Une étude menée par Antonio Caruso en 2024 éclaire la formation de la mer Méditerranée. Les chercheurs y décrivent un événement survenu il y a 5,3 millions d'années, le Zanclean Megaflood. Ce récit remet en cause les hypothèses précédentes sur l'évolution géologique de la région et pourrait servir à d'autres domaines des sciences de la Terre.

Une inondation gigantesque

Une équipe internationale, avec des chercheurs de l'Université de Southampton, du Monterey Bay Aquarium Research Institute et de l'Université de Catania, a reconstitué l'événement. Le Zanclean Megaflood aurait provoqué une montée des eaux qui a rempli la Méditerranée, alors asséchée, en quelques années seulement. Cette phase correspond à la fin de la crise de salinité messinienne, pendant laquelle le bassin méditerranéen s'était transformé en une cuvette de sel après la fermeture du lien avec l'océan Atlantique, sous l'effet de mouvements tectoniques.

Avant l'inondation, le niveau d'eau de la Méditerranée avait baissé de plus de 1 500 mètres, laissant à sec les fonds marins et formant des lacs hypersalins couverts d'évaporites messiniennes (dépôts de sel). La réouverture du détroit de Gibraltar a alors laissé l'eau de l'Atlantique se déverser en masse, avec une différence de hauteur entre les deux bassins estimée à 1 400 mètres. Les vitesses d'écoulement à Gibraltar dépassaient 40 mètres par seconde, et le débit simulé atteignait 13 Sverdrups (1 Sverdrup = 10⁶ m³/s). Ce débit a provoqué un effondrement hydraulique et creusé un large chenal sous-marin.

Ce que disent les reliefs et les sédiments

Les chercheurs ont repéré des traces nettes de cette inondation, surtout au sud-est de la Sicile, au-dessus du plateau Hybléen. Le relief y compte plus de 300 crêtes orientées à environ 40° vers le nord-est, une asymétrie morphologique qui trahit le passage d'un flux turbulent. Sous des marnes messiniennes, ils ont mis au jour un canal enfoui, large de 8 à 20 km et profond jusqu'à 270 mètres, qui a servi de conduit érosif et confirme l'intensité du phénomène.

Dans le bassin ionien, une unité sédimentaire de 15 000 km², nommée « unité 2 », présente une structure acoustiquement chaotique, signe d'un dépôt rapide produit par un tel flux.

Ce que ça change ailleurs

Pour Daniel Garcia-Castellanos, l'un des géologues impliqués, ce phénomène, comparé à une « chute d'eau planétaire », impose de revoir l'histoire géologique de la Méditerranée. Ces découvertes remettent en question l'idée d'une reformation lente de la mer et modifient notre compréhension de la géographie sous-marine actuelle et des cycles du sel. Elles pourraient aussi aider à repérer des traces semblables d'inondations massives ailleurs sur la planète. L'étude, publiée en 2024 dans la revue Communications Earth & Environment, remet en cause les théories antérieures.