Le petit trou ovale visible sur la languette des canettes en aluminium n'a pas été conçu à l'origine pour y coincer une paille, contrairement à une croyance répandue sur TikTok et sur les forums. Sa fonction réelle tient à la mécanique : il crée un effet de levier qui permet de percer l'opercule sans effort.

Le système repose sur trois pièces : la languette, un petit rivet central qui sert d'axe de pivot, et l'opercule circulaire, entaillé d'une fine ligne de fragilisation. En appuyant du doigt dans le trou et en tirant vers le haut, l'extrémité opposée de la languette pousse fortement sur la zone pré-découpée de l'opercule. Toute la force du doigt se concentre alors sur quelques millimètres carrés de cette ligne, ce qui provoque une ouverture nette.

Ce mécanisme limite l'effort nécessaire pour ouvrir la canette. Il évite aussi que la languette se plie ou casse, et rend le geste plus accessible aux mains fragiles. Selon la rédaction du magazine Ça m'intéresse, ce trou améliore surtout l'ergonomie de l'emballage. Le détournement consistant à y glisser une paille, pour l'empêcher de remonter avec les bulles, reste malin mais ne correspond pas à l'intention initiale des fabricants.

Une invention qui remonte aux années 1960 et 1970

L'histoire commence au début des années 1960, quand l'ingénieur américain Ermal Cleon Fraze met au point la première languette détachable : un anneau entier qu'il fallait arracher pour ouvrir la canette. Le magazine américain Smithsonian a retracé cette histoire. Le système se répand vite, mais les languettes métalliques abandonnées sur les plages et dans les parcs provoquent des coupures et des cas d'ingestion accidentelle.

Au milieu des années 1970, l'ingénieur Daniel F. Cudzik, employé chez Reynolds Metals, dépose le brevet américain US3967752A pour la languette Stay-On-Tab : percée, fixée par un rivet, elle reste soudée à la canette après ouverture. Le texte du brevet met en avant la réduction des déchets et la facilité du recyclage de l'aluminium.

Le trou présente aussi un intérêt économique. Il permet d'utiliser un peu moins d'aluminium sur chaque languette, un gain minime à l'unité mais qui devient significatif sur des milliards de canettes produites chaque année. « L'aluminium continue de valoir très cher », observe Matthieu Vivien, directeur de l'usine Ball, dans un entretien à GEO.

Ne pas arracher la languette après avoir bu

En France, la consommation de canettes a été multipliée par quatre en 30 ans. Dans un entretien à Ouest-France, Lucien Debever, délégué général de l'organisme professionnel La Boîte Boisson, indique qu'en 2024, chaque Français en a consommé en moyenne 70. Il vante aussi les qualités du matériau, expliquant qu'elle est fabriquée à partir d'un matériau incassable et recyclable quasiment à l'infini, qu'elle est ultralégère, se refroidit vite et permet des décorations à 360°.

La languette Stay-On-Tab évite qu'un morceau d'aluminium finisse dans la nature après ouverture. Une fois détachée, elle peut couper, polluer ou être avalée par un animal. Mieux vaut la laisser accrochée et jeter la canette entière dans la poubelle jaune, avec le reste des emballages recyclables.