Kiki avance, recule, tourne à gauche puis à droite : la brebis dirige seule son fauteuil roulant motorisé en inclinant la tête sur un joystick. Hébergée dans un sanctuaire animalier, elle a appris à maîtriser l'appareil en quelques secondes à peine, raconte The Telegraph.

Le sanctuaire s'appelle Don't Forget Us, Pet Us, à North Dartmouth, dans le Massachusetts. Kiki y est arrivée toute jeune : née avec une mobilité très limitée, elle ne peut pas marcher. Sa mère avait contracté le virus Cache Valley pendant la gestation, ce qui a provoqué chez l'agnelle des articulations fusionnées et des problèmes de colonne vertébrale.

À la naissance, la brebis mère l'a rejetée et a refusé de la nourrir, un phénomène non rare chez les agneaux malades ou handicapés. La ferme d'origine n'avait pas les moyens de s'occuper d'elle et a contacté le sanctuaire. Deb Devlin s'est déplacée dès décembre 2021 pour voir l'agnelle, alors âgée de 11 jours seulement.

Elle se souvient qu'en la voyant pour la première fois, elle a ressenti tant de tristesse pour elle, alors qu'elle était sur les genoux de ce monsieur, enveloppée dans une couverture, et qu'elle tremblait.

Kiki ressent des sensations à partir du cou mais ne peut pas bouger elle-même. Kinésithérapie, traitements chiropratiques, thérapie au laser, chirurgie de libération tendineuse : rien n'a fonctionné durant ses premiers mois au sanctuaire.

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D'un jouet à bouton-poussoir au joystick

Deb Devlin a alors changé d'approche. Plutôt que de chercher à améliorer la mobilité de Kiki, elle a misé sur ses capacités, en lui proposant des jouets interactifs pour enfants. La brebis a appris à les actionner avec sa tête, jusqu'à retrouver sa chanson préférée, Twinkle, Twinkle.

Deb Devlin raconte que quand elle maîtrisait le jouet, elle appuyait sur les boutons jusqu'à atteindre sa chanson préférée, puis s'arrêtait, posait sa tête dessus et regardait vers le haut en écoutant la musique. Kiki s'est même mise à danser en ressentant les vibrations.

Cette aisance a donné une idée à Deb Devlin : et si Kiki pouvait aussi se déplacer grâce à un joystick ? Une première tentative d'adapter la poussette existante de Kiki n'a pas abouti. Deb Devlin a alors rejoint des groupes sur les réseaux sociaux consacrés aux vélos électriques pour glaner des conseils techniques, avant de contacter l'organisation Mobility Equipment Recyclers of New England, qui lui a fourni un fauteuil roulant motorisé grâce à des dons.

Elle a fixé une caisse de poussette-cargo sur la base du fauteuil avec de simples colliers de serrage, puis repositionné le joystick pour que Kiki puisse l'atteindre avec sa tête.

Le fauteuil lui a été remis le 1er juillet, jour choisi pour marquer le début du Disability Pride Month. Deb Devlin dit qu'il a fallu quelques secondes pour qu'elle commence à le conduire, que c'est la plus belle sensation de la voir faire ça, qu'elle est incroyable, et qu'elle n'a jamais douté d'elle.

Une vidéo montrant Kiki conduire son fauteuil dans la cour du sanctuaire, partagée sur les réseaux sociaux, a rassemblé plus de 7 000 commentaires rien que sur une publication Facebook, majoritairement positifs. Certains internautes ont toutefois questionné la qualité de vie de la brebis. Des vérifications de bien-être régulières sont menées pour s'assurer qu'elle n'est ni en douleur ni en inconfort, précise le sanctuaire.

Kiki mange, broute, prend des bains de soleil, joue avec un jeu de carillons, regarde des programmes Disney et écoute Taylor Swift. Elle fait même du kayak et rend visite à des écoles, où elle rencontre des enfants en situation de handicap.

Ebony McGlynn, travailleuse sociale et thérapeute familiale, bénévole au sanctuaire, observe l'effet produit sur ces enfants : elle explique que quand ils voient un animal comme Kiki, qui a tant de choses contre lui physiquement mais dont la personnalité rayonne malgré tout, cela remet les choses en perspective.

Jess Bullock, une autre bénévole, décrit une brebis facétieuse au volant : elle raconte que lorsqu'on lui dit que c'est l'heure de s'arrêter, elle vous regarde avant de repartir, ce qu'elle trouve hilarant.