suspendus temporairement. Maria Kristi Endah Murni, directrice générale des transports aériens en Indonésie, a indiqué que les autorités examineraient les opérations de vols de nuit liées à la gestion du risque de fatigue, chez Batik Air comme chez d'autres exploitants. La compagnie a de son côté affirmé disposer d'une politique de repos adéquate et s'être engagée à appliquer les recommandations de sécurité.

Après l'incident, Batik Air a publié des rappels à destination des pilotes et du personnel navigant commercial, insistant sur la nécessité d'un repos suffisant avant les vols matinaux et sur l'usage systématique de la liste de contrôle IM SAFE avant chaque prise de service.