Pendant longtemps, l’entrée dans la vie adulte relevait d’un apprentissage presque implicite. On apprenait à gérer un budget par nécessité, à cuisiner par contrainte, à se débrouiller par mimétisme ou par erreur. Une série de compétences anodines, rarement enseignées formellement, mais qui formaient malgré tout le socle de l’autonomie. Aujourd’hui, ce socle semble plus fragile que jamais, alors que ces gestes, longtemps considérés comme allant de soi, tendent à se raréfier chez une majeure partie de la gen Z.

La gen Z en difficulté à l'arrivée dans la vie adulte

Nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, ces jeunes adultes arrivent sur le marché du travail, et plus largement dans la vie autonome, avec un véritable sentiment de décalage. Moins préparés, plus anxieux face aux responsabilités du quotidien, certains peinent à se projeter dans une vie pleinement indépendante. Le passage à l’âge adulte s’est alors transformé en saut brutal pour la gen Z, et ce sans phase intermédiaire. Une situation souvent attribuée à un ensemble de causes : scolarité perturbée par la crise sanitaire, allongement de la dépendance familiale, mais aussi une omniprésence des outils numériques. S'ils simplifient beaucoup de choses, ces derniers ne permettent pas d'apprendre grand-chose. Résultat, gérer un logement, planifier des dépenses ou simplement organiser son quotidien devient une source d’angoisse pour la gen Z.

Ce n’est pas un obstacle insurmontable en soi, mais une accumulation de micro-difficultés qui finissent par peser lourd sur leur mental. Plusieurs études soulignent d’ailleurs le lien entre cette fragilité de l’autonomie et les difficultés rencontrées par la gen Z dans les études supérieures. Interrogé par le média canadien CBC, un étudiant torontois résumait la situation avec une franchise désarmante. « Je ne sais pas comment changer un pneu. Je n’ai pas de voiture du tout. Je ne sais pas comment coudre. En fait, je ne sais pas faire beaucoup de choses, à part cuisiner », explique-t-il.

Jeune femme Gen Z au bureau.
© Vitaly Gariev.

Des cours pour apprendre les choses "simples" de la vie

Le phénomène dépasse largement les frontières nord-américaines. En France, plusieurs études ont déjà souligné l’impact direct de l’autonomie (financière, et organisationnelle) sur la réussite des étudiants issus de la gen Z. Apprendre à vivre seul ne va plus de soi, et l’apprentissage se fait souvent dans l’urgence, voire dans la difficulté. Face à ce constat, certaines institutions nord-américaines ont choisi de s’adapter plutôt que de moraliser. Des universités proposent désormais des modules consacrés (Adult 101), à ce que l’on appelait autrefois simplement « se débrouiller ». Organisation domestique, bases de la nutrition ou gestion financière sont autant de savoirs pratiques désormais formalisés dans un programme accessible aux étudiants de la gen Z. La France semble plus épargnée que l’Amérique du Nord et de tels dispositifs se font encore très rares chez nous.

Source : CBC