Elon Musk a affirmé que ce serait le produit le plus difficile à industrialiser que Tesla ait jamais fabriqué. Cette déclaration, prononcée lors de la conférence téléphonique sur les résultats du deuxième trimestre de Tesla, un mercredi, tranche avec le ton habituel du patron de l'entreprise et de SpaceX. D'ordinaire prompt aux annonces spectaculaires, il a cette fois choisi la prudence pour parler de son robot humanoïde Optimus.

Une main humaine incroyable et aucune chaîne d'approvisionnement

Musk a détaillé les obstacles un par un. Il veut qu'Optimus atteigne au moins la dextérité d'un être humain, un objectif qu'il juge redoutable : « la main humaine est une chose incroyable », rapporte Gizmodo, avant d'ajouter qu'aucune entreprise de robotique n'est jamais parvenue à la reproduire.

Il n'existe aucune chaîne d'approvisionnement pour ce type de machine, a-t-il rappelé, obligeant Tesla à en bâtir une de toutes pièces et à produire certaines pièces en interne. Le robot compte environ 10 000 pièces uniques. Contrairement aux fabricants chinois, qui s'appuient sur la chaîne d'approvisionnement existante des smartphones pour leurs actionneurs et moteurs de précision, Tesla part de zéro.

L'entreprise doit aussi sécuriser des processeurs d'intelligence artificielle auprès de partenaires comme Samsung et TSMC, et « résoudre les problèmes de mémoire, de logique et de packaging ». Musk a résumé la difficulté par une formule sobre : « tout, sur le robot, est nouveau ». Face à ses interlocuteurs, il a insisté vouloir calibrer correctement les attentes, une précaution qui détonne chez un dirigeant coutumier des calendriers ambitieux.

Le vocabulaire de la production de masse a disparu

Quelques mois plus tôt, Musk assurait pourtant qu'Optimus serait « le plus important produit de tous les temps », promettant l'arrivée prochaine de millions d'unités. En juillet 2025, il s'était même dit prêt à être « choqué » si Tesla ne produisait pas 100 000 robots par mois d'ici cinq ans.

En janvier 2026, il avait déjà reconnu que zéro robot Optimus effectuait un travail utile dans les usines du groupe, plus d'un millier d'unités Gen 3 se contentant de collecter des données d'entraînement à Fremont et à la Gigafactory Texas.

Le changement de ton se lit aussi dans les documents financiers : les références à une production en volume et de masse d'Optimus, encore présentes lors de la présentation du premier trimestre, ont disparu de celle du deuxième trimestre. Tesla a par ailleurs cessé de promettre une date de début de production à grande échelle.

Le président de Tesla pour la Chine avait pourtant décrit la Gigafactory de Shanghai comme une « clé d'or » pour la fabrication en masse du robot, alors que cette usine n'a pas encore lancé la production.

L'enjeu financier dépasse la seule communication. L'accord de rémunération de Musk prévoit qu'une partie de son versement dépende de la livraison d'un million de robots Optimus en une décennie, un objectif qui contraste désormais avec ses propres mises en garde sur la lenteur attendue de la montée en cadence.

Cette prudence intervient alors que Tesla prévoit de dépenser plus de 25 milliards de dollars en investissements en 2026, et envisage d'emprunter jusqu'à 30 milliards de dollars supplémentaires pour financer sa transition vers l'intelligence artificielle et la robotique, aux côtés des robotaxis Cybercab et de ses puces maison. Les dépenses d'investissement ont déjà bondi à près de 6 milliards de dollars sur le seul deuxième trimestre.

Les résultats du trimestre encaissent le choc de cette stratégie. Le chiffre d'affaires atteint 28 milliards de dollars, en hausse de 26 % sur un an, mais le bénéfice ajusté par action ressort à 33 cents, très en dessous des 51 cents attendus par les analystes.

Le résultat opérationnel chute de 57 %, et le flux de trésorerie disponible devient négatif, à 1,1 milliard de dollars. L'action Tesla a reculé d'environ 7 % en avant-bourse mercredi, et a chuté de 14 %.