L'intelligence artificielle consomme de l'eau à un rythme alarmant, avec des géants du numérique augmentant leur empreinte hydrique.
L'intelligence artificielle (IA) prend une place toujours plus grande dans nos vies, rendant la communication et certaines tâches plus faciles. Mais derrière cette apparente simplicité se cache un coût environnemental souvent sous‑estimé, notamment en matière de consommation d'eau. Cette ressource vitale est indispensable au fonctionnement des infrastructures soutenant l'IA, ce qui pose de sérieuses questions pour la planète.
Comment l'IA consomme de l'eau aujourd'hui
Un article académique intitulé « Making AI Less Thirsty » signé par Pengfei Li, Shaolei Ren et leurs collaborateurs de l'University of California, Riverside, aborde la question de l'empreinte hydrique de l'IA. Publié dans la revue Communications of the ACM en 2025, ce papier propose une méthode pour estimer l'empreinte hydrique par requête des grands modèles langagiers d'IA. Selon cette étude, l'envoi d'un simple e‑mail de 100 mots entraîne une consommation d'eau de 0,519 litre.
Cette consommation couvre à la fois l'eau utilisée directement pour refroidir les serveurs et l'eau indirecte nécessaire à la production de l'électricité qui les alimente. Les centres de données, souvent comparés à de puissants radiateurs, exigent d'énormes quantités d'eau, notamment pour le refroidissement évaporatif. Une large partie de cette eau est perdue par évaporation, représentant environ 80 % de la consommation totale.

Des centres de données qui grandissent, et la pression sur l'eau
Les géants du numérique, comme Google, Microsoft, Meta et Amazon, participent à cette hausse de consommation d'eau. Par exemple, Google a vu sa consommation d'eau augmenter de 95 % entre 2021 et 2024, principalement à cause des charges AI croissantes. Microsoft a aussi rapporté une consommation d'eau de 6,44 millions de m³ en 2022, soit une hausse de 34 % par rapport à l'année précédente. L'eau utilisée par ces entreprises provient souvent de zones où les ressources hydriques sont limitées, ce qui accentue les problèmes de rareté.
Des exemples concrets montrent ces tensions locales : en Querétaro au Mexique ou à Canelones en Uruguay, la pression sur l'eau est visible. En Querétaro, par exemple, Microsoft a sécurisé des droits pour 25 millions de litres d'eau par an, malgré un déficit annuel de 60 millions de litres dans la région.
Transparence demandée et pistes pour des solutions durables
De nombreux chercheurs, y compris les auteurs de l'étude mentionnée, demandent davantage de transparence de la part des entreprises sur leurs consommations d'eau, directes et indirectes. L'empreinte hydrique de l'IA étant souvent sous‑estimée, il est important que les opérateurs adoptent des pratiques plus responsables et soutenables.
Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer en imposant des règles pour réduire la consommation d'eau potable dans les systèmes de refroidissement et en encourageant des solutions alternatives, comme le refroidissement par immersion dans des liquides non corrosifs. En France, l'Élysée a déjà identifié 35 sites clés près des centrales nucléaires pour faciliter un meilleur accès aux ressources énergétiques et hydriques.