Aujourd'hui encore, il suffit de voir Clint Eastwood avec un poncho sur les épaules, un cigare au coin des lèvres et un regard plissé face au soleil pour se rappeler à quel point le western spaghetti a redéfini l'imaginaire du cinéma américain. Pourtant, au milieu des années 60, l'acteur était loin d'être la légende intouchable que l'on connaît aujourd'hui. Et surtout, ses débuts chez Sergio Leone se sont déroulés dans un chaos suffisamment mémorable pour qu'il lâche plus tard une phrase marquante : « Je le dis avec tout le respect du monde, mais je sais de quoi je parle quand je dis qu'il ne faut jamais faire confiance à personne dans un film italien. »

L'histoire derrière une grande citation de Clint Eastwood

À cette époque, Clint Eastwood sort tout juste de plusieurs années passées dans la série Rawhide, où il incarnait le cowboy Rowdy Yates. Le programme est populaire, mais l'acteur reste coincé dans une image de héros de télévision parmi tant d'autres. Hollywood produit encore des westerns à la chaîne, mais le genre commence déjà à s'essouffler. C'est alors qu'un réalisateur italien encore relativement peu connu vient bouleverser sa carrière, Sergio Leone. Le cinéaste prépare ce qui deviendra plus tard la mythique « Trilogie du dollar », mais il peine à convaincre les grandes stars américaines. Henry Fonda, Charles Bronson ou même James Coburn refusent successivement sa proposition.

Les westerns italiens traînaient en effet une réputation de productions fauchées, tournées à la va-vite et souvent considérées par Hollywood comme des sous-produits exotiques. Même l'agent de Clint Eastwood lui a déconseillé d'accepter à l’époque, considérant cette offre comme « mauvaise pour sa carrière » (mal paso en espagnol). Une remarque que l’acteur gardera en mémoire et utilisera plus tard en baptisant sa société de production Malpaso Productions. Eastwood suit finalement son instinct et accepte de partir tourner en Europe. Il enchaîna alors Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, puis Le Bon, la Brute et le Truand. Trois films qui transformeront définitivement sa carrière et révolutionneront par la même occasion le western moderne.

clint eastwood

La naissance de légendes

Mais les tournages, eux, flirtent parfois avec le chaos. Le cinéma italien de l'époque fonctionnait en effet avec un mélange improbable où chacun parle sa langue sur le plateau avant d'être doublé en post-production. Les cascades sont peu sécurisées, les effets spéciaux bricolés quand l'organisation générale est à l’origine de nombreuses déconvenues. Ce serait précisément pendant le tournage du Bon, la Brute et le Truand en Espagne qu'Eastwood aurait averti Eli Wallach dès son premier jour : « Ne fais jamais confiance aux effets spéciaux ni aux explosifs sur un tournage italien. » Une mise en garde finalement loin d'être exagérée. Wallach avait en effet failli être gravement blessé à plusieurs reprises durant le tournage, notamment lors d'une scène avec un train passée à quelques centimètres du drame. C’est pourtant ce chaos presque artisanal qui donnera ensuite naissance à certains des plus grands westerns du cinéma.