23 téraoctets envolés, un site défiguré et des chiffres glaçants : jusqu'à 50 000 soldats russes tués par mois selon des pirates. Rosstat dément, mais que cachent vraiment ces documents confidentiels ?
L'agence russe des statistiques d'État, Rosstat, a annoncé dimanche 1ᵉʳ novembre 2026 que ses sites web avaient été visés par une cyberattaque coordonnée. Des pirates informatiques affirment avoir dérobé 23 téraoctets de données, parmi lesquelles des informations sur les pertes russes dans la guerre en Ukraine. Selon l'agence, les attaques se sont déroulées entre le 29 octobre et le 1ᵉʳ novembre.
Le site principal de Rosstat a été défiguré, remplacé par des messages et des logos des assaillants. Un texte en biélorusse, traduit en anglais, est apparu à la fois sur le portail central et sur des pages régionales : « Personne n'échappera à ses responsabilités ».
Deux groupes revendiquent l'opération : les Belarusian Cyber Partisans et Silent Crow. Tous deux sont classés comme organisations extrémistes et interdits en Russie. Ils affirment avoir eu accès non seulement au siège central de Rosstat, mais aussi à ses antennes régionales et au Centre interrégional principal de traitement et de diffusion de l'information statistique.
Silent Crow dit avoir pris le contrôle d'environ 25 000 ordinateurs. Les hackers évoquent l'effacement de pans entiers de l'infrastructure informatique de l'agence, dont plusieurs systèmes internes nommés STATEK, CSOD ou encore StatRegister.
Rosstat, de son côté, dément toute fuite de bases de données ou d'informations légalement protégées. L'agence affirme, d'après des informations communiquées au site RBC, que ses systèmes de surveillance ont repéré l'activité suspecte à temps pour permettre à son personnel de réagir rapidement.
Jusqu'à 50 000 soldats russes tués par mois, selon les hackers
Les groupes assurent que les fichiers exfiltrés comprennent des documents marqués à usage officiel uniquement, portant sur les pertes militaires russes, ainsi que des statistiques démographiques et économiques. Un graphique diffusé par les pirates suggère que, sur les deux dernières années, entre 25 000 et 50 000 soldats russes auraient été tués chaque mois.
Le chiffre d'octobre 2026 serait juste en dessous de 50 000, si l'authenticité de la fuite se confirme. Ces affirmations n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Rosstat a cessé de publier ses statistiques annuelles sur les causes de décès depuis 2024. Sa méthodologie officielle prévoit pourtant une catégorie spécifique pour les décès résultant d'opérations militaires. D'autres données permettant d'évaluer l'impact du conflit ont, elles aussi, disparu de l'accès public ces dernières années.
Les deux groupes ne sont pas des nouveaux venus. Ils avaient déjà revendiqué, en juillet 2025, le piratage des systèmes informatiques d'Aeroflot, qui avait provoqué des perturbations majeures et conduit les procureurs russes à ouvrir une enquête criminelle pour accès non autorisé.
En janvier 2025, Silent Crow avait aussi affirmé avoir volé une base de données de deux milliards d'enregistrements sur des propriétaires immobiliers, tirée du registre d'État Rosreestr, qui avait démenti toute fuite malgré des vérifications partielles effectuées par des journalistes.
Les Belarusian Cyber Partisans promettent de partager davantage d'informations une fois qu'ils les auront analysées.