La Chine intensifie ses essais de missiles balistiques intercontinentaux, suscitant inquiétude et tensions internationales.
La Chine a multiplié ces derniers mois les essais de missiles balistiques intercontinentaux. Pékin présente ces tirs comme des exercices de routine, mais ils suscitent des réactions contrastées à l'étranger et relancent les questions sur les ambitions militaires du pays.
Des tirs de la Chine qui poussent la modernisation
Le 25 septembre 2024, la Chine a tiré depuis l'île de Hainan son premier missile balistique sol-sol intercontinental à capacité nucléaire, confirme Zone Militaire. Le missile, identifié comme un DF-31AG, a visé l'océan Pacifique près de la Polynésie française : un tir vers cette zone qui n'avait pas eu lieu depuis 1980. Le ministère chinois de la Défense y voit un exercice de routine conforme au droit international. Pour Ankit Panda, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, ce tir marque une étape dans la modernisation de l'arsenal nucléaire chinois. Étienne Marcuz estime, de son côté, que cet essai pourrait viser à vérifier les capacités de frappe en second de l'Armée populaire de libération.
Quelques mois plus tard, le 6 juillet à 12h01, un second essai a eu lieu, cette fois depuis un sous-marin stratégique à propulsion nucléaire de classe Jin (Type 094), en Chine. Le missile balistique intercontinental mer-sol a visé les eaux internationales du Pacifique et a atteint la zone maritime prévue. La marine chinoise, par la voix du capitaine de vaisseau Wang Xuemeng, affirme avoir prévenu au préalable les pays de la région. Les autorités ont, là encore, insisté sur le caractère routinier de l'exercice.
Réactions à l'étranger et jeu géopolitique
Ces essais ont provoqué des réactions vives à l'étranger. L'Australie les juge déstabilisants pour la région, le Japon fait part de fortes préoccupations. La Nouvelle-Zélande, par la voix de Winston Peters, s'inquiète surtout du calendrier des essais, qui coïncide avec l'ouverture de discussions bilatérales. Taïwan dénonce une escalade des tensions régionales. Le Kremlin, à l'inverse, adopte une position plus mesurée et estime que la Chine ne menace personne. La Papouasie-Nouvelle-Guinée fait partie des pays que Pékin a prévenus avant les tirs.
Ces essais interviennent dans un contexte géopolitique tendu. Peu avant le premier tir, l'Australie et les Fidji avaient signé un accord perçu comme un moyen de contenir l'influence chinoise. Au large de Qingdao, la Chine et la Russie ont mené de leur côté des manœuvres navales conjointes, signe des partenariats stratégiques que Pékin cherche à consolider.
L'arsenal et les capacités technologiques
La Chine continue de développer et de moderniser ses capacités militaires. Selon le SIPRI (Institut international de recherche sur la paix de Stockholm), son arsenal nucléaire devrait atteindre 600 têtes en 2025, contre un total inférieur en 2024. Les missiles testés pourraient inclure le JL-3, dont la portée est estimée entre 11 000 et 13 000 km, mais l'identification précise reste incertaine faute d'images.
La flotte compte aussi six sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de classe Jin, preuve supplémentaire de la capacité de dissuasion que Pékin cherche à asseoir.
Ces essais s'inscrivent dans une modernisation militaire chinoise engagée depuis plusieurs années, et les tensions qu'ils ravivent en Asie-Pacifique ne semblent pas près de retomber. Reste à voir comment les pays de la région ajusteront leurs propres politiques de défense face à cette montée en puissance.