728 000 cartouches enterrées, une tempête de sable, et un seul exemplaire d'*E.T.* adjugé 1 535 dollars. La légende urbaine la plus folle du jeu vidéo cachait une vérité bien plus étonnante que prévu.
En 1983, Atari a fait rouler 14 camions chargés de cartouches de jeux vidéo et de matériel informatique jusqu'à une décharge d'Alamogordo, au Nouveau-Mexique. Parmi le chargement : des exemplaires d'E.T. l'Extra-Terrestre, mais aussi de Pac-Man et de Ms. Pac-Man. En 2014, plus de 800 de ces cartouches, retrouvées lors d'une fouille archéologique, ont été vendues aux enchères pour plus de 100 000 dollars, raconte le Times of India.
Un porte-parole d'Atari avait alors expliqué, dans un rapport publié le 28 septembre 1983, qu'il s'agissait de simples composants défectueux mis au rebut. La réalité était différente : le matériel venait de l'usine Atari d'El Paso, au Texas, submergée par des retours de vente fonctionnels que l'entreprise ne pouvait plus se permettre de stocker. Les palettes ont fini par être transportées jusqu'à cette décharge du Nouveau-Mexique, jugée moins accessible aux pilleurs.
Un accord de licence que l'entreprise ne pouvait pas tenir
E.T., sorti pour la saison des achats de Noël, est devenu le symbole des difficultés d'Atari. Selon le National Museum of American History, de la Smithsonian Institution, le programmeur Howard Scott Warshaw n'a disposé que de cinq semaines et demie pour boucler le jeu, contre six à neuf mois habituellement.
Atari devait en vendre environ 4 millions d'exemplaires pour rentabiliser l'accord de licence passé sur le film de Steven Spielberg. Les ventes sont restées très en deçà.
La console Atari VCS, rebaptisée par la suite Atari 2600, affrontait déjà l'Intellivision de Mattel et la ColecoVision de Coleco, pendant que des éditeurs indépendants inondaient le marché de nouveaux titres. Le krach du jeu vidéo qui a suivi n'a pas eu une seule cause. Mais l'échec d'E.T. en est resté le symbole le plus visible, au point que la légende a fini par attribuer à ce seul jeu l'intégralité de l'enfouissement du Nouveau-Mexique.
Douze camions et 728 000 cartouches, selon un ancien d'Atari
James Heller, employé d'Atari chargé à l'époque de l'élimination des cartouches, a apporté des précisions supplémentaires. Interrogé par un blog spécialisé dans les objets liés à Atari, il a expliqué qu'en 1983, 12 camions transportant au total 728 000 cartouches avaient été déversés sur une zone d'environ 15 par 30 mètres.
Après le troisième jour de déversement, six chargements de béton ont même été coulés sur le site, des enfants ayant été surpris en train de fouiller les ordures pour récupérer des jeux. Même cette quantité n'a pas suffi à tout recouvrir.
Fuel Entertainment a saisi l'occasion en 2013 pour lancer un projet documentaire sur la chute d'Atari. Joe Lewandowski, entrepreneur local en gestion des déchets, qui avait lui-même assisté au déversement de 1983, a guidé l'équipe vers la zone probable d'enfouissement. Il savait que les archéologues ne pourraient fouiller qu'environ 1,3 % de la surface totale de la décharge.
L'excavation a eu lieu le 26 avril 2014, avec des cinéastes, des archéologues et d'autres professionnels. L'autorisation ne portait que sur deux jours et sur 2 hectare parmi les 121 hectares que compte le site. Les équipes ont creusé à plus de 9 mètres de profondeur.
Une tempête de sable, la pire de l'année selon les fouilleurs, a fini par stopper les recherches. La toute première découverte fut un exemplaire en boîte d'E.T., accompagné de son mode d'emploi, d'un catalogue et d'un encart pour Les Aventuriers de l'Arche perdue.
Au total, 1 382 cartouches ont été remontées à la surface dans ce temps limité. La ville d'Alamogordo a par ailleurs indiqué qu'environ 1 300 cartouches avaient été récupérées. Parmi elles, des exemplaires d'E.T., Asteroids, Pac-Man, Centipede et Defender, ainsi que du matériel informatique Atari, preuve que le site n'était pas un cimetière consacré au seul E.T.
En septembre 2014, la ville a voté la mise aux enchères de 800 cartouches. Deux mois plus tard, la Tularosa Basin Historical Society en a mis une centaine sur eBay, certificats d'authenticité à l'appui, avec des enchères de départ comprises entre 50 et 100 dollars.
En août 2015, Ars Technica a fait le bilan : 881 cartouches vendues au total pour 107 930,15 dollars. La ville d'Alamogordo en a récupéré environ 65 000, le reste étant allé à la société historique locale. La cartouche la plus chère de la vente fut un exemplaire d'E.T., adjugé 1 535 dollars.
Fuel Entertainment a de son côté offert une cartouche d'E.T. au Smithsonian. Elle est conservée, sans être exposée, au National Museum of American History.