L'entreprise américaine de robotique Foundation Future Industries prévient que ses robots humanoïdes dopés à l'intelligence artificielle pourraient devenir des armes d'ici 2027. Son PDG, Sankaet Pathak, affirme s'attendre à commencer à tester des scénarios d'armement « dès l'année prochaine », soit 2026, dans la foulée des programmes pilotes déjà menés en Ukraine avec ses robots baptisés « Phantom ».

L'entreprise construit ces humanoïdes à la fois pour des usages commerciaux et militaires. Sur le terrain ukrainien, les essais ont pour l'instant porté sur des missions sans arme : manutention de matériel, déplacement de fournitures entre intérieur et extérieur, cartographie de bâtiments pour sécuriser des lieux. Ces tests ont aussi poussé Foundation à revoir son matériel pour l'adapter à des conditions extérieures plus rudes.

Une précision que les bombardements ne permettent pas

Interrogé sur les craintes que soulève l'idée de robots humanoïdes armés, Pathak balaie l'image d'un scénario à la Terminator. « Je pense que nous avons cette réaction psychologique, façon Terminator, mais en réalité, si l'on y réfléchit de manière pragmatique, ce n'est pas vraiment comme ça », a-t-il déclaré dans un entretien à Euronews Next. « En substance, pourquoi enverrait-on une armée d'humanoïdes si l'objectif est simplement de semer le chaos ? »

Selon lui, une bombe suffirait à moindre coût pour tout détruire. L'intérêt des humanoïdes se situerait ailleurs : offrir un niveau de précision que d'autres systèmes d'armes, notamment les bombardements aériens, ne peuvent atteindre. « Les humanoïdes n'ont de sens que lorsque l'objectif de mission est une précision accrue, pour s'assurer en somme que vous ne détruisez pas les infrastructures, ne blessez pas les civils, et faites au mieux pour accomplir une mission très complexe », explique-t-il.

Pathak ne s'attend pas à ce que ces machines remplacent les drones, mais plutôt à ce qu'elles comblent un vide, à mesure que le combat au sol devient plus périlleux pour les soldats. « Je pense qu'il est devenu de plus en plus dangereux pour les soldats d'être au sol. Et ensuite, je pense que c'est la prochaine étape de la précision, ce qui serait généralement une bonne chose », estime-t-il.

Interrogé sur une réglementation spécifique aux humanoïdes, il ne voit pas pourquoi ils seraient traités différemment des drones armés ou des véhicules terrestres sans pilote déjà en service.

Le vide juridique inquiète les Nations unies

Aucun traité ne régit spécifiquement l'usage de robots humanoïdes ou autonomes sur le champ de bataille. Ils relèvent pour l'instant du droit international humanitaire existant, qui impose de distinguer combattants et civils. Depuis 2023, l'ONU négocie toutefois un traité dédié aux systèmes d'armes autonomes létaux dans le cadre de la Convention sur certaines armes classiques.

Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a exprimé sa « principale préoccupation » sur ce sujet la semaine précédant l'entretien, dans une publication sur LinkedIn. « Appelons-les par leur nom : des robots tueurs. Des machines qui sélectionnent et engagent leur cible et ôtent une vie, sans contrôle ni jugement humains », a-t-il écrit, plaidant pour une interdiction contraignante des armes fonctionnant sans contrôle humain d'ici 2026.

Sur le risque d'une IA qui prendrait le contrôle de robots armés, Pathak situe la menace ailleurs. « Si l'objectif de mission d'une IA est de détruire l'humanité, je vous garantis qu'elle n'enverra pas 100 000 humanoïdes. Je pense qu'elle utiliserait simplement des drones ou des arsenaux nucléaires », juge-t-il.

Le danger le plus immédiat serait, selon lui, le terrorisme par l'IA : cyberattaques, désinformation ou armement de drones grand public rendus possibles par des modèles largement disponibles, une dérive qu'il attribue aux modèles open source. Il cite l'exemple de Llama 2, le grand modèle de langage ouvert lancé par Meta en 2023 : quelques jours après sa sortie, des internautes avaient mis en ligne des versions non censurées répondant à des questions sur la fabrication d'une bombe nucléaire.

Quant au scénario où des systèmes d'IA réécriraient eux-mêmes leurs directives et se répliqueraient sans dépendre de grappes de calcul détectables, Pathak le juge encore éloigné. « nous en sommes probablement à trois, quatre, peut-être cinq étapes de là », résume-t-il.

Un nouveau robot étanche et deux fois plus résistant

Les leçons tirées d'Ukraine ont conduit Foundation à concevoir une nouvelle génération, le Phantom 2, étanche à l'eau et à la poussière. Sa capacité de charge est passée d'environ 25 à 30 kilogrammes sur la première version à près de 80 kilogrammes.

Sa résistance aux chutes, mesurée en force g, grimpe de 12-15 g à près de 100 g. Le robot embarque une batterie de 3 kilowattheures. L'entreprise loue actuellement ses Phantom à des clients commerciaux pour environ 100 000 dollars par robot et par an ; les clients militaires les achètent à des tarifs comparables.

L'intelligence artificielle qui pilote ces machines repose sur des « world models » développés en interne, dont Foundation ne dévoile pas les fournisseurs. Contrairement aux grands modèles de langage qui prédisent le mot suivant dans une phrase, ces modèles apprennent à partir de vidéos et de données de simulation pour construire une représentation d'un environnement physique et anticiper la scène suivante.

« Nous nous concentrons fortement sur des world models capables de prédire l'avenir. Nous pensons que ce sera au cœur de la construction d'une IA intuitive et robuste », a précisé Pathak.