En 1940, l'université d'Oglethorpe scellait à Atlanta une capsule temporelle prévue pour n'être rouverte qu'en l'an 8113. Retour sur la « Crypte de la civilisation », un message adressé à des humains éloignés de plus de six mille ans.

En 1940, un chantier peu commun s'achève à Atlanta, en Géorgie. La « Crypte de la civilisation » est une capsule temporelle pensée pour être ouverte par des historiens de l'an 8113. Le projet est porté par Thornwell Jacobs, président de l'université d'Oglethorpe. Il veut conserver des traces de la culture et des techniques du XXe siècle. L'idée reprend le principe des nécropoles de l'Égypte antique : transmettre un patrimoine à des descendants très éloignés dans le temps.

Une idée née de l'Antiquité

Jacobs s'intéresse de près aux découvertes archéologiques, en particulier aux nécropoles égyptiennes. Il pense à la Vallée des Rois et à ses soixante tombes, dont celle de Toutankhamon, mise au jour en 1922 par Howard Carter. Il fait le rapprochement entre ces sépultures et sa capsule temporelle. Jacobs la conçoit comme une chambre funéraire moderne destinée, elle aussi, à livrer son contenu bien plus tard.

Ce goût pour l'archéologie s'accompagne d'un regret, qu'il formule ainsi : « Sans une catastrophe naturelle telle que l'éruption du Vésuve, les splendeurs de Pompéi et d'Herculanum n'auraient jamais été révélées à nos yeux. », cite Ouest France.

La crypte se trouve sous le bâtiment Phoebe Hearst Hall de l'université d'Oglethorpe. Elle a été scellée le 25 mai 1940 et son ouverture est fixée au 28 mai 8113, soit 6 088 ans après le scellement. Un premier calcul donnait un écart de 6 177 ans, obtenu à partir de la différence entre l'établissement du calendrier égyptien et l'année 1936, date de lancement du projet.

Pensée pour durer des millénaires

La crypte a été construite pour traverser les siècles. Une ancienne piscine a été transformée en une pièce hermétique de 20 m², aux murs recouverts d'émail et remplie d'azote inerte pour préserver son contenu. Une porte scellée en acier inoxydable en ferme l'accès.

Le contenu couvre large et donne une image de la vie et des techniques du XXe siècle. On y trouve des textes religieux, dont la Bible et le Coran, et des œuvres littéraires comme L'Iliade d'Homère et L'Enfer de Dante. Le scénario original du film Autant en emporte le vent y figure aussi. Des millions de pages ont été microfilmées pour tenir dans l'espace disponible. S'y ajoutent des enregistrements audio de chefs d'État de l'époque : Staline, Hitler, Roosevelt et Mussolini.

Des objets du quotidien pour décrire une époque

La crypte ne se limite pas à des documents. Elle rassemble aussi des objets de tous les jours. Un fil dentaire, un grille-pain électrique, une bouteille de bière Budweiser et une reproduction miniature d'une maison américaine de l'époque. On y a glissé des jouets, comme des poupées des années 1930 et une figurine de Donald Duck. Mais aussi plusieurs appareils : une calculatrice, une radio, un téléphone et une télévision.

En scellant cette crypte, Jacobs voulait s'adresser directement aux habitants du 82e siècle. Il parie qu'ils sauraient encore l'ouvrir et déchiffrer ce qu'elle protège. Le choix des pièces en dit finalement autant sur le message que sur l'époque qui l'a composé. À travers ses textes sacrés, ses films et son grille-pain, c'est le XXe siècle qui a décidé de la façon dont il voulait être vu dans six mille ans.